vendredi 2 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209575 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | PRUDHON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2022, M. D B A, représenté par Me Prudhon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 75 euros par jour de retard :
- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;
- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que le préfet du Rhône n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs du 29 septembre 2022 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gueguen ;
- les conclusions de M. Bertolo, rapporteur public ;
- et les observations de M. B A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant camerounais né le 14 mai 1982, déclare être entré en France le 18 mai 2014, muni d'un " permis de séjour " portant la mention " résident de longue durée - CE ", d'une durée de validité " illimité ", délivré par les autorités italiennes. Le 6 novembre suivant, l'intéressé a sollicité des services de la préfecture de la Vienne la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale. Par des décisions du 3 juillet 2015, la préfète de la Vienne lui a cependant refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 313-4, 1° et L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables, et a prononcé sa réadmission en Italie. Après avoir fait l'objet de décisions du 9 janvier 2019 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office, le 10 juillet suivant, M. B A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture du Rhône par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande.
Sur l'étendue du litige :
2. D'une part, selon les termes de l'article R.* 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions ont été reprises à l'article R.* 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Et aux termes de l'article R. 311-12-1 de ce même code, dont les dispositions ont été reprises à l'article R. 432-2 dudit code : " La décision implicite mentionnée à l'article R.* 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".
3. D'autre part, si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
4. En l'espèce, si le silence gardé pendant quatre mois par le préfet du Rhône sur la demande de titre de séjour présentée par M. B A le 10 juillet 2019 puis complétée le 4 juillet 2022 avait fait naître une décision implicite de rejet, il ressort toutefois des pièces produites en défense que par une décision du 18 mars 2024, postérieure à l'introduction de la requête, la préfète du Rhône a expressément rejeté la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé. Par suite, cette seconde décision s'est substituée à la première et les conclusions à fin d'annulation ainsi que les moyens dirigés contre la décision implicite initiale doivent être regardés comme dirigés contre la décision expresse du 18 mars 2024.
Sur les conclusions de la requête :
5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré de ce que le préfet du Rhône aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant à l'encontre de la décision expresse du 18 mars 2024 et ne peut qu'être écarté.
6. En deuxième lieu, en vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Par ailleurs, selon les termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les anciennes dispositions de l'article L. 313-11, 7° du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
7. M. B A soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il réside en France depuis plus de sept ans, qu'il y dispose de l'ensemble de ses attaches compte tenu de la présence de son frère, auprès duquel il vit, de ses deux filles mineures, à l'éducation desquelles il contribue, ainsi que de la mère de ces dernières, avec laquelle il entretient une relation suivie, et qu'il dispose de capacités d'intégration par le travail qui lui permettront d'intégrer le foyer de sa compagne et de subvenir complètement aux besoins de sa famille. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la durée de présence en France du requérant, qui déclare y être entré le 18 mai 2014, à l'âge de trente-deux ans, n'est due qu'à son maintien en situation irrégulière, l'intéressé ne contestant pas s'y être maintenu irrégulièrement en dépit de deux précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre les 3 juillet 2015 et 9 janvier 2019. Si M. B A fait état de sa relation avec la mère de ses deux filles mineures, compatriote titulaire d'une carte de résident, valide du 19 juin 2015 au 18 juin 2025, délivrée dans le cadre du regroupement familial, avec laquelle il déclare avoir noué une relation postérieurement au décès de son époux, il est cependant constant qu'il ne réside pas avec sa compagne et la seule production d'une attestation rédigée par l'intéressée le 11 décembre 2022 ne suffit pas à démontrer l'ancienneté, l'intensité et la stabilité de leur relation antérieurement ou postérieurement à la naissance de leurs enfants sur le territoire français les 21 novembre 2018 et 22 mai 2020. De même, si le requérant se prévaut de la présence en France de ces derniers et verse au débat le certificat de scolarité de sa fille ainée en classe de moyenne section au sein de l'école primaire publique Ampère pour l'année scolaire 2022-2023, deux attestations respectivement rédigées les 1er et 7 décembre 2022 par la directrice de l'établissement d'accueil du jeune enfant (C Prince, situé à Oullins, et une enseignante en petite et moyenne sections de l'école primaire publique Ampère, le carnet de santé de sa fille cadette ainsi qu'une photographie non datée, ces éléments ne suffisent pas à démontrer que l'intéressé contribue à l'éducation et à l'entretien de ses deux filles mineures et n'établissent pas davantage la réalité et l'intensité des liens affectifs entretenus avec ces dernières. Par ailleurs, si M. B A se prévaut également de la présence en France de l'un de ses frères, initialement détenteur d'une carte de résident valide du 5 juin 2014 au 4 juin 2024 et désormais titulaire, depuis le 14 décembre 2021, d'une carte nationale d'identité française, la seule production d'une attestation rédigée le 4 décembre 2022, aux termes de laquelle ce dernier précise l'avoir hébergé depuis son arrivée sur le territoire, ne suffit pas à démontrer l'ancienneté, l'intensité et la stabilité des liens privés et familiaux dont il entend se prévaloir à son égard. En outre, si le requérant verse au débat un certificat d'enregistrement et une attestation de déclaration préalable à l'embauche relative à la conclusion d'un contrat à durée déterminée (CDD) en qualité d'agent d'entretien dans le cadre du remplacement d'une personne du 8 novembre au 30 décembre 2022, cet élément ne suffit pas à démontrer une insertion sociale et professionnelle significative sur le territoire français à la date de la décision attaquée. Enfin, l'intéressé n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de son existence et où résident, selon ses propres déclarations, sa mère, ses quatre autres frères, ses deux sœurs ainsi que sa première fille, née le 21 septembre 2005 d'une précédente union. Dans ces circonstances, eu égard aux conditions de son séjour en France, la préfète du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B A en lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont infondés et doivent être écartés. Par les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentation particulière, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle et familiale du requérant doit également être écarté.
8. En dernier lieu, selon les termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir et qui sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. En l'espèce, à supposer que M. B A ait réellement entendu soutenir que la décision contestée méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants, il ne démontre cependant pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de ses deux filles mineures ni ne justifie davantage, par les pièces qu'il produit, de la réalité et de l'intensité de liens affectifs entretenus avec ces dernières. Par suite, en refusant au requérant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", la préfète du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de ses deux filles mineures et n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Jourdan, présidente,
Mme Gros, première conseillère,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2024.
Le rapporteur,
C. Gueguen
La présidente,
D. Jourdan
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026