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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209567

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209567

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209567
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2022, Mme A B, représentée par Me Jean-Philippe Petit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Ardèche l'a obligée à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche de lui délivrer dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail ainsi qu'une attestation de demande d'asile jusqu'au réexamen de sa situation ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît le " principe général du droit de l'Union européenne du droit de la défense et du droit d'être entendu " et est entachée d'un vice de procédure le préfet ne lui ayant pas permis de présenter de manière utile et effective des observations préalables ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît le " principe général du droit de l'Union européenne du droit de la défense et du droit d'être entendu " ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2023, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de Mme B tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 8 décembre 2022 par laquelle le préfet de l'Ardèche l'a obligée à quitter le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile, dès lors qu'elles sont postérieures à la date de lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Reniez, première conseillère, pour statuer en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle le préfet de l'Ardèche n'était ni présent ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Reniez, magistrate désignée ;

- les observations de Me Petit, avocat, représentant Mme B, qui se désiste de ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français et reprend des moyens de la requête, ;

- les observations de Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B ressortissante congolaise (République démocratique du Congo) née en 2001, conteste l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Ardèche l'a obligée à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

2. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

3. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision le plaçant en rétention dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

4. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français non prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

5. Une violation des droits de la défense, en particulier du droit d'être entendu, n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée aurait été, à un moment de la procédure, informée de ce qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ou mise à même de présenter des observations. Toutefois, si la requérante fait valoir que son frère se trouve en situation régulière sur le territoire français et de ce qu'elle entretient une relation amoureuse avec une compatriote dont la demande d'asile est en cours d'examen il ne ressort pas des pièces du dossier que ces éléments auraient été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision attaquée. Par ailleurs, le préfet de l'Ardèche a pris en compte la circonstance que Mme B alléguait craindre de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. En se bornant à soutenir que faute d'être entendue le préfet n'a pas apprécié les risques de mauvais traitements et l'impossibilité de mener une vie privée et familiales normale dans son pays d'origine, elle n'établit pas qu'elle aurait porté à la connaissance du préfet, si elle avait été entendue avant l'édiction des décisions contestées, des éléments sur sa situation susceptibles d'exercer une influence sur le sens de la décision. Par suite, les moyens tirés d'une méconnaissance des droits de la défense et du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union, doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'un vice de procédure en ce que l'intéressée n'aurait pas été en mesure de présenter de manière utile et effective ses observations doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Ardèche n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante. La circonstance que son frère soit titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour ne saurait caractériser un défaut d'examen, alors au demeurant qu'il ne ressort pas des pièces du dossier ni n'est allégué que la requérante aurait porté cette information à la connaissance du préfet. Le moyen tiré du défaut d'examen doit par suite être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. La requérante, qui indique être entrée sur le territoire français le 10 janvier 2020, fait valoir qu'elle s'est enfuie du domicile de son père qui l'a séquestrée en raison de son orientation sexuelle et se prévaut de la présence de son frère sur le territoire français. Toutefois, elle n'établit ni même n'allègue être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine en dehors de son père. Par ailleurs, elle ne justifie d'aucune insertion particulière en France. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas, non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

12. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

13. La requérante fait valoir qu'elle a été séquestrée par son père qui a découvert son homosexualité et qu'elle craint subir de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle. Toutefois, elle n'apporte au tribunal, et ce alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 octobre 2022, aucun élément permettant d'établir la réalité des risques actuels encourus personnellement en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur le désistement des conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. Mme B a déclaré, par l'intermédiaire de son avocat, se désister de ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 8 décembre 2022 par laquelle le préfet de l'Ardèche l'a obligée à quitter le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de Mme B de ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 8 décembre 2022 par laquelle le préfet de l'Ardèche l'a obligée à quitter le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile.

Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme B sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de l'Ardèche.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.

La magistrate désignée,

E. Reniez

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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