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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209493

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209493

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209493
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 décembre 2022, M. A B, représenté par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier Avocats associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 30 novembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire des décisions en litige ;

- le refus de séjour critiqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière, faute de justification de la consultation régulière du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le refus de séjour contesté est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- le refus de séjour litigieux méconnaît l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien de 1968 ;

- le refus de titre de séjour résulte d'une erreur manifeste d'appréciation du préfet dans l'exercice de son pouvoir de régularisation et dans l'examen des conséquences de ce refus sur sa situation personnelle ;

- l'illégalité du refus de séjour qui lui est opposé entache d'illégalité la décision d'obligation de quitter le territoire français prise sur son fondement, qui méconnaît également les dispositions de l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français en litige entache d'illégalité les décisions fixant son délai de départ volontaire et son pays de renvoi.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône, qui a produit des pièces enregistrées le 20 janvier 2023.

La clôture d'instruction a été fixée au 7 février 2023 par une ordonnance du 3 janvier 2023.

La préfète du Rhône a produit un mémoire en défense enregistré, le 6 mars 2023, après clôture de l'instruction.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 24 mars 2023.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 modifié conclu entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Mecquenem,

- et les observations de Me Guillaume pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né en 1962, M. B demande l'annulation des décisions du 30 novembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. Les décisions contestées ont été signées par Mme C, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, en vertu de la délégation que le préfet du Rhône lui a donnée par un arrêté du 23 novembre 2022 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. Traduisant un examen particulier de la situation de M. B, le refus de séjour contesté comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui, ayant trait notamment à la situation personnelle et familiale du requérant, en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés par le requérant du défaut d'examen de sa situation et de l'insuffisante motivation du refus de titre de séjour en litige doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'allègue le requérant, la décision en litige a été prise conformément à un avis du 23 mai 2022 d'un collège de trois médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) émis au vu des conclusions d'un rapport établi le 27 avril précédent par un médecin n'ayant lui-même pas siégé au sein de ce collège. Dans ces conditions, le moyen tiré en ses diverses branches de l'irrégularité de la procédure suivie au regard des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont se prévaut le requérant doit être écarté.

6. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B, le préfet du Rhône s'est fondé sur l'avis du 23 mai 2022 mentionné ci-dessus selon lequel le requérant pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Si le requérant fait valoir les nécessités du suivi d'un cancer pulmonaire pour lequel il a bénéficié d'un traitement par immunothérapie, les documents médicaux versés au dossier, s'ils confirment la nécessité d'un tel suivi, ne suffisent pas pour remettre en cause les énonciations de cet avis relatifs à la possibilité d'une prise en charge en Algérie. Par suite, et sans qu'il soit besoin en l'espèce de solliciter la communication du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour en litige méconnaît les stipulations précitées de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

7. A l'appui de sa contestation, M. B se prévaut également, outre son état de santé, de sa bonne insertion en France, faisant état en particulier des différents emplois qu'il a pu y occuper et de la nationalité française de deux de ses sœurs. Toutefois, alors que le requérant est entré en France à l'âge de 55 ans au mois d'octobre 2017 sous couvert d'un visa de court séjour avant d'y épouser au mois de novembre suivant une ressortissante française avec laquelle la vie commune ne s'est pas poursuivie et que les éléments produits ne permettent pas de caractériser une insertion socio-professionnelle particulière sur le territoire français, les éléments avancés par le requérant ne suffisent pas pour considérer que le préfet du Rhône a, dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation ou l'examen des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B, entaché sa décision portant refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement.

9. Si les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obstacle à ce qu'un étranger fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire lorsque son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et lorsqu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ". Dans les circonstances de l'espèce et compte tenu des éléments exposés aux points 6 et 7 relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français en litige porte une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations précitées de cet article 8 doit être écarté.

En ce qui concerne les autres décisions :

11. Compte tenu de ce qui précède, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité du refus de séjour et de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet entache d'illégalité les décisions fixant à trente jours son délai de départ volontaire et désignant son pays de renvoi.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre les décisions du préfet du Rhône du 30 novembre 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme de Mecquenem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

La rapporteure,

S. de Mecquenem

Le président,

A. GilleLa greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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