vendredi 20 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300278 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | BECHAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2023, et un mémoire enregistré le 17 janvier 2023, M. B D, représenté par Me Béchaux, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 12 janvier 2023 par lesquelles le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné le pays de destination de son éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois, ainsi que l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel le même préfet l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une période de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.
M. D soutient que :
- il appartient au préfet du Rhône de justifier des délégations de signature qu'il a accordées ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées et n'ont pas été précédées d'un examen de sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les obligations qui qui sont les siennes dans le cadre de son sursis probatoire ;
- l'obligation de quitter le territoire français viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire viole les articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre a un caractère disproportionné et viole les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 17 janvier 2023, au cours de laquelle, après le rapport de l'affaire, ont été entendues :
- les observations de Me Béchaux, représentant M. D, conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ; M. D renonce toutefois au moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions du 12 janvier 2023, et soutient en outre qu'un visa lui ayant été accordé, il n'entrait pas dans le champ du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que son assignation à résidence n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle et qu'elle est illégale compte tenu de l'absence de perspectives raisonnables d'éloignement ;
- les observations de Mme C, représentant le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. D n'était pas présent à l'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, né en 1994 en Tunisie, a été incarcéré du 9 février 2022 au 12 janvier 2023 au centre pénitentiaire de Villefranche sur Saône, à la suite de sa condamnation à deux peines de six mois et de 8 mois d'emprisonnement pour des vols avec destruction ou dégradation, outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, et refus de se soumettre à des opérations de relevés signalétiques. Par des décisions prises et notifiées à l'intéressé à l'issue de sa peine, le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné le pays de destination de son éloignement, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. Après que le juge des libertés et de la détention ait, par une ordonnance confirmée en appel, annulé la mesure de rétention prise par ailleurs à son encontre, le préfet du Rhône l'a assigné à résidence par un arrêté du 16 janvier 2023. M. D conteste ces mesures.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".
4. En premier lieu, la décision attaquée cite les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que M. D, de nationalité tunisienne, ne justifie pas d'une entrée régulière en France dans la mesure où il ne démontre pas avoir été détenteur d'un passeport en cours de validité revêtu du visa obligatoire, ni être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Cette décision énonce ainsi les considérations de droit et de fait qui en sont le fondement. Si l'administration n'était pas tenue d'énoncer les motifs pour lesquels elle n'avait pas renoncé à décider l'éloignement de l'intéressé, en l'espèce, en tout état de cause, la décision attaquée expose également les circonstances de faits au vu desquelles le préfet a estimé que le requérant ne justifiait pas d'attaches privées et familiales anciennes et intenses en France, et celles pour lesquelles sa présence y menace l'ordre public. Le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée ne peut dès lors être accueilli. Il ressort en outre de la motivation de cette décision, qui retrace par ailleurs le parcours administratif et judiciaire de l'intéressé et les conditions de son séjour en France, qu'elle a été prise après un examen de sa situation personnelle.
5. En deuxième lieu, si M. D fait valoir à l'audience qu'il ressortait du système d'information " Visabio " qu'un visa lui avait été délivré pour son entrée en France, il a déclaré lors de son audition en octobre 2022 que ce visa avait été obtenu avec un passeport falsifié. Il ne justifie en outre nullement d'être entré en France sous couvert de ce visa, durant la période de validité de celui-ci. Dès lors, le requérant entre bien dans le champ du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, M. D n'allègue pas faire l'objet d'une mesure d'interdiction de quitter le territoire français. Il ne peut utilement faire valoir que dans le cadre de son sursis probatoire, il est astreint à se présenter régulièrement
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. M. D fait valoir qu'il est entré en France en 2010 après le décès de ses parents, pour rejoindre une tante de nationalité française qui l'a pris en charge, et qu'il a sa vie privée et familiale ancrée en France. Toutefois, lors de son audition par la police aux frontières en octobre 2022, le requérant a déclaré être célibataire sans enfant à charge. Il ne produit en outre aucun détail ni aucun élément de preuve sur sa vie privée et familiale en France. Par ailleurs, le requérant a fait l'objet de multiples condamnations pénales ayant donné lieu à des peines d'emprisonnement, notamment pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade, dégradation de bien destiné à l'utilité publique, vol avec violence, refus d'obtempérer, vol avec destruction ou dégradation en récidive et outrage à personne dépositaire de l'autorité publique. Le requérant a également été signalé à trente-cinq reprises dans le système de traitement des antécédents judiciaires pour avoir été mis en cause pour de très nombreux faits. Enfin, le requérant, qui s'est maintenu en France en dépit des mesures d'éloignement prises à son encontre le 20 mars 2017, le 17 avril 2018, le 7 juin 2019 et le 7 février 2022, ne pouvait ignorer le caractère précaire de son séjour. Dans ces circonstances, l'atteinte portée au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale n'est pas disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision d'éloignement attaquée a été prise.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
9. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision " Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
10. En premier lieu, la décision attaquée cite les dispositions du 1° et du 3° de l'article L. 612-2 et des 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève que, compte tenu des faits pour lesquels M. D a été condamné et est signalé dans le traitement des antécédents judiciaires, son comportement constitue une menace pour l'ordre public, qu'il ne justifie pas être entré régulièrement en France sous couvert d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa, et qu'il ne peut justifier de la réalité et de la stabilité de son hébergement chez une tante résidant à Vénissieux. Cette décision énonce ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles est fondé le refus d'un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de ce qu'elle serait insuffisamment motivée doit dès lors être écarté. En outre, il ressort de cette motivation que la décision attaquée a été prise après un examen de la situation personnelle du requérant.
