mardi 3 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209624 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | ALBERTIN |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 et 30 décembre 2022 sous le numéro 2209624, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 30 décembre 2022, M. E B, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Ardèche a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche :
- en cas d'annulation de la décision contestée pour un motif de forme, de réexaminer son dossier et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
- en cas d'annulation de la décision contestée pour un motif de fond, d'enjoindre au préfet de l'Ardèche de lui délivrer le titre de séjour sollicité lui permettant d'exercer une activité professionnelle salariée dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme 1500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour Me Albertin de renoncer à la percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure en l'absence de consultation préalable de la commission du titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les services de la préfecture l'ont délibérément laissé croire qu'il pouvait obtenir le titre de séjour sollicité soit en allant chercher un visa de long séjour conjoint de français soit en justifiant de six mois de mariage ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant l'Algérie comme pays de destination sont illégales, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant l'Algérie comme pays de destination ;
- elle est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2023, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
II°) Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 et 26 décembre 2022 sous le numéro 2209625, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 30 décembre 2022, M. E B, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Ardèche l'a assigné à résidence à son domicile et l'a astreint à se présenter cinq fois par semaine à la gendarmerie du Teil ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme 1500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour Me Albertin de renoncer à la percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- il est entaché d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation ;
- il ne s'est pas vu remettre le formulaire prévu par les dispositions de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'a pas été en mesure de faire valoir ses observations en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'autorité préfectorale a méconnu les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable ;
- l'autorité préfectorale a également méconnu les dispositions de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le service auquel il doit se présenter n'est pas préciser ;
- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2023, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été présenté au cours de l'audience publique du 27 décembre 2022.
M. B et le préfet de l'Ardèche n'étant ni présents ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, né le 11 août 1986, déclare être entré sur le territoire français en août 2006. Par un arrêté du 5 juillet 2021, dont la légalité a été confirmée par la tribunal le 17 décembre suivant et par la cour administrative d'appel de Lyon le 31 octobre 2022, le préfet de l'Ardèche lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Le 5 octobre 2022, le requérant a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations des articles 6-2 et 7 bis a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par un arrêté du 20 décembre 2022, le préfet de l'Ardèche a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par un arrêté du même jour, la même autorité a assigné M. B à résidence dans le département de l'Ardèche et l'a astreint à se présenter à la gendarmerie du Teil cinq fois par semaine. L'intéressée demande l'annulation de ces deux arrêtés par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B du bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur l'étendue du litige :
3. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, lorsque l'étranger, placé en rétention ou assigné à résidence, a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire français.
4. M. B a été assigné à résidence par une décision du préfet de l'Ardèche en date du 20 décembre 2022, qui lui a été notifiée le 23 décembre suivant. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur la légalité des décisions du même jour obligeant l'intéressé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal administratif de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 20 décembre 2022 refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, il y a lieu de renvoyer en formation collégiale les conclusions du requérant relatives à la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant l'Algérie comme pays de destination :
S'agissant de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 6, 1) de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () ".
