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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300309

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300309

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantLEX BONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 janvier 2023 et le 4 novembre 2024, Mme B C, représentée par Me Nicolas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler les saisies administratives à tiers détenteur émises le 20 juillet 2022 par l'agent comptable du pôle de recouvrement spécialisé du Rhône en vue de recouvrer l'impôt sur le revenu auquel le foyer fiscal qu'elle formait avec son ex-époux a été assujetti au titre des années 2015 et 2016, ainsi que la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2018, pour un montant total de 23 564,81 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de lui accorder la décharge de son obligation solidaire de payer des impositions ;

3°) à titre très subsidiaire, de prononcer la décharge partielle de l'obligation de payer résultant des saisies administratives à tiers détenteur à hauteur la somme de 9 511 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- les créances d'impôt sur les revenus 2015 et 2016 sont prescrites ;

- elles ne sont plus exigibles, dès lors que la dette fiscale a été éteinte par la liquidation judiciaire prononcée pour insuffisance d'actifs à l'encontre de son ex-époux ;

- elle remplit les conditions pour bénéficier de la décharge de responsabilité solidaire prévue au II de l'article 1691 bis du code général des impôts ;

- le décompte des sommes dues est erroné, dès lors qu'il ne prend pas en compte le dégrèvement intervenu le 2 octobre 2017, ni le paiement de la taxe foncière 2018 par son ex-époux.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 mars 2023 et le 11 décembre 2024, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique,

- et les observations de Me Nicolas, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C et M. A se sont mariés le 13 octobre 2001 et leur divorce a été prononcé le 8 juin 2020. Quatre saisies administratives à tiers détenteur ont été émises le 20 juillet 2022 à l'encontre de Mme C en vue de recouvrer la somme totale de 23 564,81 euros correspondant à l'impôt sur le revenu auquel le foyer fiscal qu'elle formait alors avec son ex-époux, au titre des années 2015 et 2016 et à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2018. Mme C demande au tribunal de prononcer, à titre principal, l'annulation de ces quatre saisies administratives à tiers détenteur, à titre subsidiaire, de lui accorder la décharge de son obligation solidaire de paiement sur le fondement de l'article 1691 bis du code général des impôts, et, à titre très subsidiaire, la décharge partielle de l'obligation de payer cette somme.

Sur les conclusions à fin d'annulation des saisies administratives à tiers détenteur :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Sauf dispositions contraires et sous réserve de causes suspensives ou interruptives de prescription, l'action en recouvrement des créances de toute nature dont la perception incombe aux comptables publics se prescrit par quatre ans à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi du titre exécutoire tel que défini à l'article L. 252 A. () ". Aux termes de l'article L. 622-25-1 du code de commerce : " La déclaration de créance interrompt la prescription jusqu'à la clôture de la procédure ; elle dispense de toute mise en demeure et vaut acte de poursuites. ". Enfin, il résulte des dispositions de l'article 1691 bis du code général des impôts que l'effet interruptif de prescription d'une déclaration de créances fiscales au passif d'une procédure collective ouverte à l'encontre de l'un des époux s'étend à l'autre époux, quel que soit le régime matrimonial, pour les impositions au paiement desquelles ils sont solidairement tenus.

