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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209663

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209663

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMEUNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 décembre 2022, 8 mars 2023, 26 septembre 2023, 24 mai 2024 et 27 juin 2024, la société Lugdunum Capital, représentée par la SELARL BG avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2022 par lequel le maire de Brignais s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 3 octobre 2022 en vue de la modification d'ouvertures, de la pose de nouvelles menuiseries, de la modification de l'usage d'un garage en pièce de vie et de la création de six logements sur un terrain situé 7 montée de la Côte ;

2°) d'enjoindre au maire de Brignais de délivrer une décision de non-opposition à déclaration préalable ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Brignais une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le projet respecte l'article U 1.3 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la mixité fonctionnelle et sociale ;

- il respecte l'article U 2.5 du règlement du plan local d'urbanisme relatif au traitement environnemental et paysager des espaces non bâtis et abords des constructions ;

- il respecte l'article U 2.6 du règlement du plan local d'urbanisme relatif au stationnement dès lors que le nombre de places de stationnement avant et après travaux est précisé et que le projet mentionne la surface dédiée au stationnement des vélos ;

- l'accès prévu par le projet ne présente aucun risque pour la sécurité publique ; le projet respecte l'article U 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme ainsi que l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 juin 2023, 13 juin 2024 et 16 juillet 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la commune de Brignais, représentée par la SELARL Isee, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés ;

- la décision est justifiée par un nouveau motif tiré du non-respect de la superficie minimale exigée par l'article U 2.6 du règlement du plan local d'urbanisme pour le stationnement des deux roues dès lors que la société pétitionnaire a déclaré deux logements de 88 m² comme des T2, alors qu'il s'agit en réalité de T4 compte tenu de cette superficie.

Par une lettre du 19 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 15 avril 2024 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 15 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Navarro, représentant la société Lugdunum Capital,

- et celles de Me Delay, représentant la commune de Brignais.

Une note en délibéré, présentée pour la société Lugdunum Capital, a été enregistrée le 21 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La société Lugdunum Capital a déposé en mairie de Brignais le 3 octobre 2022 une déclaration préalable portant sur la modification d'ouvertures, la pose de nouvelles menuiseries, la modification de l'usage d'un garage en pièce de vie et la création de six logements sur un terrain situé 7 montée de la Côte. Par arrêté du 26 octobre 2022, le maire de Brignais s'est opposé à cette déclaration. La société Lugdunum Capital demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique ". Aux termes de l'article L. 421-7 de ce code : " Lorsque les constructions, aménagements, installations et travaux font l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à leur exécution ou imposer des prescriptions lorsque les conditions prévues à l'article L. 421-6 ne sont pas réunies. "

3. D'autre part, aux termes de l'article U 1.3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " () En dehors des parcelles identifiées au titre de l'article L. 151-41 4° du code de l'urbanisme, les zones urbaines ayant vocation à accueillir de l'habitat sont soumises à une servitude de mixité sociale au titre de l'article L. 151-15 du code de l'urbanisme : en cas de réalisation de logements, et pour toute opération créant 4 logements et plus, au moins 20 % de la surface de plancher totale de l'opération seront dédiés à des logements locatifs sociaux. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que si un projet d'autorisation d'urbanisme, pour lequel une déclaration préalable ou une demande de permis a été déposée, méconnaît l'une des normes législatives et réglementaires d'urbanisme opposables visées à l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme, l'autorité administrative compétente doit, sans préjudice des adaptations mineures et des dérogations susceptibles de bénéficier au demandeur, refuser l'autorisation ou, le cas échéant, imposer une ou des prescriptions permettant de rendre le projet conforme à ces règles opposables.

5. Pour s'opposer à la déclaration préalable en litige, le maire de Brignais s'est fondé sur la circonstance que le dossier de cette déclaration ne contient aucune information sur la surface de plancher dédiée aux logements sociaux. Ce dossier, qui indique que le projet consiste à réaliser sept logements dont deux logements sociaux, ne mentionne effectivement pas la surface de plancher totale de l'opération dédiée aux logements locatifs sociaux. Ainsi que le fait valoir la commune en défense, ce motif d'opposition étant fondé sur le fait que le dossier ne permet pas de vérifier le respect d'une norme d'urbanisme, et non sur son incomplétude, la déclaration de travaux n'avait donc pas à donner lieu à une demande de pièce complémentaire. Toutefois, la société requérante est fondée à soutenir que le maire aurait pu assortir l'arrêté d'une prescription, imposant l'affectation d'au moins 20 % de la surface de plancher totale de l'opération à des logements locatifs sociaux, de nature à rendre le projet conforme à l'article U 1.3 précité du règlement. Dans ces conditions, ce motif d'opposition est entaché d'illégalité.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article U 2.5 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " () Plantation des espaces extérieurs / Les aires de stationnement nouvellement créées seront plantés d'arbres de haute tige à hauteur d'un arbre pour quatre places. ".

7. Il ressort de la lecture combinée du plan de masse et du plan de coupe BB que dix arbres de haute tige seront plantés " en pied de stationnement ", conformément à l'article U 2.5 précité, qui impose en l'espèce la plantation de cinq arbres pour la réalisation de dix-sept places de stationnement. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article U 2.5 du règlement du plan local d'urbanisme.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article U 2.6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " Stationnement / L'application de la règle () / Dans le cas d'une extension, d'une réhabilitation, d'un changement de destination, les normes définies ci-après ne s'appliquent qu'à l'augmentation de surface de plancher*, de capacité ou du nombre de logements, en maintenant les places existantes nécessaires aux parties de bâtiment dont la destination initiale est conservée () / Stationnement des deux roues / Pour les constructions à usage de logement, cette disposition s'applique pour toute opération de logements collectifs. Chaque emplacement doit représenter une surface supérieure ou égale à 0,75 m² pour les logements de type 1 et 2 et 1,5 m² pour les autres typologies de logements. () ".

