vendredi 20 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300283 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | LEBEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 janvier 2023, M. B E, alors retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;
3°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2023 par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, en l'informant qu'il faisant l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble de l'arrêté contesté :
- il est entaché d'incompétence de son signataire ;
- il est insuffisamment motivé au regard des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 et de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et revêt un caractère disproportionné ;
- son signalement à fin de non-admission dans le SIS l'empêchera également d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen.
La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, les 17 et 18 janvier 2023, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;
- le règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle M. E n'était pas présent.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Montézin, greffière :
- le rapport de M. G ;
- les observations de Me Lebeaux, avocate de permanence, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en insistant sur le moyen tiré du caractère disproportionné de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;
- et les observations de M. C, représentant le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens de M. E ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant algérien né le 7 juillet 1997, déclare être entré en France au cours de l'année 2020. Après avoir été interpellé le 23 novembre 2021 par les services de la police aux frontières de Lyon à fin de vérification de son droit de circulation ou de séjour, l'intéressé a fait l'objet, le jour-même, d'un arrêté par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS). M. E ayant été interpellé par les services de la police nationale et placé en garde à vue le 1er décembre 2021, pour des faits de vol à l'étalage, le préfet du Rhône a décidé, le 2 décembre suivant, de retirer la décision précitée du 23 novembre 2021 par laquelle il lui avait accordé un délai de départ volontaire de quatre-vingt-dix jours et de l'assigner à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours en l'astreignant à se présenter deux fois par semaine, les lundis et jeudis, y compris les jours chômés et fériés, entre 9 heures et 18 heures, à la direction zonale de la police aux frontières de Lyon. Le 15 décembre 2021, les services de la police aux frontières de Lyon ont constaté que l'intéressé ne s'était pas présenté les 6, 9 et 13 décembre 2021. M. E ayant de nouveau été interpellé par les services de la police nationale et placé en garde à vue les 29 mars et 31 août 2022, pour des faits de vente à la sauvette et de détention de tabac manufacturé sans document justificatif, le préfet du Rhône a par deux fois décidé, les 29 mars et 1er septembre 2022, de l'assigner à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours en l'astreignant à se présenter deux fois par semaine, les lundis et jeudis, y compris les jours chômés et fériés, entre 9 heures et 18 heures, à la direction zonale de la police aux frontières de Lyon. Les 13 avril et 14 septembre 2022, les services de la police aux frontières de Lyon ont constaté que l'intéressé ne s'était pas présenté les 4 et 7 avril 2022 ni les 5 et 8 septembre suivant. Enfin, M. E a une nouvelle fois été interpellé par les services de la police nationale et placé en garde à vue le 13 janvier 2023, pour des faits de détention de médicaments classés. Par un arrêté du 14 janvier suivant, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le SIS. Par un arrêté du même jour, l'autorité préfectorale a ordonné le placement de l'intéressé au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry pour une durée de quarante-huit heures. Toutefois, par une ordonnance du 16 janvier 2023, postérieure à l'introduction de la requête, le juge de la liberté et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon, statuant sur la première demande de prolongation de cette mesure de rétention administrative présentée par le préfet du Rhône le 15 janvier 2023, a déclaré la procédure irrégulière et ordonné la mise en liberté de M. E. Par un arrêté du 16 janvier 2023, le préfet du Rhône a décidé d'assigner l'intéressé à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours en l'astreignant à se présenter deux fois par semaine, les lundis et jeudis, y compris les jours chômés et fériés, entre 9 heures et 18 heures, à la direction zonale de la police aux frontières de Lyon.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
Sur la demande de communication du dossier par l'administration :
4. L'article L. 5 du code de justice administrative énonce que : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".
5. Le préfet du Rhône ayant produit, les 17 et 18 janvier 2023, les pièces relatives à la situation administrative de M. E, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté contesté dans son ensemble :
6. En premier lieu, par un arrêté du 21 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 22 avril suivant, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du Rhône a donné, à compter du 27 avril 2022, délégation de signature à M. D F, sous-préfet chargé de mission auprès du préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes, préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est, préfet du Rhône, pour les périodes de permanence et dans le ressort du département du Rhône, à l'effet de prendre toute décision nécessité par l'exercice de la permanence, notamment dans le domaine de la législation et de la réglementation relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France. Par ailleurs, il ressort du tableau produit en défense que M. F, en charge du Rhône-Sud était de permanence du vendredi 13 janvier 2023, 20 heures, au lundi 16 janvier suivant, 8 heures. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon les termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". L'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Et aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 () et les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
8. L'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, notamment les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et expose les circonstances de faits propres à la situation personnelle de M. E, dont celles sur lesquelles le préfet du Rhône s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ainsi que pour décider, dans son principe et dans sa durée, de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué ne mentionne pas qu'il s'est marié religieusement avec son épouse, que cette dernière est titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité de dix ans, qu'elle doit " passer sa première échographie la semaine prochaine ", qu'ils vivent ensemble dans un appartement au nom de l'intéressée situé dans le 8ème arrondissement de Lyon, ni qu'il est venu en France, où il travaille irrégulièrement dans le bâtiment, afin de trouver une meilleure situation économique, il ressort des termes de cet arrêté que l'autorité préfectorale a notamment retenu qu'il n'était pas en mesure de démontrer la réalité de ce mariage et la régularité du séjour de sa compagne, ni d'apporter la preuve de sa domiciliation et du caractère licite de son emploi en qualité de peintre. En tout état de cause, le préfet du Rhône n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé. Dans ces conditions, l'arrêté contesté, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettent ainsi à M. E d'en contester utilement le bien-fondé, est suffisamment motivé au regard des dispositions citées au point précédent.
9. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. E préalablement à son édiction. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit est infondé et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. Selon les termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. M. E soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il est arrivé en France au cours de l'année 2020, dans le but de trouver une meilleure situation économique, qu'il y travaille irrégulièrement pour subvenir à ses besoins, et qu'il réside dans un appartement situé dans le 8ème arrondissement en compagnie de son épouse, compatriote titulaire d'un certificat de résidence valable dix ans avec laquelle il s'est marié religieusement. Il précise également que son épouse est enceinte et qu'elle va " passer sa première échographie la semaine prochaine ". Toutefois, le requérant, qui n'était pas présent lors de l'audience et avait initialement déclaré, lors de ses quatre auditions par les services de la police nationale entre le 23 novembre 2021 et le 29 mars 2022, n'être présent sur le territoire français que depuis le mois d'août ou septembre 2021, n'apporte pas le moindre commencement de preuve de nature à établir l'ancienneté, la réalité et l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut, alors au demeurant qu'il ressort des pièces produites en défense que ses différentes déclarations relatives à ses attaches en France sont empreintes de nombreuses contradictions et que la personne qu'il présente comme étant son épouse et détentrice d'un titre de séjour est inconnue des fichiers nationaux du ministère de l'intérieur. Par ailleurs, il ressort également des pièces versées en défense que M. E, qui ne justifie pas davantage d'une insertion sociale et professionnelle particulière sur le territoire français où il n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour, s'y maintient irrégulièrement en dépit d'une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 23 novembre 2021 qu'il n'établit pas avoir exécutée, méconnaissant ainsi une mesure de police administrative édictée par une autorité publique, et y est défavorablement connu des services de police pour avoir fait l'objet, entre le 1er décembre 2021 et le 16 novembre 2022, d'une dizaine de signalements sous quatre identités différentes au sein du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) pour des faits de " vol à l'étalage ", de " vol aggravé ", de " détention de tabac manufacturé sans document justificatif régulier ", de " vente à la sauvette ", de " violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité n'excédant par huit jours " et de " détention non autorisée de produits stupéfiants ", ainsi que pour avoir été interpellé, puis placé en garde à vue, à six reprises, entre le 1er décembre 2021 et le 13 janvier 2023 pour certains de ces faits. Enfin, le requérant n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence et où réside, selon ses propres déclarations, ses parents. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour, le préfet du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. E en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. Selon les termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". L'article L. 612-2 du même code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
13. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. E, le préfet du Rhône s'est fondé sur les dispositions précitées du 1° et du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur celles des 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, en considérant que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public et qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet dès lors, d'une part, qu'il ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français, d'autre part, qu'il s'était soustrait à la précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 23 novembre 2021, et, enfin, qu'il ne justifiait pas de garanties de représentation suffisantes. Or, en se bornant à soutenir que l'autorité préfectorale ne justifierait pas des " raisons pour lesquelles il y aurait de (sa) part un risque de soustraction ", le requérant ne conteste sérieusement aucun des motifs précités. Par ailleurs, si l'intéressé fait état d'éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale, il ne justifie d'aucune circonstance particulière au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois :
14. En premier lieu, selon les termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
15. Pour prononcer à l'encontre de M. E une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, le préfet du Rhône a relevé, après avoir retenu qu'il ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire, que l'intéressé, qui se déclare marié religieusement et sans enfant à charge, ne justifiait ni de la nature, ni de l'ancienneté de ses liens avec la France, que son comportement délictuel constituait une menace pour l'ordre public et qu'il s'était déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Le requérant, qui se prévaut des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale précédemment évoqués au point 11, soutient que l'interdiction de retour édictée à son encontre est disproportionnée, dès lors qu'elle le privera de la possibilité de voir son enfant, A le reconnaître et d'assumer son rôle de père et de mari. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'intéressé, dont la présence en France est récente, n'apporte pas le moindre commencement de preuve à l'appui de ses allégations de nature à justifier de l'ancienneté, de la réalité et de l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut. Par ailleurs, M. E a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 23 novembre 2021, laquelle était d'ailleurs assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, et il ne conteste pas le motif tiré de ce que sa présence sur le territoire national représente une menace pour l'ordre public. Enfin, l'autorité préfectorale s'est limitée à édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à trois ans. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre de M. E une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.
16. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. () ".
17. M. E soutient que son signalement à fin de non-admission dans le SIS résultant de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, l'empêchera d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue " une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen ". Toutefois, il résulte des dispositions du règlement du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes, et en particulier du c) du paragraphe 5 de son article 6, que, par dérogation au d) du paragraphe 1 du même article, le signalement d'un ressortissant d'un pays tiers dans le SIS n'interdit pas à un État membre de l'autoriser à entrer sur son territoire pour des motifs humanitaires ou d'intérêt national, ou en raison d'obligations internationales. Par suite, le moyen doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
C. G
La greffière,
G. Montézin
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026