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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209479

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209479

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBOUCHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 décembre 2022, M. A D, alias M. E C, représenté par Me Bouchet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant vingt-quatre mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles n'ont pas été précédées d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elles n'ont pas été signées par une autorité compétente ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il est demandeur d'asile en Suisse ;

- elle méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est mineur ;

- elle est illégale en ce que le préfet ne pouvait prendre une telle décision sans avoir au préalable accompli des démarches permettant de lever le doute sur sa minorité ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant vingt-quatre mois :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la durée de l'interdiction de retour est disproportionnée.

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Le préfet du Rhône a produit des pièces, enregistrées les 22 et 23 décembre 2022, mais n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 23 décembre 2022, ont été entendus :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Bouchet, représentant M. D, qui reprend les conclusions de la requête par les mêmes moyens,

- et les observations de Mme F, représentant le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, alias M. E C, ressortissant marocain, demande l'annulation de l'arrêté du 19 décembre 2022, par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu de prononcer, dans les circonstances de l'espèce et en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Dès lors, lorsqu'en application des stipulations des conventions internationales conclues avec les Etats membres de l'Union européenne, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celle de l'un de ces Etats, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et la mesure d'éloignement prise en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de transfert sur le fondement des dispositions de l'article L. 572-1 du même code.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. D possède un livret " pour requérant d'asile " portant la lettre N, délivré par les autorités suisses le 25 décembre 2021 et valable jusqu'au 9 septembre 2022, qu'il a présenté aux autorités lors de son interpellation le 18 décembre 2022. Le relevé de ses empreintes a révélé, par la consultation du fichier Eurodac, qu'il était effectivement enregistré comme demandeur d'asile en Suisse, et le préfet du Rhône a d'ailleurs saisi les autorités suisses d'une demande de reprise en charge le 19 décembre 2022. Dans ces conditions, en l'absence de réponse des autorités suisses quant à la persistance ou non de la qualité de demandeur d'asile de M. D, le préfet du Rhône ne pouvait édicter à son égard une mesure d'obligation de quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant d'avoir obtenu cette réponse, afin de pouvoir décider, le cas échant, de procéder à son transfert aux autorités suisses sur le fondement de l'article L. 572-1 du même code. Par suite, en prenant à l'égard de M. D une obligation de quitter le territoire français le 19 décembre 2022, sans faire aucune mention de sa qualité de demandeur d'asile en Suisse ni attendre la réponse des autorités suisses quant au statut de cette demande, le préfet du Rhône n'a pas procédé à un examen complet de la situation du requérant et a entaché sa décision d'erreur de droit. La décision attaquée doit donc être annulée pour ce motif, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

5. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise à l'égard de M. D, est illégale et doit être annulée. Doivent donc être annulées, par voie de conséquence, les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, et interdiction de retour sur le territoire français, prises par le préfet du Rhône sur le fondement de cette mesure d'éloignement.

Sur les frais de l'instance :

6. M. D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros, à verser à Me Bouchet, avocate de M. D, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet du Rhône en date du 19 décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, désignation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois est annulé.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 800 euros à Me Bouchet, conseil de M. D, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, alias E C et au préfet du Rhône.

Lu en audience publique le 23 décembre 2022.

La magistrate désignée,

C. BLa greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

2209479

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