lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300057 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | GILLIOEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Gillioen, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 juin 2019 par laquelle la préfète du Rhône a implicitement refusé de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de sa fille ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard :
- à titre principal, d'admettre son épouse ainsi que leur fille au bénéfice du regroupement familial,
- et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de consultation d'une part, du maire de la commune de résidence, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'autre part, de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en méconnaissance des dispositions des articles R. 434-12 à R. 434-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa demande et dès lors d'une erreur manifeste d'appréciation qui en résulte
- ont été méconnues les dispositions des articles L. 434-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- ont été méconnues les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Baux,
- et les observations de Me Stadler, représentant M. A B
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité russe, né le 20 octobre 1988, déclare être entré en France alors qu'il était encore mineur. Titulaire d'une carte de résident depuis le 14 octobre 2016, l'intéressé a épousé le 23 août 2018, une compatriote, Mme C et a sollicité à son profit, le 22 septembre suivant, le bénéfice du regroupement familial. En suivant, le 13 décembre 2018, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui délivrera une attestation de dépôt de sa demande. Le 13 juin 2019, dans le silence de l'administration, une décision implicite de rejet de sa demande de regroupement familial est née. Le 8 août 2021, le couple a donné naissance à une fille et en a informé les services de la préfecture du Rhône. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Rhône a implicitement refusé de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de sa fille.
S'agissant des conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. / Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 434-7. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative. ". Aux termes de l'article R. 434-23 du même code : " A l'issue des vérifications sur les ressources et le logement, le maire de la commune où doit résider la famille transmet à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le dossier accompagné des résultats de ces vérifications et de son avis motivé. En l'absence de réponse du maire à l'expiration du délai de deux mois prévu à l'article L. 421-3, cet avis est réputé favorable ". Enfin, selon les termes de L'article R. 434-25 de ce code : " Dès réception du dossier de regroupement familial et de l'avis motivé du maire ou, à défaut d'avis, à l'expiration du délai mentionné à l'article R. 434-23, l'Office français de l'immigration et de l'intégration : / 1° Vérifie, le cas échéant, le respect des conditions de ressources et de logement prescrites aux articles R. 434-4 et R. 434-5 / 2° Procède, si nécessaire, à un complément d'instruction et, s'il n'a pas déjà été saisi par le maire, à des vérifications sur place / 3° Transmet le dossier au préfet pour décision ".
3. Il résulte de ces dispositions que la consultation obligatoire du maire de la commune préalablement à la décision du préfet statuant sur une demande de regroupement familial a pour objet d'éclairer l'autorité administrative compétente, par un avis motivé, sur les conditions de ressources et d'hébergement de l'étranger formulant une telle demande. Elle constitue ainsi une garantie instituée par le législateur et précisée par le pouvoir réglementaire sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'en l'absence d'avis explicitement formulé, cet avis soit réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative.
4. En l'espèce, le requérant soutient que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure en l'absence de consultation d'une part, du maire de sa commune de résidence et d'autre part, de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Toutefois, si en application des dispositions susmentionnées au point 2, le préfet est tenu de consulter le maire de la commune s'il envisage de rejeter la demande de regroupement familial en raison des conditions de logement ou de ressources de l'intéressé, il ne ressort ni de la décision implicite en litige ni davantage des autres pièces du dossier que le préfet du Rhône se serait fondé sur de tels motifs pour rejeter la demande de M. B. Par suite, la première branche du vice de procédure ainsi articulée est inopérante et ne peut qu'être écartée.
5. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'un agent de l'OFII s'est effectivement rendu au domicile du requérant, le 4 février 2019, ainsi qu'il en avait été préalablement informé pour procéder à une visite de son logement. Par suite, en tout état de cause, la seconde branche du vice de procédure qui manque en fait, doit également être écartée.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille /2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique /3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Selon les termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes () ". Il résulte de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) au cours de cette même période.
7. En l'espèce, si M. B soutient que le préfet du Rhône aurait fait une inexacte application des dispositions susmentionnées des article L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions de logement et de ressources pour que lui soit accordé le bénéfice du regroupement familial au bénéfice de son épouse et de leur fille, il ne ressort pas des pièces versées au débat que le requérant disposait, sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, soit au cours de la période allant du mois de septembre 2017 au mois de septembre 2018, des ressources suffisantes au sens et pour l'application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la circonstance que ses ressources aient favorablement évolué depuis le dépôt de sa demande de regroupement familial étant à cet égard sans incidence. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Par ailleurs, si le préfet est en droit de rejeter une demande de regroupement familial au motif que l'intéressé ne remplirait pas les conditions légales requises, il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter dans ce cas la demande s'il est porté une atteinte excessive au droit de l'intéressé de mener une vie familiale normale tel que protégé par les stipulations précitées.
9. En l'espèce, M. B soutient que la décision attaquée méconnaitrait de façon disproportionnée son droit à mener une vie privée et familiale normale sur le territoire français. Toutefois, alors même que l'intéressé dispose d'une carte de résident, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'il ne pourrait poursuivre son existence en Russie, auprès de son épouse et de leur fille, alors que l'ensemble des membres de la famille dispose de la nationalité russe et que le droit de mener une vie privée et familiale normale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne saurait s'interpréter comme comportant l'obligation générale de respecter le choix, par des couples mariés, de leur domicile commun et d'accepter l'installation de conjoints non nationaux en France. Par suite, le moyen ainsi articulé doit être écarté ainsi, qu'en l'absence d'argumentation spécifique, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
10. Si enfin, en dernier lieu, le requérant soutient que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen, dès lors que la décision en litige est née du silence gardé durant six mois par l'administration sur sa demande, le moyen ainsi articulé est inopérant et ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
M. Guéguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.
La présidente-rapporteure L'assesseur le plus ancien dans l'ordre
du tableau
A. BauxC. Bertolo
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026