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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300101

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300101

mercredi 18 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement les 6 et 17 janvier 2023 sous le n° 2300101, Mme B C, représentée par Me Marie, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le président du conseil départemental de l'Ain lui a retiré l'agrément d'assistante maternelle ;

2°) de mettre à la charge du département de l'Ain le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que le retrait de son agrément l'empêche d'exercer son activité professionnelle d'assistante maternelle entrainant une perte de rémunération significative et importante pour son foyer en dépit des allocations chômage perçues et au regard de leurs charges, qu'elle se trouve placée dans une situation financière de plus en plus précaire et qu'il existe une urgence pour elle à reprendre son activité au-delà des conséquences financières de la décision ;

- les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision :

* la décision litigieuse est entachée d'incompétence ;

* la décision est entachée d'inexactitude matérielle des faits dès lors que la matérialité des faits reprochés n'est pas établie ;

* la décision est illégale dès lors que le défaut de surveillance isolé et d'une durée de 2 minutes n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une faute ;

* la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les faits reprochés ne sont pas de nature à justifier le retrait de son agrément d'assistante maternelle ;

- elle sollicite en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative que le département de l'Ain verse au débats de nouveaux éléments qu'il entend invoquer qui n'ont pas été portés à sa connaissance, qui n'ont pas été visés au sein de la motivation de l'arrêt de retrait et pour lesquels il ne démontre pas qu'ils ne seraient pas communicables.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2023, le département de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun moyen soulevé par la requérante n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Le département de l'Ain a produit le 13 janvier 2023, par Télérecours, un mémoire distinct présentant des observations complémentaires et des pièces qu'il demande de soustraire du contradictoire en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, qui n'ont pas été en l'espèce produites conformément à l'ensemble de la procédure définie à cet article R. 412-2-1 et qui n'ont pas été communiquées.

Vu :

- la requête n° 2300100, enregistrée le 6 janvier 2023, par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gaillard, greffière d'audience :

- M. A a lu son rapport et a précisé que la présente ordonnance se fonde uniquement sur les éléments et pièces qui ont été soumis au contradictoire et qu'elle ne se fonde pas ainsi sur les observations complémentaires et pièces qui ont été transmises par télérecours par le département de l'Ain par mémoire distinct en demandant de les soustraire du contradictoire en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, et qui n'ont pas été communiquées alors qu'elles n'ont pas été en l'espèce transmises conformément à l'ensemble de la procédure définie à cet article R. 412-2-1 et que la décision de retrait ne s'est pas fondée sur ces éléments ;

- et ont été entendues les observations de Me Marie pour Mme C, et de Mme C, qui ont repris les faits, moyens et conclusions exposés dans leurs écritures.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 19 décembre 2022, le président du conseil départemental de l'Ain a retiré l'agrément d'assistante maternelle à Mme B C au seul motif tiré de ce que le fait grave, survenu le 18 octobre 2022, à son domicile et dont a été victime un enfant prénommé Achille dont Mme C avait la garde, caractérise un défaut de surveillance de sa part dans l'exercice de sa profession d'assistante maternelle et ne permet plus d'attester que ses conditions d'accueil garantissent la santé, la sécurité et l'épanouissement des enfants accueillis comme l'exige l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles. Mme C, qui a contesté cette décision par une requête distincte, demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L.521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, ou le cas échéant des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. En l'espèce, Mme C soutient que la décision de retrait de son agrément, qui a été édictée au motif que les conditions d'accueil ne garantissent pas la santé, la sécurité et l'épanouissement des enfants accueillis compte tenu d'un fait grave survenu à l'un des enfants gardés par l'intéressée, l'empêche d'exercer son activité professionnelle d'assistante maternelle et entraine ainsi une perte de rémunération, qu'elle qualifie de substantielle, pour son foyer. Toutefois, il n'apparaît pas des éléments soumis au contradictoire, particulièrement des revenus perçus par son époux, des allocations chômage auxquelles elle a droit et des charges du foyer, que les effets et les conséquences financières sur la situation de la requérante et de sa famille de la mesure de retrait, caractérisent l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision qu'elle conteste soit suspendue. Il n'apparaît pas davantage qu'au-delà des conséquences financières de la décision, la reprise de son activité d'assistante maternelle et sa situation personnelle caractériseraient une situation d'urgence au sens de cet article L. 521-1.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, que les conclusions de la requête présentées par Mme C sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er: La requête en référé de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au département de l'Ain.

Fait à Lyon le 18 janvier 2023.

Le juge des référés,

J. A

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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