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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300214

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300214

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300214
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Deygas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 septembre 2022 par laquelle le maire de la commune de Villars-les-Dombes a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 16 mai 2022, ainsi que la décision du 16 novembre 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2022 par lequel le maire de la commune de Villars-les-Dombes l'a placé à demi-traitement pour la période d'arrêt de travail du 29 octobre au 18 novembre 2022, ainsi que l'arrêté du 20 décembre 2022 le maintenant à demi-traitement pour la période du 19 novembre 2022 au 20 janvier 2023 ;

3°) de condamner la commune de Villars-les-Dombes aux entiers dépens de l'instance et de mettre à sa charge la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente, elles ne comportent pas l'original de la signature du maire, stéréotypée et réalisée à l'aide d'un tampon ;

- la décision du 16 novembre 2022 est insuffisamment motivée ;

- la décision du 18 novembre 2022 est insuffisamment motivée ;

- c'est à tort que la qualification d'accident de service n'a pas été retenue par le maire de Villars-les-Dombes.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, le maire de Villars-les-Dombes, représenté par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 28 août 2024 les parties ont été informées qu'en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, le tribunal est susceptible, en cas d'annulation des décisions attaquées, d'enjoindre d'office au maire de Villars-les-Dombes de prendre une nouvelle décision imputant au service l'accident dont M. A a été victime le 16 mai 2022 et reconstitue ses droits à traitement, dans un délai de deux mois.

Des observations ont été présentées en réponse à ce moyen d'ordre public pour la commune de Villars-les-Dombes, par un mémoire enregistré le 4 septembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure,

- les conclusions de Mme Fullana-Thévenet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Litzler représentant M. A et celles de Me Garaudet représentant la commune de Villars-les-Dombes.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, adjoint technique territorial principal de 1ère classe, a été recruté en août 2019 par la commune de Villars-les-Dombes en qualité de responsable de service maintenance des bâtiments, sous la responsabilité hiérarchique du directeur des services techniques. Il a déclaré à son employeur un accident de service survenu le 16 mai 2022. Le conseil médical a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de cet accident lors de sa séance du 30 juin 2022. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler la décision du 26 septembre 2022 par laquelle la commune de Villars-les-Dombes, contestant l'imputablité au service de l'accident survenu le 16 mai 2022, entend procéder à une régularisation de sa rémunération, ainsi que la décision du 16 novembre 2022 rejetant son recours gracieux. Il demande également l'annulation des arrêtés des 18 novembre et 20 décembre 2022 le plaçant à demi-traitement pour les périodes d'arrêts de travail du 29 octobre au 18 novembre 2022, et du 19 novembre 2022 au 20 janvier 2023.

Sur l'étendue du litige

2. Il ressort des pièces du dossier que par courrier daté du 21 octobre 2022, la commune de Villars-les-Dombes a informé M. A de son refus de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 16 mai 2022, auquel était joint un arrêté daté du 24 octobre 2022 de placement en congé de maladie ordinaire du 16 mai 2022 au 28 octobre 2022, à plein traitement durant 81 jours et à demi-traitement durant 85 jours. Le pli contenant ce courrier et cet arrêté, adressé par lettre recommandée avec demande d'accusé de réception, comporte un cachet de La Poste daté du 27 octobre 2022, et a été retourné à la commune avec la mention " avisé non réclamé ". Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme demandant également au tribunal l'annulation du courrier du 21 octobre 2022 portant refus d'imputabilité au service de son accident survenu le 16 mai 2022 ainsi que l'annulation de l'arrêté du 24 octobre 2022 le plaçant en congé de maladie ordinaire à compter du 16 mai 2022.

Sur la légalité des décisions du 26 septembre et du 21 octobre 2022 portant refus d'imputabilité au service de l'accident

3. Aux termes de l'article L. 822-21 du code général de la fonction publique : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à / 1° Un accident reconnu imputable au service tel qu'il est défini à l'article L. 822-18 ; () ". Aux termes de cet article L. 822-18 du même code : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. ". Il résulte de ces dispositions qu'un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. Doit être regardé comme un accident de service un événement précisément déterminé et daté, caractérisé par sa violence et sa soudaineté, à l'origine de lésions ou d'affections physiques ou psychologiques qui ne trouvent pas leur origine dans des phénomènes à action lente ou répétée auxquels on ne saurait assigner une origine et une date certaines.

