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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209594

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209594

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209594
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantLAFORET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 23, 24 et 27 décembre 2022 ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées le 23 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Laforêt, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a décidé sa remise aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre à la préfecture du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas justifié de la qualification de la personne qui a mené l'entretien, en méconnaissance de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'application de l'article 16 du règlement UE n° 604/2013 et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'application de l'article 17 du règlement UE n° 604/2013 ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté portant assignation à résidence est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de l'arrêté décidant sa remise aux autorités espagnoles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 27 décembre 2022, Mme Collomb, magistrate désignée, a présenté son rapport, et entendu les observations de Me Laforêt, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.

Le préfet du Rhône n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 19 février 1972, déclare être entré sur le territoire français le 21 juillet 2022. Le 22 septembre 2022, l'intéressé a présenté une demande d'asile mais il est apparu, après consultation du fichier européen VIS que ce dernier était titulaire d'un visa, valide du 26 mai au 25 novembre 2022, qui lui a été délivré par les autorités espagnoles. Les autorités espagnoles ont été saisies, le 17 octobre 2022, d'une demande de reprise en charge de M. B à laquelle elles fait explicitement connaître, le 7 novembre 2022, leur accord pour une réadmission. Par un arrêté du 22 décembre 2022, le préfet du Rhône a prononcé la remise de M. B aux autorités espagnoles et l'a, par un arrêté du même jour, assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande au tribunal, par la présente requête, le prononcer l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté de remise aux autorités espagnoles :

2. En premier lieu, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre État membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

3. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

4. L'arrêté attaqué, qui vise le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, précise que la consultation du fichier européen VIS a fait apparaître que le requérant est titulaire d'un visa délivré par les autorités espagnoles et que ces dernières, qui sont responsables de sa demande d'asile, avaient accepté de le reprendre en charge. Il précise ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde permettant ainsi à l'intéresser d'en comprendre le motif à sa seule lecture et de le contester utilement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, selon les termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié d'un entretien individuel le 22 septembre 2022 mené à la préfecture du Rhône. Selon le compte-rendu de cet entretien, qui est produit au dossier et n'avait pas nécessairement à faire figurer le nom et le prénom de l'agent qui a tenu l'entretien, celui-ci a été mené par un agent qualifié de la préfecture, mention qui n'est contredite par aucun élément produit par le requérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 16 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Lorsque, du fait d'une grossesse, d'un enfant nouveau-né, d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l'assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légalement dans un des États membres, ou lorsque son enfant, son frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement dans un État membre est dépendant de l'assistance du demandeur, les États membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d'origine, que l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne à charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit. / () ".

8. M. B soutient que son épouse et leurs deux enfants nés les 10 septembre 2003 et 7 juillet 2008, résident en France depuis le mois de septembre 2016 et il verse au débat la copie du certificat de résidence algérien d'une durée d'un an dont bénéficie sa fille aînée en qualité d'étudiante. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'épouse du requérant a fait l'objet, le 8 janvier 2018, d'un arrêté préfectoral portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 15 mai 2018, et qu'elle se maintient donc irrégulièrement sur le territoire français. Il est en outre constant que le requérant, qui n'est entré sur le territoire français qu'en septembre 2022, a vécu séparé de sa famille pendant plusieurs années et qu'il a déclaré, lors de l'entretien du 22 septembre 2022, que " ses deux enfants sont à la charge de Madame ". Enfin, la fille aînée du requérant, qui est majeure, a vocation à créer sa propre cellule familiale. Par suite, en refusant de faire usage de la possibilité de faire examiner par la France la demande d'asile de l'intéressée, le préfet du Rhône n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".

10. Il résulte de ces dispositions que la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Cette possibilité doit en particulier être mise en œuvre lorsqu'il y a des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé courra, dans le pays de destination, un risque réel d'être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. M. B ne soutient ni même n'allègue être exposé à des risque en Espagne. Par suite, en refusant de faire usage de la possibilité de faire examiner par la France la demande d'asile de l'intéressée, le préfet du Rhône n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

13. M. B se prévaut de la présence sur le territoire français de son épouse et de leurs deux enfants depuis 2016. Il ressort toutefois des pièces du dossier que son épouse ne justifie d'aucun droit au séjour en France et leur fille aîné, qui est désormais majeur, à vocation à créer sa propre cellule familiale. En outre, le requérant, qui était demeuré en Algérie, a vécu séparé de sa famille pendant plusieurs années. Par suite, eu égard au caractère très récent du séjour en France de M. B et au fait qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer ailleurs que sur le territoire national, la décision contestée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations citées au point précédent de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

15. La décision contestée n'a pas pour effet de séparer le dernier enfant du requérant de sa mère avec laquelle il réside depuis plusieurs années alors que son père vivait en Algérie. Il ne ressort en outre d'aucune pièce du dossier que la décision litigieuse entraînerait des conséquences telles qu'elle serait regardée comme portant atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

16. En l'absence d'illégalité de l'arrêté de remise aux autorités espagnoles, le moyen tiré de l'illégalité de l'arrêté portant assignation à résidence par voie de conséquence de la précédente doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation et d'injonction.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

La magistrate désignée,

C. A

La greffière,

F. GAILLARD

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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