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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300002

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300002

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300002
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantRODRIGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er janvier 2023, M. A B, représenté par Me Rodrigues, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 14 octobre 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Rhône a refusé de renouveler sa prise en charge dans le cadre d'un contrat jeune majeur ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de lui proposer sans délai un accompagnement social et éducatif comportant l'accès à une solution de logement dans une structure adaptée à son âge et à sa situation et à la prise en charge de ses besoins alimentaires et sanitaires dans l'attente du jugement à intervenir sur le fond, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance ;

4°) de mettre à la charge du département du Rhône une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance dès son arrivée sur le territoire français, les dispositions de la loi du 7 février 2022 prévoient une protection de plein droit aux jeunes majeurs de 18 à 21 ans, confiés à l'aide sociale à l'enfance pendant leur minorité, la fin de son contrat jeune majeur entraîne une fin d'hébergement sans préavis suffisant, il est muni d'un simple récépissé de demande de titre de séjour, n'a pas encore pu régulariser sa situation administrative, et a besoin d'être accompagné pour ce faire, il ne peut trouver un quelconque hébergement autonome et se retrouve à la rue et est particulièrement affaibli sur le plan psychologique ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision dès lors que cette décision n'est pas motivée, n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle, a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, méconnaît les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2023, le département du Rhône, représenté par Me Damiano conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

M. B a produit des pièces le 16 janvier 2023.

Vu :

- la requête n° 2300001 enregistrée le 1er janvier 2023 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Driguzzi, greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu les observations de Me Rodrigues, représentant M. B, de Me Benammou, substituant Me Damiano, qui ont repris les écritures et de M. B.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été différée au 16 janvier 2022 à 23h59.

M. B a produit des pièces le 16 janvier 2023, son dernier envoi n'ayant pas été communiqué.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. L'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles prévoit désormais, dans sa rédaction issue de la loi n° 2022-140 du 7 février 2022, que sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : " () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. ". Il résulte de ces dispositions que les jeunes majeurs de moins de vingt et un an ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge à titre temporaire par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisant.

En ce qui concerne l'urgence :

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Saisi d'une demande de suspension de l'exécution d'une telle décision, il appartient, ainsi, au juge des référés de rechercher si, à la date à laquelle il se prononce, ces éléments font apparaître un doute sérieux quant à la légalité d'un défaut de prise en charge.

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Eu égard aux effets particuliers d'une décision refusant de poursuivre la prise en charge, au titre des deux derniers alinéas de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, d'un jeune jusque-là confié à l'aide sociale à l'enfance, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsqu'il demande la suspension d'une telle décision de refus. Il peut toutefois en aller autrement dans les cas où l'administration justifie de circonstances particulières, qu'il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

7. La situation de M. B relève de l'alinéa 5 de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. La condition d'urgence doit en principe être constatée. Le département du Rhône fait valoir que M. B, né le 5 avril 2003, qui a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance à compter du 6 août 2019, a bénéficié d'un contrat de jeune majeur depuis le 5 avril 2020, a obtenu un diplôme de CAP en juin 2022 et a conclu un contrat d'apprentissage pour les deux prochaines années dans le cadre de son inscription en BP peintre applicateur de revêtement, disposait d'un délai d'un mois pour quitter son logement et ne s'est pas montré actif dans sa participation aux mesure mises en œuvre dans le cadre de son contrat jeune majeur, dès lors qu'il a une dette de 247,50 euros correspondant à sa participation aux frais d'hébergement. Toutefois, si l'intéressé est en passe de devenir autonome financièrement et socialement puisqu'il perçoit déjà, dans le cadre de son contrat d'apprentissage, un revenu d'environ 1 000 euros par mois, il n'est, toutefois, pas contesté que ce dernier ne dispose d'aucune solution d'hébergement même provisoire et qu'il poursuit ses études. Il a donc encore besoin, pour quelques mois, d'un accompagnement des services de l'aide sociale à l'enfance, notamment pour l'aider à trouver une solution d'hébergement à même de garantir son insertion socio-professionnelle à terme. Dans ces conditions, le département ne peut être regardé comme justifiant de circonstances particulières et l'existence d'une situation d'urgence doit être constatée, alors que la décision litigieuse aurait pour effet d'entraîner immédiatement pour le requérant de très graves difficultés. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux :

8. Dans les circonstances précédemment décrites, et en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles au regard de la situation de l'intéressé, alors que la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 a renforcé les obligations des départements à l'égard des jeunes majeurs lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

9. Les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 14 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction:

10. Eu égard aux motifs de la présente ordonnance, celle-ci implique nécessairement que M. B soit réintégré à titre provisoire au sein du dispositif jeunes majeurs, jusqu'au 5 avril 2023. Il y a lieu d'enjoindre au président du conseil départemental de reprendre en charge M. B dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y n'a pas lieu de condamner le département du Rhône au titre au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-l du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du président du conseil départemental du Rhône du 14 octobre 2022 est suspendue jusqu'au 5 avril 2023.

Article 3 : Il est enjoint au président du conseil départemental du Rhône de reprendre en charge M. B au titre de contrat jeune majeur dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au département du Rhône.

Fait à Lyon, le 19 janvier 2023.

La juge des référés,

V. C

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition

Un greffier

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