9. D'une part, la notice du dossier de déclaration préalable indique que le projet prévoit la réalisation de dix-sept places de stationnement et le formulaire Cerfa de ce dossier ne mentionne la présence d'aucune place de stationnement existante avant travaux. Par suite, le maire de Brignais ne pouvait légalement s'opposer au projet en estimant que le nombre de places de stationnement avant et après travaux n'est pas indiqué.

10. D'autre part, la notice du dossier indique qu'un " abri vélo de 9 m² " assurera le stationnement des deux roues et le plan de masse du dossier représente clairement cet abri. Si le maire de Brignais a considéré que le projet ne donne aucune précision sur le nombre des emplacements de stationnement réservés aux vélos, les dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme n'exigent pas que soit précisé le nombre de ces emplacements. Par ailleurs, le projet précise la surface affectée au stationnement des deux-roues, soit 9 m², comme indiqué précédemment. Dans ces conditions, le projet n'est pas insuffisant à cet égard. La société Lugdunum Capital est donc fondée à soutenir que ce motif de refus est illégal.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Et aux termes de l'article U 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, relatif à la desserte par les voies publiques ou privées : " () Les voies publiques ou privées, destinées à accéder aux constructions, doivent avoir des caractéristiques techniques adaptées aux usages qu'elles supportent, aux opérations qu'elles doivent desservir () ".

12. L'accès au terrain d'assiette du projet débouche sur une plate-forme située en retrait de 5 mètres de la voirie, d'une largeur d'environ 18 mètres. Cette plate-forme débouche sur la montée de la Côte, qui est une voie publique d'une largeur de 12 mètres, à double sens de circulation, présentant une pente de 13 %, bordée d'un trottoir et d'un accotement enherbé. Si cet accès est situé à proximité d'un virage, il ressort toutefois de l'étude d'impact sur la circulation et la sécurité versée aux débats que l'entrée et la sortie des véhicules est possible sans risque majeur, en raison des vitesses modérées en approche et en sortie de courbe, que les conditions de visibilité sont suffisantes sur la montée de la Côte et que l'accès élargi par le projet en litige améliorera ces conditions. Par ailleurs, le projet prévoit la mise en place d'un miroir face à l'accès afin d'offrir davantage de visibilité. En outre, le caractère accidentogène de la portion de voie en cause, fréquentée par environ 5 000 véhicules par jour, n'est pas établi, l'étude d'impact réalisée en janvier 2023 recensant un seul accident sur 10 ans, lié à une perte de contrôle d'un véhicule motorisé à deux-roues conduit par deux adolescents, et l'attestation du responsable de la police municipale du 5 juin 2024 faisant état quant à elle de 5 interventions sur la montée de la Côte pour des faits d'accidents liés à la circulation routière sur 5 ans. Enfin, la circonstance que l'accès prévu par le projet présente une largeur supérieure à celle préconisée par la communauté de communes de la vallée du Garon dans le cadre de l'instruction de la division de la parcelle ne permet pas d'établir que cet accès serait dangereux. Dans ces conditions, en s'opposant au projet en litige au motif qu'il porte atteinte à la sécurité publique et que la montée de la Côte ne présente pas les caractéristiques techniques adaptées à la desserte du projet, le maire de Brignais a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et de l'article U 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme.

13. L'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondée sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis l'auteur du recours à même de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

14. La commune de Brignais doit être regardée comme sollicitant une substitution de motifs tirée du non-respect de la superficie minimale exigée pour le stationnement des deux roues par l'article U 2.6 du règlement du plan local d'urbanisme, cité au point 8, dès lors que la société pétitionnaire a déclaré deux logements de 88 m² comme des T2 alors que ceux-ci constituent en réalité des T4 compte tenu de leur superficie.

15. Toutefois, le dossier de déclaration préalable, au regard duquel l'autorisation d'urbanisme a été refusée, a un caractère déclaratif et aucune pièce du dossier ne permet d'établir que les deux logements ainsi déclarés disposeront de pièces supplémentaires. Dans ces conditions, le projet litigieux, qui prévoit la réalisation d'un " abri vélo de 9 m² ", respecte l'article U 2.6 du règlement du plan local d'urbanisme, qui impose en l'espèce la réalisation d'un emplacement de 8,25 m², ce projet comprenant 3 logements T2 et 4 logements T4. Dès lors, il ne peut être fait droit à la demande de substitution de motifs fondée sur les dispositions de l'article U.6 du règlement du plan local d'urbanisme sollicitée en défense.

16. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2022 du maire de Brignais, dont tous les motifs sont entachés d'illégalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

18. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

19. Eu égard aux motifs d'annulation retenus par le présent jugement, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des dispositions d'urbanisme opposables à la demande interdiraient de prononcer une injonction ou que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle, il y a lieu d'enjoindre au maire de Brignais de délivrer la décision de non-opposition sollicitée par la société requérante, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Brignais demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Brignais une somme de 1 400 euros à verser à la société requérante en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 octobre 2022 du maire de Brignais est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Brignais de délivrer à la société Lugdunum Capital la décision de non-opposition sollicitée dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Brignais versera à la société Lugdunum Capital la somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Brignais présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Lugdunum Capital et à la commune de Brignais.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

F.-M. ALe président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

S. Saadallah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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