jeudi 6 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300234 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 janvier 2023 et le 8 février 2023, M. C E, représenté par la Selarl Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Sabatier), demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans, ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros à son profit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de refuser de renouveler son titre de séjour ;
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les stipulations des articles 6, 2° et 7 bis a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le préfet a commis une erreur de droit en retenant l'existence d'une fraude ;
- le préfet n'établit pas l'existence d'une fraude ;
- la décision de refus de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,
- et les observations de Me Guillaume, substituant Me Sabatier, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né le 19 décembre 1976, entré en France le 12 décembre 2020 sous couvert d'un visa de court séjour, a sollicité le 17 octobre 2022 le renouvellement de son titre de séjour en se prévalant de sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par l'arrêté attaqué du 13 décembre 2022, le préfet du Rhône a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Les décisions attaquées ont été signées par Mme A B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, bénéficiaire à cet effet d'une délégation de signature par un arrêté préfectoral du 23 novembre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Rhône le lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, il ne ressort, ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de la situation de M. D avant de refuser de l'admettre au séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'absence d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6, 2) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre époux. ". Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées. / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article " (). ".
5. D'une part, il résulte de ces stipulations que le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux à la date de délivrance de ce deuxième certificat de résidence. D'autre part, ces stipulations ne font pas obstacle à ce que le préfet, s'il est établi de façon certaine que le mariage d'un ressortissant étranger avec un conjoint de nationalité française a été contracté dans le but exclusif d'obtenir un titre de séjour, fasse échec à cette fraude.
6. Pour refuser de renouveler le certificat de résidence de M. D et de lui délivrer un certificat valable dix ans sur le fondement des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, le préfet du Rhône s'est fondé sur l'absence de communauté de vie entre le requérant et sa conjointe française et sur la circonstance que le requérant n'avait contracté ce mariage qu'aux fins d'installation sur le territoire français, retenant ainsi l'existence d'une fraude.
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. D, de nationalité algérienne, a cessé de vivre avec son épouse française moins de trois ans après son entrée en France, et que son épouse a elle-même signalé aux services de la préfecture le caractère migratoire de son union avec M. D. Ces faits ont été corroborés par l'enquête menée à leur domicile le 7 novembre 2022, dans laquelle il a été indiqué que M. D n'était revenu au domicile conjugal pour y déposer un sac de vêtements, que lorsqu'il avait été informé de l'enquête alors en cours sur la réalité de la communauté de vie. Dès lors, le préfet du Rhône a pu légalement, au vu de l'ensemble de ces éléments, se fonder sur le caractère frauduleux de cette union pour refuser à M. D la délivrance d'une carte de résident. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.
8. D'autre part, il ressort des termes mêmes de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en litige que le préfet du Rhône s'est fondé, pour retenir l'absence de communauté de vie entre les époux, sur l'enquête de police menée le 7 novembre 2022 relative à la communauté de vie de l'intéressé avec son épouse laquelle faisait apparaître que les deux époux vivaient séparés depuis le mois de février 2021. M. D, qui se borne à produire des courriers administratifs reçus à son nom et à celui de son épouse, ne conteste pas utilement la fin de la communauté de vie, alors que sa conjointe a indiqué que celle-ci était rompue depuis plus d'un et demi à la date de la décision attaquée. Par suite, le préfet du Rhône a pu légalement se fonder, pour refuser le renouvellement du certificat de résidence, sur le fait que M. D ne remplissait pas la condition de vie commune avec son épouse prévue par les stipulations précitées. Les moyens tirés de la méconnaissance les stipulations du a) des articles 6, 2° et 7 bis de l'accord précité doivent être écartés.
9. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. D est séparé de son épouse française, qu'il est entré en France deux ans seulement avant la décision attaquée, que son intégration professionnelle présente également un caractère récent, et qu'il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 43 ans et où résident ses trois enfants mineurs nés d'une précédente union. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte également de ce qui précède que la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité du refus de renouvellement de son titre de séjour.
12. En second lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement concernant le refus de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
13. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Soubié, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.
La rapporteure,
P. Boulay
La présidente,
V. Vaccaro-Planchet La greffière,
S. Rivoire
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026