mercredi 11 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300113 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 janvier 2023, M. D C demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- elles ne sont pas suffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit, faute pour le préfet du Puy-de-Dôme d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant deux ans :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Des pièces ont été produites en défense par le préfet du Puy-de-Dôme le 9 janvier 2023.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, conseillère.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 11 janvier 2023, Mme B a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Zoccali, représentant M. C, qui reprend les conclusions et les moyens de sa requête à l'exception du vice d'incompétence, expressément abandonné, ajoute que la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit faute pour le préfet du Puy-de-Dôme d'avoir examiné la situation de M. C au regard des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que le requérant a obtenu son CAP Mécanicien et devait débuter l'exécution d'un contrat de travail au mois de janvier 2023 et excipe de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'encontre de la totalité des décisions subséquentes,
- les observations de M. C, qui reconnait avoir commis une erreur, affirme que cela ne se reproduira plus et indique vouloir rester en France pour travailler et s'occuper de sa fille,
- et les observations de Me Tomasi, représentant le préfet du Puy-de-Dôme, qui conclut au rejet de la requête aux motifs que les décisions attaquées sont suffisamment motivées et procèdent d'un examen particulier de la situation personnelle de M. C, que l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écartée dès lors que le préfet du Puy-de-Dôme, qui a examiné la situation du requérant au regard des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement au motif que sa présence en France est constitutive d'une menace pour l'ordre public, que la décision obligeant M. C à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise eu égard à la menace pour l'ordre public qu'il représente et à l'absence de contribution effective à l'éducation et à l'entretien de sa fille, que le refus de délai de départ volontaire est justifié par l'existence d'une menace à l'ordre public et d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement caractérisé par les circonstances invoquées dans l'arrêté attaqué ainsi que par l'absence de résidence permanente et effective et, enfin, qu'aucune circonstance humanitaire ne fait obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français, dont la durée, fixée à deux ans, revêt, en l'espèce, un caractère proportionné.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant guinéen né le 28 mars 2004, est entré en France au cours de l'année 2018. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département du Puy-de-Dôme jusqu'à sa majorité par un jugement du 29 mars 2019. Le 15 avril 2022, M. C a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 27 décembre 2022, il a été placé en détention provisoire pour avoir enfreint l'interdiction de paraître au domicile de son ex-compagne et d'entrer en relation avec elle à laquelle il est soumis dans le cadre de l'exécution de la peine de huit mois d'emprisonnement assortie d'un sursis probatoire de deux ans prononcée par jugement du tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand du 15 septembre 2022. A sa libération, le 4 janvier 2023, il a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit de circulation ou de séjour en France. Par un arrêté du 5 janvier 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. (). ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur l'étendue du litige :
4. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-8 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence d'un étranger en situation irrégulière, les requêtes dirigées contre les décisions faisant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur ce territoire prises à son encontre, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination ainsi que la décision d'assignation à résidence en procédant doivent être instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions font obstacle à ce que le magistrat désigné en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi de la situation d'un étranger placé en centre de rétention administrative ou assigné à résidence à la suite d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, examine la décision de refus de séjour qui relève de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif.
5. En l'espèce, en raison du placement en rétention administrative de M. C par arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 5 janvier 2023, il y a lieu pour le juge compétent au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions du 5 janvier 2023 obligeant l'intéressé à quitter le territoire français, refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant deux ans. En revanche, les conclusions à fin d'annulation de la décision du même jour lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que les conclusions relatives aux frais d'instance qui y sont liées demeurent de la compétence de la formation collégiale du tribunal.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :
6. Ni les termes des décisions attaquée, ni aucune autre pièce du dossier, ne permettent de considérer que le préfet n'aurait pas procédé, pour chaque décision, à un examen particulier et complet de la situation personnelle de M. C.
En ce qui concerne la décision obligeant M. C à quitter le territoire français :
En ce qui concerne l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour :
7. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour vise notamment les articles L. 412-5, L. 423-22 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que le comportement de M. C constitue une menace pour l'ordre public, dès lors qu'il a été condamné pour des faits de violation de domicile, vol dans un local d'habitation, violence aggravée sur concubin suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours à une peine de huit mois d'emprisonnement assortie d'un sursis probatoire de deux ans par un jugement du tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand du 15 septembre 2022 et qu'il n'a pas respecté les obligations s'imposant à lui dans le cadre de l'exécution de cette peine. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ". Aux termes de l'article L. 412-5 de ce code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer à M. C le titre de séjour qu'il sollicitait sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme aurait commis une erreur de droit en n'examinant pas sa situation au regard de ces dispositions.
