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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300135

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300135

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 janvier 2023, Mme C D A, représentée par Me Nolwenn Paquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône décide de la remettre aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en lui remettant le dossier ad hoc et lui délivrant l'attestation correspondante, sous huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement de réexaminer sa situation, sous huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, si elle n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser cette même somme sur le fondement du premier article.

Mme D A soutient que :

- Ne lui ont pas été remises les brochures d'information prévues par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et le préfet a également méconnu l'article 5 de ce même règlement ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et d'une erreur d'appréciation des faits, au regard de sa vulnérabilité et de celle de ses deux enfants mineurs dont n'est pas garantie, en Italie, la prise en charge médicale et sociale ;

- la décision de transfert est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 de ce règlement, méconnaît son article 3-2, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants que protège l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme D A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 janvier 2023.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative et la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience tenue le 20 janvier 2023. Le magistrat désigné y a présenté son rapport et a entendu :

- Me Paquet, avocate de Mme D A, qui a repris les conclusions et moyens de la requête, sauf à abandonner son moyen tiré de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- Mme D A, requérante, qui précise avoir été mariée à un ressortissant de la Guinée équatoriale, elle âgée de 17 ans, lui âgé de 45 ans et ayant déjà une épouse, pays où elle a résidé huit années durant avant de regagner, en 2004, le Cameroun, où elle a donné naissance, en 2013 et 2015, à deux enfants dont le père est également polygame.

Le préfet du Rhône n'était, quant à lui, pas présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de cette audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D A, ressortissante camerounaise née en 1979, est entrée irrégulièrement en France à la date déclarée du 18 septembre 2022, y a déposé une demande d'asile et s'est vu délivrer une attestation " procédure Dublin ". Le 26 décembre 2022, le préfet du Rhône décide de remettre cette étrangère aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Mme D A demande au tribunal d'annuler cette décision de remise.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 4 " Droit à l'information " du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 visé ci-dessus : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que lors de son entretien, réalisé le 26 septembre 2022, ont été remises à Mme D A les deux brochures d'information dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '). Ces documents, rédigés en français, langue comprise par la requérante, constituent la brochure commune visée au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement précité et contiennent l'intégralité des informations prévues au paragraphe 1 de cet article. Quant au " guide d'accueil du demandeur d'asile ", qui, en effet, ne lui a pas été remis, il s'agit d'un document destiné aux étrangers dont la demande d'asile est examinée par la France, ce qui n'est pas le cas de la requérante, laquelle a fait l'objet d'une procédure en application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, doit être écarté le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté en litige ni des pièces du dossier que le préfet du Rhône, qui n'a pas relevé de situation de vulnérabilité ou médicale susceptible de faire obstacle au transfert en Italie de Mme D A et de ses enfants, n'aurait pas, au vu des éléments dont il disposait, procédé à un examen complet de la situation de la requérante.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable / 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règle ment, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable () ". Il est disposé par le paragraphe 1er de l'article 17 intitulé " Clauses discrétionnaires " du même règlement que " chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ". Cette faculté ainsi laissée à chaque État membre de décider d'examiner une telle demande est discrétionnaire et ne constitue pas un droit pour les demandeurs d'asile.

7. Mme D A expose que son périple, initié à son départ du Cameroun en septembre 2020, avec deux fils alors âgés de 5 ans et 7 ans, l'aîné, né en 2005, demeurant au pays, parcours erratique ponctué d'évènements traumatisants, l'a rendue vulnérable et qu'elle a besoin de la stabilité qu'elle connaît en France où elle est hébergée, suivie médicalement, où ses enfants sont scolarisés. Toutefois, d'abord, demandant l'asile en Italie, Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme D A sera traitée par les autorités italiennes, qui ont implicitement accepté de la prendre en charge ainsi que ses deux enfants mineurs, dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, la requérante d'ailleurs n'invoquant à cet égard aucune défaillance systémique de l'Etat italien. Les stipulations citées ci-dessus de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'ont donc pas été méconnues. Ensuite, rien ne permet de seulement suspecter une absence de possibilité pour la requérante de bénéficier, en Italie, d'un suivi psychologique tel celui dont elle bénéficie à Lyon, au centre hospitalier le Vinatier, raison, d'ailleurs, pour laquelle le préfet du Rhône, à supposer de sa part une connaissance complète de l'état de santé de la requérante, n'en a pas cru devoir en informer ses correspondants italiens. Les enfants de E D A quant à eux, âgés désormais de 7 ans et 9 ans, ne font pas l'objet d'un suivi médical et/ou psychologique. Enfin, rien n'empêche que ces enfants, scolarisés en école primaire, première année de cours élémentaire et première année de cours moyen, poursuivent une scolarité en Italie. De la sorte, quand le préfet du Rhône, sans faire usage de la clause discrétionnaire de compétence prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, prononce la décision de transfert attaquée, il ne peut pas être regardé comme commettant une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante. Cette décision, qui, au surplus, ne sépare pas les enfants de leur mère n'a pas davantage été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant qui stipule que " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ni ne l'a été en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard à un séjour de Mme D A en France, où elle ne dispose pas d'attaches, d'un peu plus de trois mois à la date de la décision de transfert attaquée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle attaque. Doivent par conséquent être rejetées ses conclusions à fin d'annulation ainsi que les conclusions à fin d'injonction qui les assortissent.

Sur les frais de procès :

9. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il ne saurait être mis à sa charge le versement de la somme réclamée par la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme D A est rejetée.

Article 2nd : Le présent jugement sera notifié à Mme C D A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le magistrat désigné,

B. B

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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