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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209559

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209559

mardi 27 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209559
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantOUCHIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 22 décembre 2022, enregistrée au greffe du tribunal le même jour, le magistrat désigné du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a transmis au tribunal la requête présentée par M. A D.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Clermont-Ferrand le 5 décembre 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 22 décembre 2022, M. D, représenté par Me Ouchia, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 3 décembre 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ainsi que l'arrêté du 3 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il a été privé du droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet du Puy-de Dôme s'est cru lié par l'avis de l'OFPRA ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision refusant tout délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

Des pièces ont été produites par le préfet du Puy-de-Dôme le 22 décembre 2022.

Des pièces ont été produites par le préfet du Rhône le 23 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Collomb, magistrate désignée, a été présenté au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant albanais, né le 2 novembre 1995, déclare être entré sur le territoire français le 8 décembre 2015. Ses demandes d'asile et de réexamen de cette demande ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFRPA) les 29 février 2016 et 8 octobre 2018, décisions confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 1er avril 2016 et 4 décembre 2018 et son dossier a été clôturé par l'OFPRA le 5 mai 2022. Par un arrêté du 12 novembre 2021, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. D a été assigné à résidence par le préfet du Rhône le 12 novembre 2022. Par des décisions du 3 décembre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois. Par un arrêté du 3 décembre 2022, le préfet du Rhône a assigné M. D à son domicile, à Villeurbanne, dans le département du Rhône, pour une durée de quarante-cinq jours. Le requérant demande au tribunal, par la présente requête, de prononcer l'annulation des décisions du préfet du Puy-de-Dôme du 3 décembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme C B, sous-préfète de Thiers, en vertu d'une délégation de signature consentie par le préfet du Puy-de-Dôme le 2 décembre 2022, régulièrement publiée le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision portant obligation de quitter le territoire français procède effectivement de l'examen sérieux de la situation de M. D.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition signé par M. D le 3 décembre 2022 à 12 heures 05, qu'il a été entendu par les services de la compagnie de gendarmerie départementale de Clermont-Ferrand en particulier en ce qui concerne son identité, sa situation de famille, son niveau d'études, ses conditions de logement, ses attaches dans son pays d'origine et en France, les raisons et les conditions de son entrée sur le territoire français ainsi que sur sa situation administrative. Ainsi, M. D a eu, au cours de cet entretien, la possibilité de faire connaître ses observations utiles et pertinentes de nature à influer sur les décisions prises à son encontre. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit pris, à son encontre, l'arrêté qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cet acte. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées méconnaîtraient le principe général du droit d'être entendu, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne et qui est notamment énoncé à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme se serait cru lié par " la décision prise par l'OFPRA sans avoir apprécié la situation personnelle de l'intéressé et les risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine ". Le moyen tiré de l'erreur de droit, ainsi articulé, doit, par suite, être écarté.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D, âgé de 27 ans, est entré pour la première fois en France au mois d'octobre 2015 et qu'il est ensuite allé en Italie où il a résidé pendant un an avant de revenir en France en 2022. Si l'intéressé déclare vivre en concubinage avec une compatriote, il ne soutient ni même n'allègue que sa compagne serait en situation régulière sur le territoire national et il ne démontre pas davantage que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Albanie où il n'est pas dépourvu d'attaches familiales et où il dispose nécessairement d'un ancrage culturel et social. Par ailleurs, le requérant verse au débat un contrat de travail de travail à durée déterminée et à temps complet conclut avec la société Global Instal pour la période du 1er novembre 2021 au 1er janvier 2022, des bulletins de paie au titre des mois de novembre et décembre 2021, un contrat de travail à durée indéterminée conclut avec la société Vert Habitat le 1er décembre 2022 pour un emploi d'ouvrier et une convocation de la préfecture du Rhône datée du 17 décembre 2021 l'invitant à se présenter " le jeudi 13 janvier 2021 " à la direction de la migration et de l'intégration. Toutefois, ces éléments ne permettent pas d'établir une insertion socio-professionnelle particulièrement notable et ancrée en France. Enfin, si l'intéressé fait valoir que la procédure d'asile n'est pas achevée, il ressort de la fiche Telemofpra que ses demandes d'asile et de réexamen de cette demande ont été rejetées tant par l'OFPRA, les 29 février 2016 et 8 octobre 2018, que par la CNDA les 1er avril 2016 et 4 décembre 2018, et que son dossier a fait l'objet d'une décision définitive de clôture par l'OFPRA le 5 mai 2022. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut, par suite, qu'être écarté.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer des renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographies prévues au 3° de l'article L. 141-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733 -6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

8. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. D, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur la circonstance qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet aux motifs qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et que n'ayant pas respecté son assignation à résidence, il ne présente pas de garanties de représentations suffisantes.

9. Le requérant conteste ces deux motifs en soutenant, d'une part, qu'il n'est pas démontré qu'il se serait soustrait à une précédente mesure d'éloignement et, d'autre part, qu'il n'est pas établi qu'il n'aurait pas respecté la mesure d'assignation à résidence prise à son encontre " le même jour ", par le préfet du Rhône. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de constatation de non-respect d'une mesure d'assignation à résidence pris à son encontre le 23 novembre 2021, que M. D, qui a fait l'objet d'une décision portant assignation à résidence prise par le préfet du Rhône le 12 novembre 2021, notifiée à l'intéressée le même jour, et l'astreignant à se présenter deux fois par semaine, les lundis et jeudis, à la direction zonale de la police aux frontières de Lyon, au 92, rue de la Part Dieu à Lyon dans le 3ème arrondissement, ne s'est pas présenté les 15, 18 et 22 novembre 2021. Ainsi, le préfet du Puy-de-Dôme a pu estimer, pour ce seul motif, sur le fondement des dispositions du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que le risque que le requérant se soustrait à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, mentionné par les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pouvait être regardé comme établi. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de la précédente devra être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au requérant, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet du Puy-de-Dôme et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2022.

La magistrate désignée,

C. E

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme et au préfet du Rhône en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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