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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300356

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300356

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBOUHALASSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 janvier 2023 et le 19 janvier 2023, M. C D, représenté par Me Laforet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 janvier 2023 par laquelle le préfet du Rhône a décidé son transfert aux autorités maltaises pour l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'annuler la décision du 16 janvier 2023 par laquelle le préfet du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile, ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois.

Il soutient que :

- la décision portant remise aux autorités maltaises est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'entretien prévu à l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 n'a pas été menée par une personne qualifiée en vertu du droit national ;

- elle méconnaît l'article 17 du règlement UE n° 604/2013 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a notamment des problèmes de santé ;

- elle méconnaît l'article 3-2 du règlement UE n° 604/2013 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il a subi des mauvais traitements de la part des autorités maltaises ;

- la décision l'assignant à résidence devra être annulée par voie de conséquence de la décision de remise aux autorités maltaises.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 janvier 2023 et le 20 janvier 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué à Mme A les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 20 janvier 2023, Mme A a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Laforet, avocate de M. D, qui a repris les moyens soulevés dans la requête et soutenu en outre que les conditions d'accueil des demandes d'asile à Malte étaient particulièrement dégradées, dans un contexte de détention systématique ;

- les observations de M. D, requérant, assisté de M. B interprète en langue anglaise ; il a soutenu qu'il a été victime de mauvais traitements lors de sa détention de neuf mois à Malte, et privé des soins nécessaires à ses problèmes d'hypertension ;

- le préfet du Rhône n'était, ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant sierra-léonais né en 1975, entré irrégulièrement en France le 28 juin 2022 a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile auprès des autorités françaises et s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile le 12 juillet 2022. La consultation des données de l'unité centrale Eurodac lors de l'instruction de cette demande a révélé que le requérant a sollicité l'asile auprès des autorités maltaises le 16 décembre 2019. Les autorités maltaises, saisies le 4 août 2022 par le préfet du Rhône d'une demande de reprise en charge de l'intéressé, en application de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013. Ces autorités ont donné leur accord explicite le 9 août 2022 pour la réadmission du requérant en application de l'article 25 du règlement (UE) n° 604/2013. Par décision du 16 janvier 2023, le préfet du Rhône a décidé de remettre M. D aux autorités maltaises et, par une décision du même jour, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. D demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la décision de remise aux autorités maltaises :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, précise que la consultation du fichier européen Eurodac a fait apparaître que M. D a demandé l'asile à Malte le 16 décembre 2019 et que les autorités maltaises, ainsi responsables de sa demande d'asile, avaient accepté de le reprendre en charge. Il précise en outre que le requérant ne fait pas état d'élément relatif à une situation médicale particulière, ni n'a déclaré de vulnérabilité. Il est par suite suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, selon les termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. D a bénéficié d'un entretien le 12 juillet 2022 avec un agent du service compétent de la préfecture du Rhône, qui est un agent qualifié au sens du point 5 de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. L'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'exige pas que le résumé de l'entretien individuel mentionne l'identité et la qualité de l'agent qui l'a mené. Un entretien ne revêtant pas le caractère d'une décision administrative, il est sans incidence sur sa régularité que l'agent de la préfecture qui l'a conduit soit titulaire d'une délégation de signature tandis que son habilitation et sa qualification résultent de son affectation dans le service chargé du traitement des demandes d'asile et de son appartenance à un corps de la fonction publique lui donnant vocation à instruire de telles demandes sous l'autorité du préfet. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en ce que l'agent ayant conduit l'entretien ne serait pas compétent, doit être écarté.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ". Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. () / 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen. Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable ". Par ailleurs, son article 17 prévoit que : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".

7. Il résulte de ces dispositions que la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Cette possibilité doit en particulier être mise en œuvre lorsqu'il y a des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé courra, dans le pays de destination, un risque réel d'être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D fait l'objet d'un suivi médical depuis son arrivée en France, au mois d'août 2022. Toutefois, il ne justifie pas, par ses seules allégations, que ce suivi ne pourrait pas se poursuivre à Malte. Par ailleurs, le requérant n'apporte pas d'élément à l'appui de ses allégations d'après lesquelles il aurait fait l'objet de mauvais traitements de la part des autorités maltaises, faute d'accès à une alimentation suffisante ou aux soins nécessités par son état de santé, au cours de sa détention dans ce pays. Dès lors, il n'apporte aucun élément de nature à établir que les conditions dans lesquelles il a été pris en charge à Malte justifieraient que la France devienne responsable de sa demande d'asile à titre dérogatoire. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 17 du règlement UE n° 604-213 et de l'erreur manifeste d'appréciation devront être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne pourra qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 janvier 2023 ordonnant sa remise aux autorités maltaises.

Sur l'assignation à résidence :

10. En l'absence d'illégalité de l'arrêté de remise aux autorités maltaises, le moyen tiré de l'illégalité de l'arrêté portant assignation à résidence par voie de conséquence de la précédente doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

La magistrate désignée,

P. A

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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