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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209697

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209697

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209697
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 3ème chambre
Avocat requérantLACHENAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 décembre 2022 et 6 juin 2024, M. B A, représenté par Me Lachenaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48 SI du ministre de l'Intérieur en date du 27 juillet 2021 portant invalidation de son permis de conduire, ensemble la décision implicite de rejet de son recours administratif ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés sur son permis de conduire, dans un délai de 7 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve pour Me Lachenaud de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision est entachée d'incompétence ;

- pour chacune des infractions du 11 novembre 2020 ayant entraîné le retrait de 4 points, du 7 mai 2021 ayant entraîné le retrait de 2 points et du 23 janvier 2021 à 00H39 et 01h53 ayant entraîné respectivement le retrait de 4 points, il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme Wolf, présidente honoraire.

Considérant ce qui suit :

1. Le 27 juillet 2021, le ministre de l'intérieur a notifié à M. B A une décision référencée " 48 SI ", portant invalidation de son permis de conduire, à la suite d'une infraction commise le 23 janvier 2021 à 1 heures 53 ayant entrainé le retrait de 4 points de son permis de conduire et lui a rappelé trois autres infractions commises également le 23 janvier 2021, mais à 00 heure 39, ayant aussi entrainé le retrait de 4 points de son permis de conduire, le 7 mai 2021 à 21 heures 58, ayant entrainé le retrait de 2 points de son permis de conduire et le 11 novembre 2020 à 21 heures, ayant entrainé le retrait de 4 points de son permis de conduire. M. A, invoquant l'illégalité de ces retraits de points demande au tribunal l'annulation de la décision 48SI et la reconstitution de son capital de points.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, la décision référencée 48 SI du 27 juillet 2021 a été signée par Mme Carolyne Charlet, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, cheffe du bureau national des droits à conduire, qui a reçu délégation par la décision du 28 janvier 2020 modifiant la décision du 3 mai 2017 modifiée portant délégation de signature à la délégation à la sécurité routière, publiée au Journal Officiel du 31 janvier 2020. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision 48 SI attaquée est entachée d'incompétence.

3. En deuxième lieu, en application des dispositions de l'article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

4. L'information prévue par les dispositions susmentionnées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. M. A soutient que les informations préalables, mentionnées par les dispositions précitées du code de la route, ne lui ont pas été délivrées lors du constat des infractions des 23 janvier 2021 à 1 heures 53 et 00 heures 39, du 7 mai 2021 à 21 heures 58, et du 11 novembre 2020 à 21 heures.

5. M. A expose, néanmoins qu'il a commis une infraction d'excès de vitesse le 7 mai 2021, qui a entraîné le retrait de deux points de son permis de conduire, qu'il a reçu la contravention, a payé l'amende forfaitaire, ainsi que cela ressort, d'ailleurs, de son relevé d'information intégral, et ne conteste donc pas l'infraction. Par suite, les moyens éventuellement dirigés contre le retrait de deux points à la suite de cette infraction doivent être écartés.

S'agissant de l'infraction commise le 11 novembre 2020 :

6. Cette infraction de conduite en sens interdit a été relevée par avis de contravention, édité le 18 novembre 2020. Elle a donné lieu à amende forfaitaire, ainsi que cela résulte du relevé d'information intégral de M. A. Le ministre produit, d'ailleurs, la preuve du paiement de cette amende. Le paiement de l'amende forfaitaire établit que le contrevenant a reçu l'avis de contravention qui comporte les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route. En l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute la réalité du paiement ainsi attesté, ces documents, dont les mentions sont suffisamment précises, permettent d'établir que l'intéressé s'est acquitté des amendes forfaitaires correspondant à l'infraction en cause. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information prescrite à l'article L. 223-3 du code de la route à l'occasion de l'infraction du 11 novembre 2020.

S'agissant des infractions commises le 23 janvier 2021 à 1 heures 53 et 00 heures 39 :

7. Il s'agit d'infractions de même nature que l'infraction du 11 novembre 2020, consistant en " circulation de véhicule en sens interdit ". Ces deux infractions ont été constatées par vidéo et on fait l'objet de procès-verbaux électroniques, envoyés à l'adresse de M. A. Ces procès-verbaux ne mentionnaient pas les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, Or, pour l'infraction du 11 novembre 2020, M. A a payé l'amende forfaitaire et a donc reçu, à cette occasion, les informations prescrites à l'article L. 223-3 du code de la route. Par suite, l'irrégularité affectant les retraits de points afférents aux infractions du 23 janvier 2021 est demeurée sans incidence sur le sens des décisions ainsi prises, et n'a pu avoir pour effet de priver l'intéressé d'une garantie. Le moyen doit donc être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

9. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral de M. A que des amendes forfaitaires majorées ont été émises le 21 avril 2021. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A ait présenté une requête en exonération contre ces deux amendes dans les délais rappelés au point précédent. Par suite, le moyen tiré de ce que la réalité des infractions du 23 janvier 2021 ne serait pas établie doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Me A n'est pas fondé à soutenir que les décisions de retrait de points à la suite des infractions des 23 janvier 2021 à 1 heures 53 et 00 heures 39, du 7 mai 2021 à 21 heures 58, et du 11 novembre 2020 à 21 heures sont illégales, ni par voie de conséquence à demander l'annulation de la décision 48SI du 27 juillet 2021.

11. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent être également rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. A soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée

A. Wolf

Le greffier,

J.-P. Duret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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