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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209580

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209580

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209580
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantDEME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Deme, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a décidé sa remise aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement UE du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 13 janvier 2023.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de M. Besse, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né en 1972, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a décidé sa remise aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ".

3. Le requérant fait valoir qu'il est arrivé en France en juin 2022, que ses deux enfants y sont scolarisés et que son épouse bénéficie d'une prise en charge psychologique et médicale en lien avec un syndrome post-traumatique consécutif aux évènements traumatisants qu'elle a vécus en Afghanistan puis dans son parcours d'exil. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que son épouse ne pourrait bénéficier en Croatie d'un traitement médical ni que ses enfants ne pourraient y être scolarisés. Dans ces conditions, et alors que son épouse a fait l'objet, le même jour d'une décision de remise aux autorités croates, le préfet du Rhône, en ne dérogeant pas aux critères de détermination de l'Etat responsable de la demande d'asile du requérant, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. En second lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. S'il est vrai qu'une remise aux autorités croates intervenant en cours d'année scolaire est de nature à perturber la scolarité des enfants de M. B, cette seule circonstance, alors que ces derniers pourraient poursuivre leur scolarité dans ce pays, n'est pas de nature à établir que la décision porterait atteinte à leur intérêt supérieur et qu'elle serait ainsi contraire aux stipulations citées au point précédent. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 8 décembre 2022 du préfet du Rhône est illégal et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

T. A La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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