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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209730

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209730

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 décembre 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 4 janvier 2023, Mme B D, représentée par Me Paquet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a décidé sa remise aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile, de lui remettre un dossier de demande, et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou de lui verser cette somme, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen réel de sa situation ;

- les brochures mentionnées à l'article 4 du règlement européen du 26 juin 2013 ne lui ont pas été remises ;

- elle n'a pas pu faire état lors de l'entretien individuel des motifs pour lesquels elle n'a pas demandé l'asile en Espagne ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Paquet, représentant Mme D, qui s'est désistée de ses moyens tirés de la méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement européen du 26 juin 2013, et a maintenu, pour le surplus ses conclusions et moyens ;

- les observations de Mme D, assistée de Mme C, interprète en langue arménienne.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante arménienne née en 1983, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a décidé sa remise aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur la légalité de l'arrêté du 23 décembre 2022 :

3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard des éléments peu précis produits par Mme D sur son état de santé et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait informé le préfet du Rhône de sa relation, au demeurant très récente, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un réel examen de sa situation, avant de prendre la mesure en litige. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ".

5. Si Mme D fait état d'une relation amoureuse avec un compatriote, cette relation, alors que l'intéressée n'est entrée en France qu'en septembre 2022, reste très récente. Par ailleurs, aucune pièce du dossier ne permet d'établir que l'état de stress qu'elle présente, et pour lequel elle bénéficie d'un suivi psychologique, ne pourrait être pris en charge en Espagne ni que cette circonstance ferait obstacle à son transfert vers ce pays. Par suite, le préfet du Rhône, en ne dérogeant pas aux critères de détermination de l'Etat responsable de la demande d'asile de la requérante, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En troisième et dernier lieu, et pour les motifs exposés au point précédent, tirés du caractère très récent de la relation alléguée de la requérante avec un compatriote en séjour régulier en France, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas, non plus, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 23 décembre 2022 du préfet du Rhône est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation. Doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

T. A La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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