jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209608 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | NDIAYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 20 décembre 2022 et le 9 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Ndiaye, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2022 par laquelle la préfète de l'Ain a décidé sa réadmission à destination de l'Italie, ensemble la décision de cette même autorité portant refus de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la présentation d'une demande de réadmission aux autorités italiennes et de leur accord ;
- le refus de l'admettre au séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du pouvoir général de régularisation dont dispose l'autorité préfectorale ;
- le refus de l'admettre au séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 9 de l'accord franco-marocain, celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles des 1 et 2 de l'article 3, de l'article 8 et de l'article 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la décision de réadmission n'a ni pour objet ni pour effet de refuser à la requérante la délivrance d'un titre de séjour, que les moyens tirés de la violation de l'article 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas opérants et que les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.
En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de relever d'office l'inapplicabilité à un ressortissant marocain des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " et d'y substituer le pouvoir de régularisation dont dispose l'autorité préfectorale comme base légale de la décision de refus de titre de séjour en litige .
Vu les observations présentées pour Mme B, enregistrées le 23 septembre 2024.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %) par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 5 mai 2023.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République italienne relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière, signé à Chambéry le 3 octobre 1997 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Reniez a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante marocaine entrée sur le territoire français avec un titre de séjour délivré par les autorités italiennes, Mme B conteste la décision du 5 décembre 2022 par laquelle la préfète de l'Ain a décidé sa réadmission à destination de l'Italie, ensemble la décision de cette même autorité portant rejet de sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de séjour :
2. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France pour une durée d'un an au minimum () reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an, renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Mme B ne justifiant pas de la présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article 3 doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
4. Au soutien de sa requête, Mme B se prévaut de la présence de ses attaches familiales et de sa bonne intégration en France, où elle vit avec son fils né en 2013 depuis l'année 2017, où elle a exercé un emploi d'ouvrière à compter de l'année 2019 et où se trouvent ses frères et sœurs. Toutefois, alors que la préfète de l'Ain relève que le contrat de travail dont la requérante se prévaut fait faussement état de sa nationalité italienne et alors que la requérante, qui est divorcée, dont les proches ont pour certains la nationalité italienne et qui est hébergée chez sa sœur, s'est durablement maintenue en France en situation irrégulière et ne fait pas état de circonstances faisant obstacle à son retour en Italie ou à son établissement au Maroc, les moyens tirés de l'atteinte excessive qu'il serait porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Les circonstances qui sont invoquées ne permettent pas davantage de considérer que la préfète de l'Ain a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant d'admettre Mme B au séjour au titre de sa vie privée et familiale, ni que cette autorité, faute de pouvoir se fonder sur ce point sur les dispositions de ce dernier article, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice du pouvoir qui lui appartient de régulariser la situation d'un ressortissant marocain au titre de son activité professionnelle.
5. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Alors en particulier que les décisions en litige n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer la requérante de son enfant, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
6. Dès lors que les stipulations du point 2 de l'article 3 et celles de l'article 8 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne créent que des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés et que l'article 10 de cette même convention ne concerne que les situations de réunification familiale, Mme B ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces stipulations.
En ce qui concerne la réadmission sur le territoire italien :
7. Aux termes de l'article L. 621-4 : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne l'étranger, détenteur d'un titre de résident de longue durée - UE en cours de validité accordé par cet Etat, en séjour irrégulier sur le territoire français. / () ". Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-italien du 3 octobre 1997 visé ci-dessus relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière : " () / 2. Chaque Partie contractante réadmet sur son territoire, à la demande de l'autre Partie contractante et sans formalités, le ressortissant d'un Etat tiers qui ne remplit pas ou ne remplit plus les conditions d'entrée ou de séjour applicables sur le territoire de la Partie contractante requérante lorsque ce ressortissant dispose d'un visa ou d'une autorisation de séjour de quelque nature que ce soit, délivré par la Partie contractante requise et en cours de validité () ". Aux termes de l'annexe à cet accord : " 2.4. La Partie contractante requise répond à la demande dans les plus brefs délais, au plus tard dans les quarante-huit heures qui suivent la réception de la demande. / 2.5. La personne faisant l'objet de la demande de réadmission n'est remise qu'après réception de l'acceptation de la Partie contractante requise ".
8. Il est constant que la préfète de l'Ain n'a pas présenté aux autorités italiennes une demande tendant à la réadmission de Mme B et n'a pas recueilli leur accord pour une telle réadmission, lequel constitue une garantie pour l'étranger concerné. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que la décision de remise aux autorités italiennes prise à son égard l'a été en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 5 de l'accord franco-italien du 3 octobre 1997 sur le fondement desquelles elle a été prise et, dès lors, à en demander l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus d'admission de la requérante au séjour, n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que la requérante présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la préfète de l'Ain du 5 décembre 2022 prévoyant la réadmission de Mme B en Italie est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
Mme Lacroix, première conseillère,
Mme Reniez, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
La rapporteure,Le président,
E. ReniezA. Gille
La greffière,
K. Schult
La République mande et ordonne au préfet de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026