4. Il ressort des pièces du dossier que le 16 mai 2022 en début de matinée, le responsable des services techniques a organisé une réunion avec les agents du service afin d'élucider la disparition d'une caisse à outils. M. A soutient qu'à cette occasion, il a été victime d'un accident de service, son responsable hiérarchique ayant saisi et jeté sur son visage l'eau d'un pot puis déversé sur lui le contenu d'une bouteille d'eau avant de le pousser fortement au niveau de l'épaule pour le bloquer contre le mur. Le même jour, l'intéressé a déposé une plainte à 9h05 en relatant ces faits, précisant avoir " un peu mal en dessous du cou, là où il a appuyé " et a consulté un médecin à 13h50, se plaignant d'un état de stress post-traumatique et de cervicalgie. Le certificat médical produit atteste que M. A présentait une ecchymose de 7cm x 1cm au niveau de la clavicule droite, une contracture du trapèze droit et un tremblement fin des deux membres supérieurs, entraînant une incapacité totale de travail d'une durée de cinq jours, sous réserve de complications. Pour contester la matérialité des faits, la commune de Villars-les-Dombes se prévaut de l'enquête administrative diligentée, notamment du témoignage du responsable hiérarchique indiquant s'être emporté concernant le vol de la caisse à outils, avoir signifié à M. A " je pense que c'est toi ", avoir bousculé la table avec son genou en se levant, renversant le pichet d'eau sur M. A, qui s'est également emporté en estimant avoir été agressé physiquement. La commune produit également le témoignage d'un collègue auditionné, présent sur place lors de l'altercation, selon lequel le responsable a bousculé involontairement la table, renversant le pichet d'eau, et indiquant que selon lui il n'y a eu que cet incident. Il ajoute ne pas avoir le sentiment qu'il y ait eu contact physique entre M. A et son responsable, précisant toutefois que ce dernier était " dans l'axe ", entre lui et M. A. Si ces témoignages rendent plausibles la thèse d'un renversement accidentel du pichet d'eau sur M. A, ils ne sont toutefois pas suffisamment probants pour remettre en cause la matérialité des faits allégués par le requérant, ce alors qu'une consultation médicale intervenue quelques heures seulement après l'incident fait état de lésions nécessitant un traitement antalgique et anxiolytique. En outre, s'il n'est pas contesté qu'il existe une mésentente avérée et persistante entre le requérant et son supérieur depuis l'arrivée dans la collectivité de M. A, et si la commune fait notamment valoir que ce dernier, qui ne supporte pas les critiques et remarques faites sur son travail, a déjà colporté une accusation d'agression démentie par son responsable au mois de novembre 2021, ces circonstances ne sauraient être regardées comme constitutives d'une faute personnelle de nature à détacher l'accident du service, contrairement à ce qui est soutenu en défense. Dans ces conditions, les éléments apportés par la commune ne sont pas suffisants pour renverser la présomption d'imputabilité de l'accident au service, ce alors que le conseil médical a par ailleurs émis un avis favorable dans sa séance du 30 juin 2022. Par suite, M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que le maire de la commune de Villars-les-Dombes a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 16 mai 2022.

Sur la légalité de la décision du 16 novembre 2022 rejetant son recours gracieux :

5. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.

6. En l'espèce, M. A demande l'annulation des décisions par lesquelles le maire de la commune de Villars-les-Dombes a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son accident, et l'annulation de la décision du 16 novembre 2022 rejetant son recours gracieux. Il s'ensuit que les moyens dirigés contre la décision du 16 novembre 2022 portant rejet de son recours gracieux doivent être écartés comme inopérants.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigée contre les décisions des 26 septembre et 21 octobre 2022 que ces décisions doivent être annulées, ainsi que la décision du 16 novembre 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur la légalité des décisions des 24 octobre, 18 novembre et 20 décembre 2022 :

8. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.

9. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation du premier acte.

10. M. A doit être regardé comme affirmant, au soutien de ses conclusions dirigées contre l'arrêté du 24 octobre 2022 de placement en congé de maladie ordinaire du 16 mai 2022 au 28 octobre 2022, à plein traitement durant 81 jours et à mi-traitement durant 85 jours , contre l'arrêté du 18 novembre 2022 le plaçant à mi-traitement pour la période d'arrêt de travail du 29 octobre au 18 novembre 2022 et contre l'arrêté du 20 décembre 2022 le maintenant à mi-traitement pour la période allant du 19 novembre 2022 au 20 janvier 2023, que l'annulation des décisions des 26 septembre et 21 octobre 2022 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 16 mai 2022, emporte par voie de conséquence l'annulation des arrêtés des 24 octobre, 18 novembre et 20 décembre 2022. Ces arrêtés étant intervenus, en l'espèce, en raison du refus de l'autorité territoriale de reconnaître l'accident dont l'intéressé a été victime, le 16 mai 2022, comme imputable au service, il y a lieu de les annuler par voie de conséquence de l'annulation de ces décisions de refus prononcée par le présent jugement, et ce, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution/ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure.".

12. L'annulation des décisions des 26 septembre, 21 octobre et 18 novembre 2022 implique nécessairement que le maire de Villars-les-Dombes prenne une nouvelle décision imputant au service l'accident dont M. A a été victime le 16 mai 2022 et reconstitue ses droits à traitement. Cette décision devra être prise dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. En premier lieu, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par le requérant et tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de la commune de Villars-les-Dombes ne peuvent qu'être rejetées.

14. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la commune de Villars-les-Dombes au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Villars-les-Dombes la somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Les décisions des 26 septembre, 21 octobre, 24 octobre, 16 novembre, 18 novembre et 20 décembre 2022 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Villars Les Dombes de prendre une nouvelle décision imputant au service l'accident dont M. A a été victime le 16 mai 2022 et de reconstituer ses droits à traitements dans un délai de deux mois.

Article 3 : La commune de Villars-les-Dombes versera la somme de 1 500 euros à M. A au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Villars-les-Dombes présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Villars-les-Dombes.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Viallet, conseillère,

Mme Pouyet conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La rapporteure,

ML. VialletLa présidente,

P. Dèche

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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