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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209635

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209635

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209635
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDELBES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 décembre 2022 et le 20 février 2023, M. B A, représenté par Me Delbes, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 21 décembre 2022 de la préfète de l'Ain rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour dans les huit jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou de réexaminer sa situation en cas d'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision l'obligeant à quitter le territoire français sur sa situation personnelle ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions lui refusant un délai de départ volontaire et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français sur sa situation personnelle.

Un mémoire en défense a été enregistré pour la préfète de l'Ain le 16 janvier 2023, qui conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertolo,

- et les observations de Me Delbes, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant kosovar, demande au tribunal d'annuler les décisions du 21 décembre 2022 de la préfète de l'Ain rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en dernier lieu sur le territoire français en avril 2011. Il a fait l'objet, en juin 2012, juillet 2014, août 2017 et février 2019 de mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées. S'il se prévaut de la présence en France de ses deux frères, ainsi que de promesses d'embauche en tant qu'ouvrier agricole, il ne justifie pas d'une insertion particulière sur le territoire, alors qu'il est célibataire, sans charge de famille, sans ressources stables et sans logement propre. Il est en outre défavorablement connu des services de police pour des faits d'obtention indue de document administratif, faux et usage de faux documents administratifs et de recel de bien provenant d'un vol en mars 2019. Dans ces conditions, la préfète de l'Ain n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ni méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La préfète n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, M. A, dont la demande d'admission au statut de réfugié a été définitivement rejetée pat une décision du 7 mai 2012 de la Cour nationale du droit d'asile, ne fait état d'aucune circonstance nouvelle qui permettrait de considérer que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / (). ".

6. Comme exposé au point 3, M. A a méconnu quatre obligations de quitter le territoire français prises à son encontre et a refusé d'embarquer à deux reprises en mars 2019, ce qui a conduit le tribunal correctionnel de Lyon à le condamner à une peine de deux mois d'emprisonnement pour des faits de soustraction à une mesure d'éloignement. Par suite, la préfète de l'Ain pouvait, pour ce seul motif, considérer que M. A présentait un risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet et en conséquence lui refuser le bénéfice d'un délai de départ volontaire. Les moyens tirés de ce que ce refus est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

8. La préfète de l'Ain a décidé d'interdire à M. A de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans compte tenu de la durée de sa présence, de ce qu'il se déclarait célibataire et sans charge de famille, de ce qu'il s'était soustrait à de précédentes mesures d'éloignement et de ce qu'il était défavorablement connu des services de police. Ces motifs, alors qu'il n'est pas établi que des circonstances humanitaires justifiaient que la préfète ne prononce pas d'interdiction de retour, justifient dans leur principe et leur durée les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il attaque. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

Mme Conte, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le rapporteur,

C. BertoloLa présidente,

C. Michel

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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