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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300114

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300114

lundi 16 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBOUILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 janvier 2023, M. H J demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 6 janvier 2023 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, de la somme de 1000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions litigieuses sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle révèle un refus implicite d'admission au séjour au titre de l'asile qui est illégal au regard des dispositions des articles L. 521-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 33 de la Convention de Genève; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français, qui entraîne une inscription dans le système d'information Schengen, est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ; elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle, de l'absence de menace à l'ordre public et de ses craintes en cas de retour.

Le préfet du Rhône a produit des pièces qui ont été enregistrées le 11 janvier 2023 ;

Vu les décisions attaquées ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Delahaye.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, magistrat désigné ;

- les observations de Me Bouillet, représentant M. J qui indique se désister du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions litigieuses, et pour le surplus, conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de M. B pour le préfet du Rhône qui conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé ;

- les déclarations de M. J, assisté par M. F interprète en langue anglaise.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience conformément aux dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. H J, ressortissant nigérian né le 14 février 1994, demande l'annulation des décisions du 6 janvier 2023 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. J au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, suffisamment motivées.

4. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes des décisions contestées, que le préfet du Rhône, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. J, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé préalablement à l'édiction des décisions en litige.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : " 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ".

6. D'autre part aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement. ". Aux termes de l'article L. 521-7 du même code : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ()Elle ne peut être refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2.()". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 2° Lorsque le demandeur : c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ;d) fait l'objet d'une décision définitive d'extradition vers un Etat autre que son pays d'origine ou d'une décision de remise sur le fondement d'un mandat d'arrêt. "

7. Contrairement à ce que fait valoir M. J, le préfet du Rhône a pu légalement l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 611-4 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que la demande d'asile de l'intéressé, entré irrégulièrement en France le 2 juillet 2016, a été rejetée le 31 octobre 2018 par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), puis le 28 février 2020 par la Cour nationale du droit d'asile, que sa demande de réexamen a été rejetée comme irrecevable le 13 juillet 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, et que s'il a présenté le 6 janvier 2023 une nouvelle demande de réexamen suivie par la remise d'un dossier de l'OFPRA, il ne bénéficie pas du droit de se maintenir sur le territoire français et peut donc se voir refuser la délivrance d'une attestation de demandeur d'asile conformément aux dispositions de l'article L. 542-2 2° c du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens soulevés à ce titre de l'existence d'un refus implicite illégal d'admission au séjour au titre de l'asile et de la méconnaissance des articles L. 521-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 33 de la Convention de Genève doivent être écartés.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. J fait valoir qu'il réside habituellement en France depuis 2016 après avoir été contraint de quitter son pays en raison de menaces, que sa compagne, Mme C K, avec laquelle il a eu deux enfants, E et I, nés en 2020 et 2022 est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 21 juillet 2031 et qu'il est également le père de deux autres enfants, A et D, nés en 2021 et 2022, issus d'une autre relation, qui résident également en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui a déjà fait l'objet le 19 juin 2020 d'une mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait, a été condamné à deux reprises les 29 novembre 2019 et 8 juin 2022 pour des faits de proxénétisme aggravé à respectivement deux ans et trois ans de réclusion criminelle, alors que Mme K, mère de ses deux enfants E et I, a tenté de s'extraire de ces réseaux en contribuant à la condamnation de plusieurs proxénètes. M. J a également été condamné le 12 janvier 2021 pour usage de faux documents administratifs constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation au paiement d'une amende, condamnation assortie d'une interdiction judiciaire du territoire français pour une durée de trois ans. Enfin, l'intéressé n'établit, ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de son existence, alors qu'il n'apporte aucun élément probant de nature à caractériser sa contribution et à l'entretien de ses quatre enfants, ni les craintes alléguées pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine alors que sa demande d'asile a été rejetée. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'intéressé n'est pas fondé en l'espèce à soutenir que la décision litigieuse aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit par suite être écarté.

Sur la fixation du pays de destination :

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

11. En se bornant à alléguer qu'un proxénète est à sa recherche en raison d'une dette non honorée et à indiquer que ses quatre enfants mineurs ont sollicité l'asile, M. J, dont la propre demande d'asile a été rejetée, n'établit pas qu'il serait susceptible d'être personnellement soumis à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, M. J n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

14. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle de M. J et de son comportement qui caractérise une menace pour l'ordre public au regard de la nature des faits motivant les condamnations pénales dont il a fait l'objet, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône, qui a pris en considération l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans, ni que cette mesure présenterait un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle. Si le requérant soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français conduit à une expulsion automatique de l'ensemble de l'espace Schengen pour cette même durée, du fait de son inscription dans le système d'information Schengen, cette inscription, qui n'est qu'une conséquence de l'interdiction de retour en litige, n'a pas d'incidence sur la légalité de cette mesure.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. J doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. J est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. J est rejeté.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. H J et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

L. DelahayeLa greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2300114

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