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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300310

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300310

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantLEBEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2023, M. E B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel le préfet du Rhône l'a de nouveau assigné à résidence dans le département de la Loire pour une durée de quarante-cinq jours.

Il soutient qu'il doit pouvoir se déplacer en dehors du département de la Loire pour des motifs familiaux et professionnels.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951, et le protocole relatif au statut des réfugiés, conclu à New-York le 31 janvier 1967 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'Etat responsable de leur traitement ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle le préfet du Rhône n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Montézin, greffière :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Lebeaux, avocate de permanence, représentant M. B qui conclut à l'annulation de l'arrêté contesté en insistant sur le moyen tiré de ce que les modalités du renouvellement de l'assignation à résidence de l'intéressé présentent un caractère disproportionné par rapport au but poursuivi par le préfet du Rhône, dès lors qu'il doit pouvoir se déplacer en dehors du département de la Loire pour des motifs familiaux et professionnels ;

- et les observations de M. B, assisté de M. A D, interprète en langue arabe, qui déclare que sa sœur réside en région parisienne et que ses employeurs lui demandent régulièrement de se déplacer aux alentours du département de la Loire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 4 février 1997, déclare être entré sur le territoire français le 30 août 2021. Le 10 janvier 2022, l'intéressé a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile auprès des services de la préfecture du Rhône. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation des données dactyloscopiques enregistrées dans la base de données centrale et informatisée du système " Eurodac " a révélé que ses empreintes digitales ont été relevées le 17 août 2021 par les autorités de contrôle compétentes en Italie, après qu'il ait franchi irrégulièrement la frontière de ce pays. Saisies d'une demande de prise en charge de M. B le 7 février 2022, les autorités italiennes ont implicitement accepté la requête du préfet du Rhône le 8 avril suivant. L'intéressé ne s'étant pas présenté à ses troisièmes et septièmes convocations au pôle régional Dublin les 12 avril et 8 août 2022, le préfet du Rhône a informé les autorités italiennes, le 12 septembre suivant, de ce qu'il était déclaré en fuite et de ce que son délai de transfert était prolongé jusqu'au 8 octobre 2023. Après que M. B ait été interpellé par les services de la police nationale et placé en garde à vue le 11 septembre 2022 pour des faits de violences aggravées, par un arrêté du 14 septembre suivant, notifié le jour-même à l'intéressé, le préfet du Rhône a décidé de son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Parallèlement, par un arrêté du même jour, également notifié à M. B le jour-même, cette autorité l'a assigné à résidence dans le département de la Loire pour une durée de quarante-cinq jours. Enfin, par un arrêté du 16 janvier 2023, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a de nouveau assigné M. B dans le département de la Loire pour une durée de quarante-cinq jours.

2. En vertu des dispositions de l'article L. 573-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge () en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 peut être assigné à résidence selon les modalités prévues aux articles L. 751-2 à L. 751-7. ". Selon les termes de l'article L. 751-2 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge () peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. / () L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. / L'étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article ou placé en rétention administrative, n'a pas déféré à la décision de transfert dont il fait l'objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire peut être à nouveau assigné à résidence en application du présent article. ". L'article L. 751-4 de ce code prévoit que : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles () L. 732-3, () L. 733-1 à L. 733-4 () sont applicables. / Toutefois, pour l'application du second alinéa de l'article L. 732-3, l'assignation à résidence est renouvelable trois fois. ". Et aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir assigné M. B à résidence dans le département de la Loire pour une durée de quarante-cinq jours le 14 septembre 2022, l'autorité préfectorale a décidé, par l'arrêté contesté du 16 janvier 2023, de l'assigner à résidence dans le même département " pour une deuxième période " de quarante-cinq jours, en lui interdisant de le quitter sans autorisation et en l'astreignant à se présenter une fois par semaine, les lundis, à 8 heures 30, au commissariat de police central de Saint-Étienne situé 990 cours Fauriel. Contrairement aux mentions portées sur l'arrêté attaqué et à ce que fait valoir le préfet du Rhône en défense, cet arrêté ne peut être regardé comme procédant au " renouvellement " de la précédente mesure d'assignation à résidence dont le requérant avait fait l'objet le 14 septembre 2022, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et constitue dès lors une nouvelle assignation à résidence prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 751-2 du même code. Toutefois, si M. B, qui ne conteste pas le principe de son assignation à résidence, soutient qu'il doit pouvoir se déplacer en dehors du département de la Loire pour des motifs familiaux et professionnels, dès lors que sa sœur réside en région parisienne et que ses employeurs lui demandent régulièrement de se rendre aux alentours de ce département, il n'apporte pas le moindre commencement de preuve à l'appui de ses allégations de nature à démontrer que les modalités de cette assignation présenteraient un caractère disproportionné par rapport au but poursuivi par l'autorité préfectorale, alors au demeurant qu'il ressort du procès-verbal de son audition par les services de la police nationale le 11 septembre 2022 que l'intéressé avait déclaré, d'une part, ne pas avoir vu sa sœur, résidant à Tours, depuis dix ans et, d'autre part, être sans profession et travailler sur les marchés sans plus de précisions. Au surplus, le requérant n'établit ni même n'allègue être dans l'impossibilité de solliciter l'autorisation du préfet du Rhône pour quitter le cas échéant le département de la Loire. Par suite, le moyen tiré du caractère disproportionné des modalités de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

C. C

La greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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