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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300213

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300213

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantMESSAOUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2023, M. C D, représenté par la Selarl Lozen avocats (Me Messaoud), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine décide de le remettre aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône d'enregistrer, sous 48 heures, sa demande d'asile en lui remettant le dossier ad hoc et lui délivrant l'attestation correspondante, subsidiairement de réexaminer, sous huit jours, sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que :

- le préfet des Hauts-de-Seine n'était pas territorialement compétent pour prononcer la décision de transfert en litige, dont le signataire n'était pas muni d'une délégation de signature pour ce faire ;

- cette décision n'est pas motivée ;

- le préfet doit prouver avoir prodigué l'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et réalisé l'entretien prévu par l'article 5 de ce même règlement ;

- le préfet doit également justifier de l'accord de prise en charge donné par les autorités autrichiennes ;

- la décision de transfert méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et se trouve entachée d'une erreur de droit révélatrice d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que le requérant résidait dans le département des Hauts-de-Seine au moment de la prise de la décision attaquée.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 27 janvier 2023.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative et la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience tenue le 20 janvier 2023. Le magistrat désigné y a présenté son rapport et a clos l'instruction à l'issue de l'audience, où les parties n'étaient pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant afghan né en 1998, est entré irrégulièrement en France, y a déposé une demande d'asile et s'est vu délivrer une attestation " procédure Dublin ". Le préfet des Hauts-de-Seine décide, le 27 décembre 2022, de remettre cet étranger aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. M. D demande au tribunal d'annuler cette décision de remise.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen () ". Aux termes de l'article R. 572-1 du même code : " Sans préjudice du second alinéa de l'article 11-1 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004, l'autorité compétente pour procéder à la détermination de l'Etat responsable de l'examen d'une demande d'asile et prendre une décision de transfert en application de l'article L. 572-1 est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ".

3. Pour soutenir que seul le préfet du Rhône pouvait déterminer l'Etat membre responsable de sa demande d'asile avant de prononcer une décision de transfert, M. D produit une déclaration de domiciliation auprès de l'association Entraide Pierre Valdo à Saint-Etienne, datée du 22 décembre 2022, prenant effet rétroactivement au 20 décembre 2022, fondée sur un arrêté n° 42-2022-04-29-00001 du 29 mars 2022 par lequel la préfète de la Loire délivre un agrément à cette association pour procéder à l'élection de domicile des personnes ukrainiennes déplacées. Toutefois, le requérant ne démontre pas ni même allègue avoir communiqué cette déclaration du 22 décembre 2022 à la préfecture des Hauts-de-Seine. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine, qui avait conduit la procédure de détermination de l'Etat membre responsable de la demande d'asile de M. D et délivré à l'intéressé, le 24 novembre 2022, une attestation de demande d'asile " procédure Dublin ", demeurait compétent pour prononcer, le 27 décembre 2022, la décision de transfert en litige, dont le formulaire de notification, celle-ci effectuée à la préfecture des Hauts-de-Seine, indique une domiciliation de ce ressortissant afghan, chez Coallia 92, 73 rue Ernest Renan, à Nanterre.

4. Ensuite, M. B E, adjoint au chef de bureau de l'asile à la préfecture des Hauts-de-Seine, signataire de la décision attaquée, bénéficiait pour ce faire d'une délégation de signature que lui avait consentie le préfet des Hauts-de-Seine par un arrêté PCI n° 2022-097 en date du 29 novembre 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 27 décembre 2022 en litige doit être écarté.

5. En deuxième lieu, dans son arrêté du 27 décembre 2022 le préfet des Hauts de Seine vise notamment le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en particulier ses articles 7-2 et suivants et 18, relève le caractère irrégulier de l'entrée en France de M. D, mentionne que le requérant avait demandé l'asile en Autriche le 30 octobre 2022 et que les autorités autrichiennes, saisies à cette fin, ont implicitement accepté de le reprendre en charge, écarte l'application des articles 3-2 et 17 du règlement comme de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, estime enfin que le requérant ne démontre pas être exposé à une atteinte grave au droit d'asile en Autriche. L'arrêté attaqué, qui comporte ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait le fondant, répond à l'exigence de motivation posée par l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, M. D s'est vu remettre, le 24 novembre 2022, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, les brochures " A " et " B " constituant la brochure commune prévue par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé, en langue pachtou, qu'il a déclaré comprendre, ce que rappelle d'ailleurs l'arrêté en litige. Le même 24 novembre 2022, il a bénéficié de l'entretien individuel prévu par l'article 5 du règlement, mené par un agent qualifié de la préfecture des Hauts-de-Seine, en présence d'un interprète en langue pachtou. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que les autorités autrichiennes, saisies par les autorités françaises le 6 décembre 2022, ont implicitement acquiescé à la reprise en charge de M. D, quinze jours après cette saisine comme en dispose l'article 25 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Doit par suite être écarté le vice de procédure ici invoqué.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 572-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La procédure de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ne peut être engagée dans le cas de défaillances systémiques dans l'Etat considéré mentionné au 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ". Aux termes de ces dispositions : " Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".

9. M. D allègue que le gouvernement autrichien a mis en place depuis l'été 2021 une période de rétention pour les demandeurs d'asile afghans, ainsi privés de liberté comme d'accès à ce que leur conférerait leur situation de vulnérabilité. Il craint également d'être expulsé vers son pays d'origine par les autorités autrichiennes. Le requérant se cantonne à ces allégations. S'il se prévaut d'une décision du 2 août 2021 où la Cour européenne des droits de l'homme aurait suspendu une décision, prise par les autorités autrichiennes, d'expulsion en Afghanistan d'un ressortissant afghan dont la demande d'asile avait été rejetée, cette seule circonstance ne suffit pas à établir que ces autorités négligeraient de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, allant jusqu'à un traitement inhumain ou dégradant. Par suite, en prononçant son transfert en Autriche, après avoir écarté l'application de l'article 3-2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, comme d'ailleurs l'application des clauses discrétionnaires objet de son article 17, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ni commis d'erreur de droit en liant sa compétence à telle ou telle circonstance.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il attaque. Doivent par conséquent être rejetées ses conclusions à fin d'annulation ainsi que les conclusions à fin d'injonction qui les assortissent.

Sur les frais de procès :

11. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il ne saurait être mis à sa charge le versement de la somme réclamée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2nd : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le magistrat désigné,

B. A

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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