6. Le requérant soutient qu'il réside depuis plus de dix ans en France à la date de la décision attaquée. Toutefois, les pièces qu'il verse au débat, en particulier trois baux d'un an pour la location d'un appartement meublé à Cannes en 2012, 2015 et 2017 seulement, situé à l'adressé de l'association pour laquelle il a assuré des heures de bénévolat en 2018-2019, des quittances de loyer pour quelques mois chaque année, des factures dont certaines mentionnent des adresses distinctes de celle indiquée par le requérant comme étant sa domiciliation, ainsi que des documents médicaux et, en particulier, pour les années 2012 et 2013, des ordonnances, sur lesquelles ne figure pas le numéro de sécurité sociale de l'intéressé qui a été admis au bénéfice de l'aide médicale d'Etat qu'à compter du 17 novembre 2014, ne permettent pas d'établir une résidence habituelle pendant plus de dix années en France. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Ardèche aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. /2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
8. D'une part, si M. B fait de sa présence en France depuis plus de dix ans, il ne justifie pas y résider habituellement ainsi qu'il a été dit au point 6. Il est en outre constant que l'intéressé a attendu le 19 janvier 2021 pour solliciter la délivrance d'un premier titre de séjour. D'autre part, le requérant se prévaut de son intégration professionnelle et sociale. Toutefois, en se bornant à produire une promesse d'embauche pour un poste d'agent de service au sein de l'entreprise Bâtir Service qui fait suite à un entretien du 10 juillet 2021 et une attestation, non datée, établie par le directeur de l'association SEDONA indiquant qu'il a effectué des heures de nettoyage des locaux et d'aide aux famille en 2018 et en 2019, l'intéressé ne démontre pas une insertion socio-professionnelle stable et ancrée en France alors, au demeurant, qu'il ne justifie d'aucun revenu ni d'une qualification professionnelle particulière. M. B soutient, enfin, qu'il justifie de liens familiaux compte tenu de son mariage, célébré le 2 avril 2022, avec une ressortissante française et que sa présence en France est indispensable à son épouse qui souffre d'un handicap. Le requérant était ainsi marié depuis moins d'un an avec son épouse à la date de la décision, aucun enfant n'est né de cette union et l'intéressé ne produit aucun élément permettant d'attester une vie commune avant le mariage. De surcroît, M. B ne soutient ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et sa fratrie et où il a lui-même vécu l'essentiel de son existence. Par suite, dès lors que l'intéressé ne démontre pas avoir ancré de manière intense et stable sa vie privée et familiale en France, c'est sans porter à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée que le préfet de l'Ardèche a refusé de l'admettre au séjour. Les moyens tirés de la méconnaissance par le préfet du Rhône des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien susvisés.
9. En outre, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ". Aux termes de l'article 7 bis de ce même accord : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années / () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit () : a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ".
11. En l'espèce, il ressort des termes de la décision litigieuse que le préfet de l'Ardèche a refusé de délivrer à M. B un certificat de résidence algérien sur le fondement des articles 6-2 et 7 bis a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié au motif que l'intéressé ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français. Le requérant ne conteste pas ce motif et la seule circonstance que les services de la préfecture de l'Ardèche ont indiqué au requérant, par un courriel daté du 8 avril 2022, qu'il devait " aller chercher un visa D conjoint de français au consulat de (son) pays ou reprendre contact avec nos services " lorsqu'il aurait " 6 mois de mariage au mois d'octobre " ne permet pas d'établir que l'autorité préfectorale aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en lui délivrant pas un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des stipulations précitées de l'article 6,2 de l'accord franco-algérien précité. Le moyen ainsi articulé tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne pourra donc qu'être écarté.
12. En dernier lieu, aux termes de L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".
13. Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus des titres de séjour, dès lors que ces ressortissants algériens se trouvent dans une situation entrant à la fois dans les prévisions de l'accord et dans celles prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aussi, il résulte des dispositions de l'article L. 432-13 précité que le préfet est tenu de saisir la commission dans le cas des seuls ressortissants algériens qui remplissent de façon effective les conditions prévues aux articles 6 et 7 bis) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les ressortissants algériens qui se prévalent de ses stipulations. Ainsi, qu'il a été précisé au point 5, M. B ne satisfait pas aux conditions posées par les stipulations de l'article 6,5) de cet accord équivalentes aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 6, 1) de l'accord franco-algérien n'ayant pas d'équivalent parmi les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen devra également être écarté.
S'agissant des autres moyens dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant l'Algérie comme pays de destination :
14. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doit être écarté.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de justice administrative : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; () ".
16. Il résulte de ce qui a été dit précédemment sur l'absence de résidence habituelle pendant plus de dix années en France de M. B que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
17. En dernier lieu, en l'absence d'autre élément, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.
En ce qui concerne la décision refusant tout délai de départ volontaire :
18. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant tout délai de départ volontaire par voie de conséquence des précédentes devra être écarté.
