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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300342

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300342

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2023, M. H G, représenté par Me Laforet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2023 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- il appartient au préfet de justifier des délégations de compétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 19 janvier 2023, le préfet de la Haute-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué à Mme Boulay les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 20 janvier 2023, Mme Boulay a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Laforet, avocat de M. G, qui a abandonné le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, a repris les autres moyens soulevés dans la requête, et soutenu que le requérant est protégé de l'éloignement en qualité de parent d'enfant français, qu'il entretient des liens réguliers avec ses deux enfants, qu'il justifie d'une intégration professionnelle en France et qu'il a été relaxé des accusations de mariage frauduleux ;

- les observations de M. G, requérant ; il a soutenu qu'il avait des difficultés à contacter la mère de sa fille, qu'il s'occupe très régulièrement de son fils, qui vit à proximité de son domicile et qu'il emmène au collège et aux entrainements sportifs ;

- les observations Me Morisson-Cardinaud, substituant Me Tomasi, pour le préfet de la Haute-Loire, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés et soutient en outre que M. G n'a pas contesté la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet, qu'il ne justifie pas de la réalité des liens qu'il entretiendrait avec ses enfants et qu'il y a eu appel du jugement l'ayant relaxé des faits de mariage frauduleux.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant algérien né en 1986, entré en France en 2010, s'est vu délivrer une carte de résident de dix ans en mars 2020, qui lui a ensuite été retirée pour fraude. Il a fait l'objet d'une décision du préfet des Bouches-du-Rhone portant obligation de quitter le territoire français le 25 juin 2021. Par l'arrêté attaqué du 15 janvier 2023, le préfet de Haute-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 251-7 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

3. En premier lieu, d'une part, la décision attaquée vise les textes dont il est fait application. D'autre part, elle mentionne notamment les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. G, notamment la présence en France de ses deux enfants, ainsi que de son ex-épouse. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. G est le père de la jeune A I G, de nationalité française et née le 5 août 2014, qu'il a reconnue le 21 septembre 2016. Toutefois, le requérant, qui ne justifie pas disposer d'un droit de garde à son égard, a indiqué lui-même ne pas entretenir de liens réguliers avec sa fille, ne connaissant ni son adresse, ni sa date de naissance précise, et se borne à se prévaloir de deux virements effectués en 2021 au profit de la mère de cette enfant et d'un carnet de santé dont les mentions remontent à 2017 et d'une attestation de scolarité de 2017. Dans ces conditions, il n'est pas établi qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éduction de sa fille de nationalité française. Enfin, si le requérant est également le père d'un second enfant, le jeune B G né 21 février 2011, ce dernier ne dispose pas de la nationalité française. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devra être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

7. M. G se prévaut de la présence en France de ses deux enfants. Alors qu'il est constant que ceux-ci sont à la charge de leurs mères, M. G ne justifie pas des liens réguliers qu'il invoque par la seule production de deux virements effectués en 2021 au profit de Mme E C, mère de la jeune A C G, et d'un carnet de santé dont les dernières mentions remontent à 2017 et d'une attestation de scolarité de 2017. S'il indique être en lien régulier avec le jeune B J G, âgé de 11 ans et également de nationalité algérienne, ces seuls éléments ne permettent pas de considérer que le préfet de la Haute-Loire aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant en l'obligeant à quitter le territoire français.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il résulte de ce qui a été énoncé au point 8, et alors que M. G ne conteste pas être séparée de son ex-compagne, Mme F, et disposer d'attaches familiales en Algérie, que le préfet de la Haute-Loire n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Il n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Enfin, il résulte de ce qui a été énoncé aux points 7 et 9, et alors que M. G ne justifie pas de son intégration professionnelle en France, que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation devra être écarté.

En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

12. Pour refuser d'accorder à M. G un délai de départ volontaire, le préfet de la Haute-Loire s'est fondé sur la circonstance que le requérant s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, prise à son encontre le 25 juin 2021 par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône, suite au retrait de sa carte de résident pour cause de mariage frauduleux. Alors que le requérant se borne à se prévaloir de la présence en France de ses deux enfants et bien qu'il justifie d'une adresse à Marseille, le préfet de la Haute-Loire a pu légalement considérer qu'il y avait urgence à éloigner M. G du territoire français et par suite, l'obliger à quitter le territoire français sans délai.

En ce qui concerne le pays de destination :

13. M. G se prévaut à l'encontre de la décision fixant le pays de destination des moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ces moyens ne sont assorties d'aucune argumentation spécifique à la décision attaquée et devront dès lors et en tout état de cause, être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 3 à 10.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

15. M. G soutient que la durée d'interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois est disproportionnée au regard de sa situation personnelle. Il est constant qu'une telle mesure est de nature à lui interdire de rendre visite à ses deux enfants résidant en France pour une durée supérieure à un an. Par ailleurs, le requérant justifie de la résidence effective et stable à Marseille, où réside également son fils, avec lequel il entretient des relations régulières. Enfin, la seule mise en cause dont il a fait l'objet pour des faits de mariage frauduleux, et pour lesquels il a été relaxé par un jugement du tribunal correctionnel de Marseille du 10 juin 2022, et sa soustraction à une précédente mesure d'éloignement, ne sont pas de nature à permettre de considérer que sa présence en France constituerait une menace pour l'ordre public. Par suite, la décision en litige, qui lui interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois et induit ainsi une séparation prolongée entre le requérant et ses enfants, est entachée d'une erreur d'appréciation. Il s'ensuit que M. G est fondé à en demander l'annulation pour ce motif.

16. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 15 janvier 2023 du préfet de la Haute-Loire doit être annulé en tant qu'il interdit à M. G de revenir sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. G présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Loire est annulé en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. H G et au préfet de la Haute-Loire.

Jugement rendu en audience publique, le 20 janvier 2023.

La magistrate désignée,

P. Boulay

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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