11. En deuxième lieu, il résulte des multiples condamnations de M. D pour des faits violents, et de ses trente-cinq signalements dans le traitement des antécédents judiciaires pour des faits qu'il ne conteste pas, ainsi que du caractère répété de ces faits dont les derniers sont récents, que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, circonstance suffisant à justifier l'octroi d'un délai de départ volontaire. En outre, ainsi que cela a été relevé au point 5 ci-dessus, le requérant ne justifie pas être entré régulièrement en France, expliquant même avoir fait usage d'un passeport falsifié, et il invoque l'absence de document d'identité comme raison de l'absence de démarche en vue de la délivrance d'un titre de séjour. Il s'est maintenu en France en dépit des mesures d'éloignement dont il a fait l'objet depuis 2017, sans justifier avoir accompli la moindre démarche tangible afin de se voir délivrer un document de voyage par l'un des pays dont il est susceptible de revendiquer la nationalité, et n'allègue pas avoir sollicité la reconnaissance de la qualité d'apatride. Enfin, si M. D déclare être hébergé chez sa tante à Vénissieux, il ne produit aucune pièce pour justifier de la réalité et de la stabilité de cet hébergement. Dans ces circonstances, alors même que le requérant soutient qu'il se serait plié aux obligations mises à sa charge dans le passé par des arrêtés l'ayant assigné à résidence, le risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire français est établi. C'est dès lors sans méconnaître les articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Rhône a refusé à M. D l'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Aux termes de son article L. 721-3 : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
13. La décision attaquée cite ces dispositions. Toutefois, alors que M. D ne présente aucun document d'identité ni de voyage, qu'il a déclaré au cours de son audition par la police aux frontières en octobre 2022 qu'il n'avait aucune nationalité, et que les autorités tunisiennes auxquelles il a été présenté ont refusé à plusieurs reprises de le reconnaître comme un de leurs ressortissants, la décision attaquée se borne à exposer que le requérant serait de nationalité tunisienne. Dans les circonstances particulières de l'espèce, cette motivation en fait est insuffisante. La décision fixant le pays de renvoi, qui méconnaît ainsi les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, doit dès lors être annulée.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
15. En premier lieu, la décision attaquée cite ces dispositions, et relève qu'il n'est pas apparu justifié d'accorder un délai de départ volontaire à M. D, que celui-ci se maintient en toute connaissance de cause sur le territoire national en ignorant les mesures d'éloignement prises à son encontre, ne justifie ni de la nature ni de l'ancienneté de ses liens avec la France, que son comportement est constitutif d'une menace pour l'ordre public et qu'il n'y a pas de circonstances humanitaires. Cette décision énonce ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles est fondée l'interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de ce qu'elle serait insuffisamment motivée doit dès lors être écarté. En outre, il ressort de cette motivation que la décision attaquée a été prise après un examen de la situation personnelle du requérant.
16. En deuxième lieu, d'une part, M. D, qui a été légalement privé de délai de départ volontaire, ne fait état d'aucune circonstance humanitaire. D'autre part, le requérant fait valoir qu'il est arrivé en France alors qu'il était mineur, y réside depuis 2010, et que sa vie privée et familiale y est ancrée. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, il est établi que son comportement constitue une menace à l'ordre public. Il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement qui n'ont pas été exécutées. Par ailleurs, célibataire sans enfant à charge, il invoque la présence en France de sa seule tante, avec laquelle il ne justifie pas avoir conservé effectivement des liens récents. Dans ces circonstance, l'interdiction de retour sur le territoire français prononcé à son encontre pour une durée de trois ans n'a pas un caractère disproportionné et ne viole pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
17. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
18. Le juge des libertés et de la détention, par une ordonnance du 16 janvier 2023 confirmée en appel, ayant annulé la décision du 12 janvier précédent par laquelle le préfet du Rhône avait placé M. D en rétention administrative, le préfet a assigné l'intéressé à résidence pour une durée de 45 jours, sur le fondement des dispositions citées ci-dessus. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été placé en rétention administrative à de nombreuses reprises, et assigné à résidence cinq fois, en vue de son éloignement à destination de la Tunisie, chaque fois en vain, les autorités tunisiennes ayant refusé, notamment par une lettre du 11 juillet 2019, de le reconnaître comme un de leurs ressortissants. Lors de son audition par la police nationale le 7 novembre 2017, le requérant a par ailleurs exposé que saisi en 2012, le consulat d'Egypte n'avait pas non plus accepté de le reconnaître comme ressortissant égyptien. A l'audience, le préfet du Rhône a fait valoir qu'il avait une nouvelle fois sollicité les autorités tunisiennes en vue de la délivrance d'un laissez-passer, et son intention de s'adresser également aux autorités égyptiennes. Toutefois, l'administration ne produit aucun élément précis quant aux délais dans lesquels ces autorités répondent aux demandes de laissez-passer, ni d'élément justifiant d'une évolution de la situation permettant d'espérer raisonnablement une décision positive des autorités tunisiennes ou égyptiennes. Dans ces circonstances, il n'est pas établi qu'il existe une perspective raisonnable de mettre à exécution l'éloignement de M. D. Par suite, l'arrêté attaqué viole l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination de son éloignement, et de l'arrêté l'ayant assigné à résidence.
Sur les frais liés au litige :
20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par l'avocate de M. D sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 12 janvier 2023, par laquelle le préfet du Rhône a fixé le pays à destination duquel M. D doit être éloigné, et l'arrêté du 16 janvier 2023, par lequel il l'a assigné à résidence, sont annulés.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Rhône.
Copie en sera adressée à Me Béchaux et à l'association Forum réfugiés.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
J. A,
Premier conseiller
Le greffier,
C. Driguzzi
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026