mardi 3 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209784 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | DAUBIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 31 décembre 2022 et le 3 janvier 2023, M. F G, représenté par Me Daubié, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
-les décisions en litige sont signées par une auteure incompétente ;
-elles ne sont pas motivées et révèlent un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
-l'obligation de quitter le territoire français est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est contraire aux dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-l'interdiction de retour sur le territoire français est contraire aux dispositions de l'article L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa durée présente un caractère disproportionnée compte tenu des attaches familiales qu'il a en France.
Le préfet du Rhône a produit des pièces les 2 et 3 janvier 2023.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme B.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les observations de Me Daubié, avocate du requérant, qui conclut aux mêmes fins que dans la requête et par les mêmes moyens ;
-les observations de M. C, représentant du préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête ;
-les observations de M. G, assisté par M. A H, interprète en langue arabe, qui indique qu'il n'a pas pu obtenir de passeport de la part des autorités consulaires tunisiennes dès lors que les papiers nécessaires à l'établissement de ce passeport se trouvent chez ses parents qui sont décédés, qu'il est en couple avec sa compagne actuelle depuis l'année 2020, que celle-ci est gravement malade et a besoin de sa présence en France.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. F G, ressortissant tunisien né le 12 avril 2000, déclare être entré en France en 2016. Il a fait l'objet de deux décisions portant obligation de quitter sans délai le territoire français le 24 juin 2018 et le 4 octobre 2019. Il a été en dernier lieu incarcéré du 2 septembre 2022 au 30 décembre 2022 en exécution d'une condamnation pénale prononcée le 3 juillet 2019 pour des faits d'offre ou cession et détention non autorisée de stupéfiants. Par un arrêté du 30 décembre 2022 dont il demande l'annulation, le préfet du Rhône l'a de nouveau obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois. Par un arrêté du même jour, le même préfet l'a placé au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation et sur les frais liés au litige :
3. En premier lieu, les décisions attaquées sont signées par Mme E D, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie pour signer un tel acte, en cas d'absence ou d'empêchement de la cheffe du bureau, non contestée ici, par un arrêté préfectoral du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Rhône. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les décisions attaquées visent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le préfet a appliquées. Elles font mention de la situation administrative et familiale de l'intéressé et indiquent qu'il déclare résider chez sa compagne. Le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner l'intention de l'intéressé de se marier civilement avec sa compagne, a ainsi suffisamment motivé sa décision. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".
6. A la date de la décision attaquée, le requérant se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français et ne pouvait justifier y être entré régulièrement. Il se trouvait donc dans la situation prévue au 1° du L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans laquelle le préfet peut prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Il soutient qu'il a exercé une activité professionnelle en France et qu'il y a noué des attaches familiales dès lors qu'il vit avec une compagne en situation régulière en France et s'occupe des enfants de celle-ci. Il produit une attestation postérieure à la décision attaquée par laquelle sa compagne, qui est effectivement en situation régulière, déclare l'héberger et vivre en couple avec lui depuis une date non précisée. Cette seule pièce ne suffit pas à démontrer qu'il aurait noué, depuis son entrée déclarée en 2016, des attaches stables et anciennes en France. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le requérant, qui ne conteste pas avoir utilisé plusieurs alias, a été signalé à douze reprises pour des faits réitérés de vol qualifié, de conduite sans permis et sans assurance, d'infraction à la législation sur les stupéfiants et qu'il a en dernier lieu été condamné par le tribunal judiciaire de Lyon à une peine de six mois d'emprisonnement le 3 juillet 2019 pour infraction à la législation sur les stupéfiants. Il a en outre fait l'objet de deux décisions portant obligation de quitter sans délai le territoire français le 24 juin 2018 et le 4 octobre 2019 qu'il n'a pas exécutées. Enfin, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'obligation de quitter le territoire français en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
8. Le requérant, qui ne peut justifier être entré régulièrement en France, ne conteste pas les termes de la décision attaquée selon lesquels il s'est maintenu en France sans solliciter de titre de séjour et n'a pas exécuté les décisions d'obligation de quitter le territoire français prises à son encontre les 24 juin 2018 et 4 octobre 2019. Il ne possède aucun document d'identité et a produit, pour justificatif de domicile, une attestation d'hébergement postérieure à la décision attaquée qui ne fait pas mention de la date du début de son hébergement. S'il soutient que sa situation familiale a changé depuis 2019, la seule production de l'attestation d'hébergement précitée ne permet pas de justifier de la réalité de ses attaches familiales ni de démontrer que celles-ci feraient obstacle à son éloignement sans délai. Ainsi, le préfet pouvait, sur le fondement du 1°, du 5° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation. Ce faisant, il n'a pas non plus porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
10. Ainsi qu'il a été dit, M. G s'est soustrait à l'exécution de deux précédentes obligations de quitter le territoire français en date du 24 juin 2018 et du 4 octobre 2019, a fait l'objet de multiples signalements pour vols qualifiés et pour infractions à la législation des stupéfiants sous différents alias, a été incarcéré de juin 2019 à avril 2020 puis de septembre à décembre 2022. Ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle en France qui soit significative et ancrée dans la durée. Compte tenu de ces éléments, le préfet, qui pouvait prononcer une interdiction de retour sur le territoire français allant jusqu'à trois ans, n'a commis ni erreur de droit ni erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, durée qui ne présente pas en l'espèce de caractère disproportionné. Pour les motifs exposés au point 6 du présent jugement, l'interdiction de retour ne porte pas non plus une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. G à fin d'annulation des décisions du 30 décembre 2022 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : M. G est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F G et au préfet du Rhône.
Lu en audience publique le 3 janvier 2023.
La magistrate désignée,
C. B La greffière,
C. Driguzzi
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026