3. Il résulte de l'instruction que les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles a été assujetti le foyer fiscal de Mme C et M. A au titre des années 2015 et 2016 ont été mises en recouvrement respectivement les 31 décembre 2016 et 31 janvier 2018, tandis que la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2018 a été mise en recouvrement le 31 août 2018. Le délai de prescription de quatre ans a été interrompu par les déclarations de créance réalisées les 2 juillet 2018 et 8 janvier 2019 par le comptable public dans le cadre de la procédure de liquidation judiciaire engagée envers l'ex-époux de la requérante, jusqu'au jugement de clôture de la liquidation judiciaire intervenu le 15 mai 2019. Ainsi, les créances fiscales dont le recouvrement est poursuivi n'étaient pas prescrites à la date d'émission des saisies administratives en litige, le 20 juillet 2022. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du délai de prescription prévu à l'article L. 274 du livre des procédures fiscales doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 643-11 du code de commerce dans sa version alors en vigueur : " I. Le jugement de liquidation judiciaire pour insuffisance d'actif ne fait pas recouvrer aux créanciers l'exercice individuel de leurs actions contre le débiteur () / II.- Les coobligés et les personnes ayant consenti une sûreté personnelle ou ayant affecté ou cédé un bien en garantie peuvent poursuivre le débiteur s'ils ont payé à la place de celui-ci. () ". Lorsque plusieurs codébiteurs sont engagés solidairement, l'un deux ne peut invoquer, au titre d'exceptions communes au paiement de la dette, que celles affectant l'ensemble des liens obligatoires unissant les débiteurs au créancier. En conséquence, alors que l'article 1691 bis, I du code général des impôts, autorise le comptable du Trésor à poursuivre indifféremment auprès de l'un ou l'autre des époux le recouvrement de la totalité de l'impôt sur le revenu et des pénalités mis à la charge du foyer fiscal pour la période d'imposition commune, Mme C ne peut utilement faire valoir que le jugement de clôture de la liquidation judiciaire ne fait pas recouvrer aux créanciers l'exercice de leurs actions contre le co-débiteur, cette exception étant purement personnelle au débiteur qu'est son ex-époux. Par suite, l'intervention du jugement de liquidation du 15 mai 2019 ne faisait pas légalement obstacle à ce que le comptable mette en jeu la responsabilité solidaire de Mme C dans le paiement de l'impôt sur le revenu au titre des années 2015 et 2016 et de la taxe foncière au titre de l'année 2018, antérieurs au prononcé de son divorce d'avec M. A.

Sur les conclusions tendant à prononcer la décharge de la responsabilité solidaire :

5. Le II de l'article 1691 bis du code général des impôts prévoit que les personnes divorcées ou séparées peuvent demander à être déchargées de l'obligation solidaire de paiement de l'impôt sur le revenu et que cette décharge est accordée, si l'une des conditions prévues au a) à d) est remplie, en cas de disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et, à la date de la demande, la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur.

6. Si Mme C sollicite cette décharge en faisant valoir que le montant de la dette qui lui est réclamée est disproportionné par rapport à sa situation actuelle, de telles conclusions, présentées directement devant le juge, sont irrecevables et doivent être rejetées. Au surplus et en tout état de cause, il n'est pas établi, au vu des seules pièces transmises à l'administration et versées au dossier, qu'il existerait une disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et la situation financière et patrimoniale, nette de charges à la date de sa demande, de Mme C à la date de sa réclamation préalable du 30 août 2022.

Sur le montant de la dette :

7. Contrairement à ce que soutient Mme C, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a tenu compte pour l'établissement des mesures de poursuite en litige de l'avis de dégrèvement du 2 octobre 2017 par lequel le montant de la créance d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2015 a été ramené, en droits et pénalités, à la somme de 21 236 euros. Le montant de ce dégrèvement, qui s'élève à la somme de 5 398 euros, a ainsi été déduit du montant total des saisies administratives à tiers détenteur au stade " des acomptes ", d'un montant total de 12 302,19 euros. En revanche, Mme C établit que son ex-conjoint a procédé le 25 octobre 2018 au paiement de la somme de 1 450 euros correspondant à la taxe foncière établie au titre de l'année 2018, ce dont n'a pas tenu compte l'administration pour l'établissement des saisies administratives à tiers détenteur en litige. Par suite, Mme C est fondée à demander la décharge partielle de l'obligation de payer résultant des saisies administratives à tiers détenteur à hauteur de 1 450 euros et de 145 euros, correspondant à la majoration qui l'assortit.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est seulement fondée à demander la décharge partielle de l'obligation de payer résultant des saisies administratives à tiers détenteur du 16 novembre 2022, à hauteur d'un montant total de 1 595 euros.

Sur les frais liés au litige :

9. La présente instance n'ayant occasionné aucuns dépens, les conclusions de Mme C présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : Mme C est déchargée partiellement de l'obligation de payer résultant des saisies administratives à tiers détenteur du 16 novembre 2022, à hauteur de 1 595 euros.

Article 2 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

P. Boulay

Le président,

J. Segado La greffière,

E. Seytre

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de l'industrie, de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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