vendredi 23 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209478 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | LAFORET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 et 21 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Laforet, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, et par voie de conséquence l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour " étranger malade " sous astreinte de cinquante euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, subsidiairement de réexaminer sa situation sous la même astreinte à compter du jugement à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
- il n'est pas justifié d'une délégation régulière accordée au signataire des décisions litigieuses ;
- elles sont insuffisamment motivées en droit et en fait parce-que stéréotypées, ce qui révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnait les articles L. 425-9 et L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il suit un traitement en France pour son handicap pour une durée de six à douze mois et qu'il n'a pas les moyens financiers d'accéder aux soins dans son pays d'origine ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur d'appréciation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- la préfète aurait dû tenir compte des soins dont il doit bénéficier en France.
La préfète de la Loire a produit un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2022, par lequel elle conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sautier, magistrate désignée ;
- les observations de Me Laforet, représentant M. A, absent à l'audience publique, qui reprend les conclusions, déclare renoncer au moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses et repend les autres moyens de la requête ; elle fait en particulier valoir que l'état de santé de l'intéressé n'a pas été pris en compte dans la motivation de l'arrêté litigieux et justifie qu'il bénéficie de la protection contre l'éloignement.
La préfète de la Loire n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par décisions du 20 décembre 2022, la préfète de la Loire a obligé M. A, ressortissant algérien né le 30 août 1988, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par arrêté du même jour, la préfète l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours. Le requérant demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions :
3. En premier lieu, l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel la préfète de la Loire a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 611-1, L. 611-3, L.612-2, L. 612-3, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise que l'intéressé se maintient en situation irrégulière sur le territoire, n'ayant pas exécuté la précédente mesure d'éloignement du 11 décembre 2020, qu'il a été placé en garde à vue le 19 décembre 2022 pour faux et usage de faux et est signalé aux forces de police pour des faits d'usage illicite de stupéfiants les 7 et 20 décembre 2021, qu'il est célibataire sans enfant et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Ainsi, alors que l'autorité administrative n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation administrative de l'étranger, les décisions en litige comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.
4. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Loire ne se serait pas livrée à un examen réel et sérieux de la situation de l'étranger. La circonstance qu'elle n'ait pas mentionné ses problèmes de santé, qu'il a évoqués lors de son audition le 19 décembre 2022 uniquement en se bornant à indiquer qu'il " doit rester en France pour ses soins " qu'il est " paralysé des jambes suite à un accident ", ne suffit pas à caractériser un tel défaut d'examen, alors que la préfète de la Loire lui avait précisément refusé un titre de séjour étranger malade assorti d'une obligation de quitter le territoire dans sa décision du 11 décembre 2020 qu'elle mentionne, confirmée par le tribunal dans un jugement n° 2102385 du 9 juillet 2021, au vu d'un avis médical du collège de l'OFII du 9 décembre 2020 qu'elle produit en défense. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.(). ".
6. Si M. A soutient que son état de santé fait obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il suit un traitement en France en raison de son handicap pour une durée de six à douze mois et qu'il n'a pas les moyens financiers d'accéder aux soins dans son pays d'origine, il ne justifie par aucun élément de l'existence d'un traitement ou d'un suivi médical à la date de l'obligation litigieuse, ni le cas échéant de son impossibilité à en bénéficier effectivement en Algérie alors que l'avis du collège de l'OFII rendu sur son état de santé le 9 décembre 2020 avait estimé que si son état de santé nécessitait alors une prise en charge médicale pouvant entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié. A cet égard, les documents qu'il produit, établissant qu'il bénéficie, à la date de l'obligation litigieuse, de l'allocation adulte handicapé et de la reconnaissance de travailleur handicapé à raison de son incapacité supérieure ou égale à 80%, impliquant une aide éligible à la prestation de compensation du handicap, ne permettent pas d'établir que son état de santé est tel qu'il est susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en tout état de cause de l'article L. 425-9 du même code relatif aux conditions de délivrance d'un titre de séjour étranger malade, doit être écarté.
7. En deuxième lieu, M. A fait valoir qu'il vit dans un centre d'hébergement avec sa mère âgée de soicante-neuf ans qui l'aide dans toutes les tâches quotidiennes et qui le soutient psychologiquement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour " étranger malade " par décision du 11 décembre 2020 de la préfète de la Loire qui l'a également obligé à quitter le territoire. S'il se prévaut de son handicapet de son état de santé, il n'établit par aucun élément la poursuite d'un traitement ou suivi médical en France dont il ne pourrait effectivement bénéficier en Algérie. Par ailleurs, sa mère a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 13 janvier 2020 et l'intéressé, célibataire sans enfant, n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie où résident ses frères et sœurs. Dans ces conditions, compte tenu de ses conditions de séjour, la préfète de la Loire n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation litigieuse a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur d'appréciation doivent dès lors être écartés.
8. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, des risques de traitements inhumains et dégradants qu'il allègue encourir dans son pays d'origine en raison de l'indisponibilité effective d'une prise en charge médicale adaptée à son état de santé. Asupposer qu'il entende s'en prévaloir à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, il n'établit pas, pour les motifs exposés aux points 6 et 7, l'existence d'un tel risque. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent en tout état de cause être écartés.
9. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, la décision litigieuse n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.
En ce qui concerne le refus de départ volontaire :
10. Si le requérant soutient que la préfète de la Loire aurait dû retenir comme circonstances particulières les soins médicaux dont il bénéficie pour lui accorder un délai de départ volontaire, il n'établit, ainsi qu'il a été dit au point 6, ni l'existence ni la nature exacte ni la durée de ce traitement à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, c'est sans erreur de droit ni erreur d'appréciation que la préfète de la Loire a pu lui refuser un délai de départ volontaire.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions de la préfète de la Loire en date du 20 décembre 2022 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution de la part de l'administration. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : M. A est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.
La magistrate désignée
M. CLa greffière,
G. Montézin
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire, en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026