19. En second lieu, dans son arrêté du 20 décembre 2022, le préfet de l'Ardèche vise les textes dont il fait application et notamment les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles du 1° et du 5° de l'article L. 612-3 du même code et précise qu'il existe un risque que M. B se soustraie à la mesure d'éloignement dès lors qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre. Le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France du requérant, celle-ci comporte ainsi les éléments de droit et de fait qui la fondent et, par suite, est suffisamment motivée en droit et en fait.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays à destination duquel le requérant pourra être reconduit doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'arrêté du 20 décembre 2022 portant assignation à résidence dans le département de l'Ardèche et astreignant le requérant à se présenter cinq fois par semaine à la gendarmerie du Teil :
21. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme F D, chef du bureau de l'immigration et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet de l'Ardèche du 25 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, accessible tant au juge qu'aux parties pour signer toutes les mesures d'exécution et de surveillance nécessaires à la mise en œuvre des décisions d'éloignement du territoire français prévues aux livres II, VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A, directeur de la citoyenneté et de la légalité. Par suite, et alors qu'il n'est ni soutenu ni allégué que M. A aurait été absent ou empêché, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
22. En deuxième lieu, si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, il découle de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, le requérant n'invoque aucun fait ni aucune circonstance, autres que ceux déjà portés à la connaissance de l'administration en ce qui concerne sa situation, qu'il aurait pu utilement faire valoir lors d'un entretien préalable à la décision d'assignation à résidence et qui auraient pu influer sur cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie en raison de la méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.
23. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". La formalité définie par cet article étant postérieure à l'édiction de la décision d'assignation à résidence, l'absence de remise du formulaire demeure sans incidence sur la légalité de la décision d'assignation à résidence qui s'apprécie à la date de son édiction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
24. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". En l'espèce, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir que son éloignement ne constituerait pas une perspective raisonnable au sens des dispositions précitées, l'intéressé ne démontrant en outre l'existence d'aucun obstacle à son départ volontaire. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.
25. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ;/ 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ;/ 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
26. En l'espèce, la décision litigieuse précise que M. B doit se présenter cinq fois par semaine, les lundis, mardis, mercredis, jeudis et vendredis, à 8 heures précises, à la brigade de gendarmerie du Teil située quartier Champeaux. Ces dispositions satisfont ainsi aux dispositions précitées du 2° l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
27. En dernier lieu, M. B soutient qu'il réside avec son épouse au 5 rue du Faubourg à Rochemaure et non au Teil comme l'a indiqué le préfet de l'Ardèche et que ne disposant ni du permis de conduire ni d'un véhicule, il ne serait contraint de prendre les transports en commun ou de se rendre à pieds à la brigade de gendarmerie. Il ressort toutefois de ses propres écritures et des pièces versées au débat par l'intéressé que la ligne de bus E 18 relie à la commune de Rochemaure à celle du Teil et que le requérant dispose ainsi d'un moyen de transport lui permettant de remplir son obligation de se présenter cinq fois par semaine, pour 8 heures précises, à la gendarmerie du Teil. Dans ces conditions, les obligations prescrites par l'assignation à résidence ne portent pas atteinte à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le préfet de l'Ardèche n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de l'assigner à résidence, l'erreur de plume commise par le préfet de l'Ardèche dans l'adresse du domicile du requérant, pour regrettable qu'elle soit, est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent dès lors être écartés.
28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2022 portant assignation à résidence doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
29. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions en injonction, à l'exception de celles réservées à l'examen de la formation collégiale, doivent être rejetées.
Sur les frais de justice:
30. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions dirigées contre le refus de délivrance d'un titre de séjour sont réservées jusqu'à ce qu'il y soit statué en formation collégiale.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de l'Ardèche.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 janvier 2023.
La magistrate désignée,
C. C
La greffière,
G. MONTEZIN
La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
Un greffier
2-2209625
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026