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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209532

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209532

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantCAYUELA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés, les 21 décembre 2022 et 18 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Cayuela, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2022 par laquelle le recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes, recteur de l'académie de Lyon, chancelier des universités a rejeté sa demande de protection fonctionnelle ;

2°) de mettre à la charge du recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes, recteur de l'académie de Lyon, chancelier des universités, une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- faisant l'objet de faits constitutifs d'un harcèlement moral, en l'absence de tout fait qui lui serait imputable, la protection fonctionnelle devait lui être accordée ; ainsi la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la dégradation de ses conditions de travail et l'altération de son état de santé démontrent l'existence d'un harcèlement moral. ; en outre, l'administration a reconnu par deux arrêtés en date des 14 juin et 11 juillet 2023 la plaçant en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) le caractère imputable au servie de sa dépression réactionnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 juin et 29 août 2023, le recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes, recteur de l'académie de Lyon, chancelier des universités conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les seuls faits dont Mme B fait état dans sa demande de protection fonctionnelle sont l'altercation du 22 septembre 2022 et le compte-rendu de réunion syndicale du 26 septembre 2022 ; dès lors, elle ne peut invoquer dans sa requête de nouveaux éléments ;

- en tout état de cause, les faits dont la requérante aurait été victime ne sont pas constitutifs de harcèlement moral ; en effet, l'altercation du 22 septembre 2022 ne présente pas un degré de gravité suffisant pour que le comportement de l'enseignante soit qualifié d'attaque ou de harcèlement moral envers Mme B ; de même, la requérante ne justifie pas que les termes accusateurs employés par les quatre enseignants signataires du compte rendu de la réunion syndicale du 26 septembre 2023 auraient été signalés auprès des autorités compétentes ;

- la seule circonstance que l'altération de l'état de santé de la requérante puisse être imputée à son activité professionnelle ne suffit pas à démontrer l'existence d'un harcèlement moral ; il en est de même s'agissant d'un dépôt de plainte ;

- la situation de harcèlement n'étant pas établie, la décision portant refus de protection fonctionnelle n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation ;

- le conseil médical de l'Ain a rendu un avis défavorable quant à la reconnaissance d'une maladie professionnelle à l'égard de Mme B et a estimé qu'elle pouvait bénéficier d'un CITIS eu égard au choc émotionnel survenu le 3 octobre 2022, lorsque le proviseur lui a remis le compte-rendu de la réunion syndicale ; le placement en CITIS n'empêche pas le refus de protection fonctionnelle.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n° 2011-1317 du 17 octobre 2011 ;

- le décret n° 2017-17 du 26 janvier 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baux,

- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public,

- les observations de Me Cayuela, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Attachée principale d'administration de l'Etat, Mme B exerce les fonctions d'adjointe-gestionnaire et d'agent comptable au sein du lycée du Bugey de Belley, dans le département de l'Ain, depuis le 1er novembre 2019. Par un courrier en date du 7 octobre 2022, s'estimant victime de harcèlement moral et de violences psychologiques de la part de certains enseignants, Mme B a demandé au proviseur de son établissement de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle. Depuis le 11 octobre 2022, Mme B est placée en congé de maladie ordinaire ; elle a, dans le même temps, sollicité la reconnaissance de sa maladie au titre des accidents de service. Par une décision en date du 18 octobre 2022, notifiée le 24 octobre suivant, dont Mme B demande au tribunal de prononcer l'annulation, le recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes, recteur de l'académie de Lyon, chancelier des universités a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique, applicable au litige : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ". Selon les termes de l'article L. 134-5 du même code : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ". Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

3. D'autre part, il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Mme B soutient qu'elle est en droit de bénéficier de la protection fonctionnelle du rectorat de l'académie de Lyon dès lors qu'elle a été victime d'agissements répétés de harcèlement moral de la part de ses collègues qui ont eu pour effet de dégrader ses conditions de travail et d'altérer sa santé mentale.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si, dans sa demande de protection fonctionnelle datée du 7 octobre 2022, Mme B fait état de l'altercation survenue le 22 septembre 2022, avec une enseignante, Mme C, qui se serait emportée à son égard, lui reprochant son manque de confiance et l'impossibilité de travailler avec elle, alors que l'intéressée lui avait préalablement rappelé la législation applicable en matière de " gestion de fait " tout en refusant des chèques de parents d'élèves que l'enseignante tentait de lui remettre et s'il n'est pas contesté que les mots, les attitudes et les explications échangés ont été vifs, que des cris ont été lancés et que les faits en cause sont en lien avec l'exercice des fonctions de Mme B, cet échange pour regrettable qu'il soit, dont il n'est pas allégué qu'il se serait répété, ne saurait dès lors constituer un fait de harcèlement moral. Si par ailleurs, la requérante fait état du choc émotionnel consécutif à la remise en mains propres par le proviseur du lycée du Bugey de Belley, le 3 octobre 2022, d'un compte rendu de réunion syndicale, d'une part, il ne ressort pas des termes de la demande de protection fonctionnelle, que cet élément ait été au nombre de ceux au sujet desquels la requérante entendait être protégée et d'autre part, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, non seulement que la lecture dudit compte-rendu ne saurait constituer un fait de harcèlement moral dès lors que ses auteurs faisaient état d'un harcèlement moral pratiqué, à leur égard, par la requérante mais encore, que par deux arrêtés en date des 14 juin et 11 juillet 2023, Mme B a été placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS). Si enfin, la requérante se prévaut de l'altération de son état de santé, de la reconnaissance d'un accident de service et dudit placement en CITIS, elle ne justifie pas de l'existence d'un lien de causalité entre cette altération et les agissements allégués de harcèlement moral dont elle ne justifie pas davantage avoir été victime.

6. Par suite, Mme B, qui n'apporte aucun élément de fait susceptible de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral de la part de ses collègues et qui ne démontre pas avoir été victime d'attaques n'est pas fondée à soutenir que le recteur de l'académie de Lyon aurait commis une erreur de droit, ni davantage une erreur d'appréciation en refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête Mme B doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions à fin d'annulation et au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des jeux Olympiques et Paralympiques.

Copie en sera adressée au recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes, recteur de l'académie de Lyon, chancelier des universités.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise au disposition au greffe le 9 février 2024.

La présidente-rapporteure

A. Baux L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

C. Bertolo

Le greffier,

J. P. Duret

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des jeux Olympiques et Paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier

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