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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209671

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209671

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 19 décembre 2022, 21 juin 2024 et 25 juin 2024, Mme G B née D, Mme I D, Mme E A née D et M. F D, représentés par Me Delay, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2022 du président de la Métropole de Lyon portant alignement individuel au droit de leur parcelle cadastrée section D n° 579 ;

2°) d'enjoindre au président de la Métropole de Lyon de prendre un nouvel arrêté d'alignement intégrant le mur de soutènement dans le domaine public routier dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au président de la Métropole de Lyon de réexaminer leur situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de la Métropole de Lyon sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que le mur de soutènement appartient au domaine public routier dès lors qu'il est un accessoire utile à la rue Edouard Branly.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, la Métropole de Lyon, représentée par Me Jean-Marc Petit, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme globale de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rizzato, première conseillère,

- les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Delay pour les requérants, et de Me Louis pour la Métropole de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. L'indivision D est propriétaire d'une parcelle située 6 rue André Hermann à Bron (69500) et cadastrée section D n° 579. Cette parcelle est riveraine de la rue Edouard Branly, qui appartient au domaine public routier de la Métropole de Lyon. Le président de la Métropole de Lyon a pris, le 27 octobre 2022, un arrêté constatant la limite de la voie publique au droit de cette parcelle. Les requérants demandent au tribunal d'en prononcer l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière : " L'alignement est la détermination par l'autorité administrative de la limite du domaine public routier au droit des propriétés riveraines. Il est fixé soit par un plan d'alignement, soit par un alignement individuel. / () L'alignement individuel est délivré au propriétaire conformément au plan d'alignement s'il en existe un. En l'absence d'un tel plan, il constate la limite de la voie publique au droit de la propriété riveraine. ". Aux termes de l'article L. 2111-14 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public routier comprend l'ensemble des biens appartenant à une personne publique mentionnée à l'article L. 1 et affectés aux besoins de la circulation terrestre, à l'exception des voies ferrées. " Aux termes de l'article L. 2111-2 du même code : " Font également partie du domaine public les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1 qui, concourant à l'utilisation d'un bien appartenant au domaine public, en constituent un accessoire indissociable. ".

3. La circonstance qu'un ouvrage n'appartienne pas à une personne publique ne fait pas obstacle à ce qu'il soit regardé comme une dépendance d'un ouvrage public s'il présente, avec ce dernier, un lien physique ou fonctionnel tel qu'il doive être regardé comme un accessoire indispensable de l'ouvrage. En l'absence de titre en attribuant la propriété aux propriétaires des parcelles en bordure desquelles il est édifié ou à des tiers, un mur situé à l'aplomb d'une voie publique et dont la présence évite la chute de matériaux qui pourraient provenir des fonds qui la surplombent doit être regardé comme un accessoire de la voie publique, même s'il a aussi pour fonction de maintenir les terres des parcelles qui la bordent.

4. Il ressort des pièces du dossier que le mur litigieux sépare la propriété des requérants de la rue Edouard Branly et a été édifié lors du décaissement du terrain d'assiette des travaux d'aménagement de la parcelle supportant cette voie. Ce mur permet, compte-tenu de la configuration initialement vallonée des lieux, de maintenir en surplomb de la voie publique la propriété des requérants et de prévenir d'éventuelles chutes de terre provenant de son jardin sur la voie publique et donc de protéger les usagers de celle-ci. Ainsi, ce mur de soutènement doit être regardé comme un accessoire de la voie publique. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que c'est à tort que l'arrêté attaqué a exclu le mur de soutènement de la délimitation de la voie publique et à en demander l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, au regard du motif d'annulation retenu, que la Métropole de Lyon délivre aux requérants l'arrêté d'alignement demandé incluant le mur de soutènement dans le domaine public routier. Il y a donc lieu d'enjoindre au président de la Métropole de Lyon de délivrer l'arrêté d'alignement sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la Métropole de Lyon au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Métropole de Lyon une somme de 1 400 euros, à verser à l'indivision D, sur le fondement des dispositions précitées du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté n°2022-4959 du 27 octobre 2022 du président de la Métropole de Lyon est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au président de la Métropole de Lyon de délivrer à l'indivision D l'arrêté d'alignement mentionné au point 5 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La Métropole de Lyon versera une somme de 1 400 euros à l'indivision D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la Métropole de Lyon présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme G B née D, Mme I D, Mme E A née D et M. F D et à la Métropole de Lyon.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

La rapporteure,

C. Rizzato

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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