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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300003

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300003

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP BALLALOUD ALADEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 janvier 2023 et 16 juin 2023, M. C A, représenté par la SELARL Ballaloud et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2022 par lequel le maire de la commune de Cessy a délivré à M. D un permis de construire en vue de la construction d'une maison individuelle en R + 2 et la création d'une piscine, sur un terrain situé rue de la Rocaille, ainsi que la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre solidairement à la charge de la commune de Cessy et de M. D une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le dossier de demande de permis de construire ne comprend pas les informations exigées par l'article R. 431-1 et suivants du code de l'urbanisme ;

- le projet ne respecte pas les exigences de l'article UG 4 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal valant programme local de l'habitat (PLUiH) du Pays de Gex, une partie seulement de l'emprise au sol ayant été prise en compte ;

- le coefficient de biotope minimum fixé par l'article UG 6 du même règlement n'est pas respecté ;

- le projet ne respecte pas les exigences de l'article UG 5 du même règlement en ce qui concerne la toiture et l'aspect de la construction ;

- le projet ne respecte pas les exigences de l'article UG 5 du même règlement en ce qui concerne la performance énergétique ;

- le projet ne respecte pas les exigences de l'article UG 9 du même règlement en ce qui concerne la gestion des eaux pluviales et méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- le projet ne respecte pas les exigences du même règlement en ce qui concerne le stationnement.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 14 février 2023 et le 6 juin 2023, M. B D, représentée par la SELARL Advocatem, conclut au rejet de la requête, ou à tout le moins à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

- les conclusions de M. Gilbertas, rapporteur public,

- les observations de Me Planchet, pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D a déposé, le 10 juin 2022, une demande de permis de construire en vue de la construction d'une maison individuelle en R + 2 et la création d'une piscine, sur un terrain situé rue de la Rocaille sur le territoire de la commune de Cessy (Ain). Par un arrêté du 30 août 2022, le maire de cette commune lui en a accordé le bénéfice. M. C A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain () ". La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

3. Contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, le dossier de permis de construire, qui comprend toutes les pièces prévues par les dispositions idoines du code de l'urbanisme, permet d'apprécier quelles sont les parties de la construction qui ont été incluses dans le calcul de l'emprise au sol du projet, fait apparaître les surfaces de terrain prises en compte dans le calcul du quota de surface de pleine terre et le calcul du coefficient de biotope, et, alors que le formulaire Cerfa de demande de permis de construire mentionnait la création de deux logements, il ne ressort pas des plans de la construction qu'un logement supplémentaire serait prévu, ce qui caractériserait une intention frauduleuse du pétitionnaire. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article UG4 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal valant programme local de l'habitat (PLUiH) du Pays de Gex : " L'emprise au sol maximale des constructions est de 25 % de la superficie de l'unité foncière ". Ce même règlement expose que seules " les pergolas qui permettent une toiture fermée sont constitutives d'emprise au sol ".

5. Le requérant expose que l'emprise induite par le puits perdu et la pergola a pour effet de faire dépasser au projet l'emprise au sol maximale autorisée. Toutefois, et alors qu'un puits perdu, creusé dans le sous-sol et ne pouvant permettre de projection verticale, n'est pas générateur d'emprise au sol, il ressort des pièces du dossier que la pergola, qui comportera, selon la notice du projet, des " lames verticales non orientables ", ne permettra pas une toiture fermée et, en application du règlement précité, ne sera pas constitutive d'emprise au sol. Le moyen doit ainsi être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article UG4 du règlement du PLUiH du Pays de Gex : " Le coefficient de biotope est fixé à 50% minimum de la superficie de l'unité foncière ". Le même règlement précise qu'un espace libre " ne peut être qualifié de " pleine terre " que s'il répond aux conditions cumulatives suivantes : / - sa surface est perméable ; / - Il n'existe aucune construction en sous-sol ; /- il peut recevoir des plantations ".

7. Contrairement à ce que soutient le requérant, il n'apparaît pas que la surface occupée par un mur bahut et un chemin d'accès ait été incluse dans la surface de pleine terre. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la déduction du puits perdu prévu par le projet reviendrait à ce que la surface laissée en pleine terre soit inférieure à celle qui est imposée par les dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article UG5 du PLUiH : " Les projets ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () / D'une manière générale, les constructions de type traditionnel doivent respecter les caractéristiques de l'architecture locale () alors que les projets d'architecture contemporaine peuvent s'en exonérer à condition que la qualité des projets et leur insertion dans le site soient justifiées. () / La toiture des constructions principales (hors annexes) doit comporter 2 à 4 pans. Le nombre de pans de toit peut être limité dans l'intérêt de la simplification des volumes et de l'allègement de la composition des façades. Les constructions à pans devront comprendre un débord de toiture de 40cm minimum. "

9. Contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la toiture du bâtiment projeté présente plus que deux ou quatre pans sur chacune des parties à couvrir, et aucune disposition du règlement du PLUiH n'interdit l'insertion d'avancées de toiture, comme il en est prévu en l'espèce au-dessus de l'entrée du garage et de la maison. Le requérant ne démontre pas davantage que le projet porte atteinte à l'intérêt des lieux environnants, la construction principale, constituée d'une maison individuelle présentant une certaine modernité, avec une façade bicolore, s'insérant dans l'environnement, zone pavillonnaire comprenant de nombreuses maisons individuelles sans caractéristique particulière. Le moyen doit ainsi être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article UG 5 du règlement du PLUiH du Pays de Gex : " () Dans le cadre de nouvelles constructions, les projets doivent justifier qu'ils intègrent les principes architecturaux et urbanistiques de haute qualité environnementale et les principes du bioclimatisme () ".

11. Si le requérant expose, en termes généraux, qu'il n'est pas établi que le projet ne respecterait pas les principes faisant l'objet de la prescription précitée, il ne fait état d'aucun élément qui y contreviendrait, et il est constant que le dossier de permis de construire comprend l'ensemble des informations relatives à la construction, notamment son gabarit, son orientation, les revêtements utilisés ainsi que le traitement des espaces libres, et a permis à l'autorité administrative de vérifier le respect des principes architecturaux et urbanistiques de haute qualité environnementale et les principes du bioclimatisme prévus par le PLUiH. Le moyen doit ainsi être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article UG9 du PLUiH du Pays de Gex : " () L'infiltration sur la parcelle privée doit être la première solution recherchée pour l'évacuation des eaux pluviales (puits perdu, tranchées ou bassin d'infiltration). Dans le cas où l'infiltration, du fait de la nature du sol, nécessiterait des travaux disproportionnés, des solutions alternatives pourront être mises en place (stockage des eaux pluviales et restitution à débit régulé dans le réseau public d'assainissement) () ".

13. Le requérant expose qu'aucune étude n'a été réalisée pour démontrer que le sol permettra d'absorber les eaux de pluie et que les moyens de captation et d'infiltration des eaux pluviales prévus par le projet seraient adaptés, et que le risque d'écoulement des eaux sur les terrains voisins serait susceptible de porter atteinte à la salubrité ou la sécurité publique, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Toutefois, et alors que le requérant ne fait part d'aucun élément pouvant faire regarder comme sérieux le risque de d'écoulement des eaux pluviales sur les terrains voisins du fait de la nature du sol, il est constant que le projet prévoit l'installation d'un puits perdu d'une contenance de 10 m3, dont le requérant ne démontre en aucune manière qu'elle serait insuffisante, qu'aucune disposition du PLUiH n'impose à un pétitionnaire la réalisation d'une étude relative à la capacité d'absorption des pluies par le sol, et qu'en tout état de cause le service des eaux du pôle environnement de la direction générale des services techniques de la communauté d'agglomération du Pays de Gex a émis un avis favorable sur le projet sans l'assortir de conditions, la recommandation dispensée par ce service au pétitionnaire de faire réaliser un test de perméabilité ne pouvant être regardé comme une prescriptions obligatoire. Par suite, le moyen doit être écarté.

14. En septième lieu, l'article UG 7 du PLUiH du Pays de Gex impose, pour les logements situés dans un rayon de 400 mètres autour d'un arrêt de transport en commun en site propre, la réalisation de 1,5 place de stationnement par logement type T1 et T2, et de 2 places de stationnement pour les logements de type T3 et plus, ainsi que la réalisation de places de stationnements supplémentaire à hauteur de 20% du nombre de celles déjà réalisées pour accueillir les véhicules des visiteurs.

15. Le requérant expose que la nature du projet entraîne l'obligation de la création de six places de stationnement au total, voire de huit du fait qu'un logement non déclaré serait prévu. Toutefois, et alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 3, le projet ne prévoit pas la réalisation de plus de deux logements mais seulement d'un logement type T2 et d'un logement principal comprenant cinq chambres, il ressort des pièces du dossier que sa parcelle d'assiette est située dans un rayon de 400 mètres autour d'un arrêt de transport en commun. Dans ces conditions, le nombre de cinq places de stationnement prévu respecte les prescriptions de l'article UG7 précité et le moyen doit être écarté.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 août 2022.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Cessy et M. D, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, versent quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens au requérant.

18. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par M. D.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par M. B D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la commune de Cessy et à à M. B D.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Viotti, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

Le rapporteur,

F-X. Richard-Rendolet

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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