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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300424

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300424

lundi 23 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300424
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023 ainsi que des pièces complémentaires enregistrées les 20 et 23 janvier 2023, M. E D, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125), représenté par Me Vray, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 17 janvier 2023 par lesquelles le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trente-six mois en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission C le système d'information Schengen (SIS) ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à la percevoir la part contributive versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

M. D soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant tout délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et revêt un caractère disproportionné ;

- son signalement à fin de non-admission C le SIS l'empêchera d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue une mesure d'expulsion automatique C tout l'espace Schengen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 23 janvier 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme F pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 23 janvier 2023, Mme Collomb, magistrate désignée, a présenté son rapport, et entendu :

- les observations de Me Vray, représentant M. D, qui soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier et personnel de la situation de M. D dès lors que la préfecture du Rhône n'a pris en compte la circonstance que Mme B bénéficie depuis le mois d'octobre 2022 d'un droit au séjour sur le territoire français ; que cette décision méconnaît également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- les observations de M. D assisté de M. A H , interprète en langue arabe, qui indique qu'il réside avec son épouse et leurs deux enfants au 7 A cité Ambroise Croizat à Givors et qu'il a, par erreur, indiquer résider au 21 cité Yves Farges à Givors lors de son audition par les services de police le 17 janvier 2023 dès lors qu'il a déménagé cité Ambroise Croizat il y a quelques mois ;

- et les observations de Mme B, épouse de M. D, qui indique avoir quitté le domicile conjugal avec son fils cadet en 2021 en raison de difficultés conjugales avec son époux et des violences dont elle a été victime de la part de ce dernier et qu'elle a été hébergée pendant plusieurs mois C foyer à Saint-Etienne. Elle a toutefois regagné le domicile conjugal au mois de septembre dernier, lors de l'entrée en CP de leur fils aîné, C l'intérêt de leurs deux enfants et à la suite d'une procédure de médiation conjugale organisée par un service de la métropole de Lyon.

La préfecture du Rhône n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, né le 11 août 1983, déclare être entré en France en 2016. Il s'est vu refuser, le 20 mars 2017, le renouvellement de son attestation de demande d'asile et cette décision a été confirmée par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 15 mars 2018. Le requérant a fait l'objet, le 18 octobre 2018, d'une décision portant refus de titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 15 octobre 2019. Il a ensuite fait l'objet, le 25 mai 2020, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Lyon le 8 décembre 2020, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de 24 mois qui lui a été notifiée le 30 novembre 2021 et d'un arrêté d'assignation à résidence en date du 25 janvier 2022, notifié le même jour et dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 31 janvier 2022. Par un arrêté du 17 janvier 2023, le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission C le système d'information Schengen (SIS). Par un arrêté du même jour, la même autorité a décidé de le maintenir C un centre ne relevant pas de l'administration pénitentiaire pour une durée de quarante-huit heures, prolongée pour une durée de vingt-huit jours par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon. M. D demande l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Pour édicter à l'encontre de M. D les décisions attaquées, le préfet du Rhône a rappelé que le requérant a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement, en dernier lieu le 30 novembre 2021, qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de conduite, à trois reprises, d'un véhicule sans permis, refus par le conducteur d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, usage illicite de stupéfiants et violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité à deux reprises, qu'il ne peut justifier d'un hébergement stable et établi sur le territoire national ni de la réalité de ses moyens d'existence effectifs ainsi que de garanties de représentation effectives suffisantes, qu'il déclare ne pas vouloir rester en Algérie et rester en France et être marié avec Mme G B, de nationalité algérienne " elle aussi en situation irrégulière ", qui a déjà porté plainte contre lui pour violences conjugales en 2021 et avoir deux enfants à charge. Au regard de ces éléments, le préfet du Rhône a estimé que les décisions en litige ne portaient pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. D C la mesure où ce dernier, se déclarant marié avec Mme B, elle aussi en situation irrégulière, et avoir deux à charge, ne justifiait pas de liens personnel et familial suffisamment ancré C la durée, stable et intense sur le territoire national et qu'il ne démontrait pas être C l'impossibilité de rejoindre son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence.

4. M. D soutient qu'il réside à Givors avec son épouse et leurs deux enfants, le premier étant scolarisé et le second accueilli à la crèche, et qu'il " travaille en tant que mécanicien pour subvenir aux besoins de sa famille ". Il ressort en effet des pièces du dossier que M D a épousé Mme B le 16 décembre 2017 à Givors et que le couple a deux enfants, nés en France les 13 avril 2016 et 26 juillet 2020. L'aîné des enfants est scolarisé en classe de cours préparatoire à l'école élémentaire publique Joliot Curie à Givors au titre de l'année scolaire 2022-2023. En outre, Mme B bénéficie, depuis le 27 octobre 2022, d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " et que ce titre, qui est valide jusqu'au 26 octobre 2023, lui a été délivré par la préfecture de la Loire. A la date des décisions contestées l'épouse du requérant bénéficiait ainsi, depuis plusieurs mois, d'un droit au séjour sur le territoire national et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le couple vivait séparé, l'intéressé ayant, au contraire, déclaré, le 17 janvier 2023, lors de son audition par les services de police, être marié à Mme B, que ce mariage a été célébré à Givors en 2017, que sa femme réside en France et qu'il vit " avec elle et mes enfants ". C ces conditions, il y a lieu de considérer que le préfet du Rhône n'a pas procéder à un examen complet de la situation personnelle de M. D. Par suite, ce dernier est fondé à soutenir que l'arrêté du 17 janvier 2023 est entaché d'une erreur de droit et doit, pour ce motif, être annulé.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les décisions du 17 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois sont annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. En application de ces dispositions, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Rhône de procéder au réexamen de la situation de M. D C un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, C l'attente, de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une quelconque astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. D ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, C les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à Me Vray, avocate de M. D, d'une somme de 1 000 euros à ce titre, sous réserve que M. D obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confié

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les décisions du 17 janvier 2023 par lesquelles le préfet du Rhône a obligé M. D à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination et a prononcé son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Rhône de réexaminer la situation de à M. D C un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, C l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Vray une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris C les dépens, sous réserve que M. D obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet du Rhône

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2023.

La magistrate désignée,

C. F

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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