vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300133 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | BOUHALASSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2023, Mme D C et M. A C, représentés par Me Bouhalassa, demandent au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 13 juin 2022 par lesquelles la préfète du Rhône a rejeté leurs demandes de rendez-vous en vue de déposer des demandes de titres de séjour, ainsi que la décision du 7 novembre 2022 rejetant leur recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de leur accorder un rendez-vous chacun afin qu'ils puissent déposer une demande de titre de séjour et qu'il leur soit délivré un récépissé, dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de leur situation ;
- elles sont entachées d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme et M. C ne sont pas fondés et demande que le motif tiré du caractère abusif ou dilatoire de la demande soit substitué au motif mentionné dans la décision contestée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Leravat a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, née le 25 janvier 1991, et M. A C, né le 29 avril 1987, tous deux ressortissants albanais, sont entrés en France le 5 janvier 2013, selon leurs déclarations, accompagnés de leur fille mineure, B, née le 13 janvier 2012. Mme et M. C ont sollicité, en 2022, un rendez-vous auprès des services de la préfecture du Rhône en vue de déposer des nouvelles demandes de titres de séjour. Par un courriel du 13 juin 2022, leurs demandes ont été rejetées. Mme et M. C ont formé un recours gracieux le 22 juillet 2022, rejeté par une décision du 7 novembre 2022. Mme et M. C demandent l'annulation des décisions du 13 juin 2022, ainsi que de la décision du 7 novembre 2022 rejetant leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe ne fixe de délai déterminé dans lequel l'autorité administrative serait tenue de recevoir un étranger ayant demandé à se présenter en préfecture pour y déposer sa demande de titre de séjour. Toutefois, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation de l'étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande, et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande dans un délai raisonnable. Par suite, en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative ne peut légalement refuser de fixer un rendez-vous à un étranger ayant demandé à se présenter en préfecture pour y déposer une demande de titre de séjour. Enfin, la circonstance qu'un refus explicite de fixer un rendez-vous en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour soit motivé par une appréciation portée sur le droit au séjour de l'étranger n'est pas de nature à révéler une décision portant refus de titre de séjour susceptible de faire l'objet d'un recours en excès de pouvoir.
3. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que, dès lors que seul le caractère abusif ou dilatoire de la demande pouvait permettre à l'autorité préfectorale de la rejeter, la préfète du Rhône ne pouvait légalement refuser de faire droit à la demande de rendez-vous des requérants au motif qu'ils ont fait l'objet, au mois de mai 2019, soit plus de deux ans avant la date des décisions en litige, de décisions de refus de délivrance d'un titre de séjour assorties d'obligations de quitter le territoire français qu'ils n'ont pas exécutées, et n'ont fait valoir aucune circonstance nouvelle à l'appui de leurs demandes d'admission au séjour. Dès lors, les décisions en litige sont, pour ce motif, illégales.
4. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
5. En défense, la préfète du Rhône fait valoir qu'elle aurait pu prendre les mêmes décisions en se fondant, à titre principal, sur le caractère abusif des demandes des requérants, ou, à titre subsidiaire, sur leur caractère dilatoire. Toutefois, si les demandes d'asile de Mme et M. C ont été rejetées le 18 avril 2014, qu'ils ont alors fait l'objet de deux mesures d'éloignement le 6 novembre 2014, non exécutées, puis qu'ils ont fait l'objet respectivement de deux mesures d'éloignement le 22 janvier 2015 et le 21 mai 2019, également non exécutées, les demandes de rendez-vous en vue du dépôt de demandes d'admission exceptionnelle au séjour ont été présentées en 2022, soit près de trois ans après les dernières décisions obligeant les requérants à quitter le territoire français, et faisaient état d'un changement dans leur situation personnelle en raison de la naissance d'un quatrième enfant. Dès lors, ces demandes ne pouvaient être considérées comme abusives ou dilatoires. Par suite, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motif sollicitée.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme et M. C sont fondés à demander l'annulation des décisions de la préfète du Rhône du 13 juin 2022, ainsi que de la décision du 7 novembre 2022 rejetant leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la préfète du Rhône d'accorder un rendez-vous chacun à Mme et M. C en vue du dépôt de leurs demandes d'admission au séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Mme et M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions de la préfète du Rhône du 13 juin 2022, ainsi que la décision du 7 novembre 2022 rejetant le recours gracieux de M. et Mme C, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de fixer, , un rendez-vous chacun à Mme et M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Mme et M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. A C et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Leravat, première conseillère,
Mme de Tonnac, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
La rapporteure,
C. LERAVAT
La présidente,
V. VACCARO-PLANCHET
La greffière,
E. GROS
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026