10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné à une peine de huit mois d'emprisonnement assortie d'un sursis probatoire de deux ans prononcée par jugement du tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand du 15 septembre 2022 pour de faits de violation de domicile, de violence sur son ex-compagne, alors enceinte de sept mois, en présence de sa nièce mineure et de vol commis le 17 avril 2022. Le 27 décembre 2022, il s'est présenté au domicile de son ex-compagne alors qu'il avait interdiction de le faire dans le cadre de son sursis probatoire, conduisant le juge de l'application des peines à rallonger le délai d'épreuve d'un an par un jugement du 4 janvier 2023. Au vu de ces circonstances, le préfet du Puy-de-Dôme a pu estimer que la présence de M. C en France représentait une menace pour l'ordre public et refuser, pour ce motif, de lui délivrer le titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En troisième lieu, M. C n'établit pas avoir sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard desquelles le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas davantage examiné d'office sa situation. Dès lors, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France à l'âge de quatorze ans et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département du Puy-de-Dôme. Toutefois, ainsi qu'il vient d'être dit, sa présence est constitutive d'une menace pour l'ordre public. L'intéressé ne justifie, en outre, pas des perspectives d'insertion professionnelle qu'il évoque. S'il est père d'une enfant, A, née le 6 juillet 2022, celle-ci vit avec sa mère, de nationalité roumaine, au domicile de laquelle le requérant a interdiction de se rendre pendant la durée de son sursis probatoire, et la seule attestation établie par cette dernière, selon laquelle il lui aurait donné environ 400 euros en liquide, ne suffit pas à établir la contribution effective de l'intéressé à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnaîtrait, ainsi, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".
15. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423 14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet du Puy-de-Dôme n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de prendre le refus de titre de séjour litigieux.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne les autres moyens :
17. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. ".
18. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français contestée, édictée à la suite d'un refus de titre de séjour, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celui-ci. Dès lors qu'ainsi qu'il a été dit plus haut, le refus de titre de séjour opposé à M. C est suffisamment motivé et que les dispositions législatives qui permettent de l'assortir d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, la décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français l'est également.
19. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à la décision obligeant M. C à quitter le territoire français, être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13.
En ce qui concerne la décision refusant à M. C un délai de départ volontaire :
20. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. () ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
21. En premier lieu, la décision refusant à M. C un délai de départ volontaire vise notamment les articles L. 612-2 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève que le comportement de l'intéressé est constitutif d'une menace pour l'ordre public et indique que le risque que l'intéressé, qui ne justifie pas être en possession d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité et a déclaré ne pas vouloir retourner en Guinée, se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet est caractérisé. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
22. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est, en tout état de cause, pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
23. En troisième lieu, M. C ne peut produire aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité et, ainsi que le fait valoir le préfet du Puy-de-Dôme à l'audience, ne justifie pas d'une résidence effective et permanente, en se prévalant d'un hébergement ayant débuté postérieurement à la décision attaquée. En l'absence de garanties de représentation suffisantes, il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Il résulte, par ailleurs, de ce qui a été dit précédemment que le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet du Puy-de-Dôme aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
24. En premier lieu, la décision fixant le pays à destination duquel M. C pourra être éloigné d'office vise notamment les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique la nationalité de l'intéressé et précise qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Guinée. Elle comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
25. En second lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est, en tout état de cause, pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la décision interdisant à M. C de revenir sur le territoire français pendant deux ans :
26. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
27. En premier lieu, la décision interdisant à M. C de revenir sur le territoire français vise notamment les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève l'absence de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d'une telle mesure et indique qu'il y a lieu de fixer sa durée à deux ans, compte-tenu de son entrée sur le territoire français en 2018, de l'absence de précédente mesure d'éloignement, de l'absence de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables et de la menace que son comportement représente pour l'ordre public. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
28. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est, en tout état de cause, pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant deux ans.
29. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la présence sur le territoire français de M. C constitue une menace pour l'ordre public. L'intéressé est, par ailleurs, séparé de la mère de sa fille, à l'éducation et à l'entretien de laquelle il ne justifie pas contribuer de manière effective. Dans ces conditions, alors même que le requérant est entré mineur en France et n'a pas l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
30. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans emporterait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation de M. C, qui dispose en tout état de cause de la possibilité d'en demander l'abrogation.
31. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 5 janvier 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur les frais liés au litige :
32. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie de ses frais d'instance. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. C doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation de la décision du 5 janvier 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que les conclusions accessoires à cette demande d'annulation sont renvoyées devant une formation collégiale.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Puy-de-Dôme.
Copie en sera adressée à l'association Forum Réfugiés - Cosi.
Lu en audience publique le 11 janvier 2023.
La magistrate désignée,
R. B
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026