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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300444

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300444

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300444
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Loire a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir :

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions combinées des articles L. 432-13 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baux a été entendu au cours de cette audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 30 avril 1987, de nationalité angolaise, déclare être entrée en France le 12 mars 2010, accompagnée de son fils mineur. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 14 juin 2011, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 janvier 2012. L'intéressée a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", valide du 11 septembre 2020 au 10 septembre 2021. Le 18 août 2021, elle en a sollicité le renouvellement. Par un courrier du 21 décembre suivant reçu en préfecture le 10 janvier 2022, la requérante a adressé aux services de la préfecture de la Loire une nouvelle demande de renouvellement de son titre de séjour ainsi qu'un changement de statut tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Le 6 avril 2022, l'intéressée s'est vue délivrer un récépissé de renouvellement de sa demande puis un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de prononcer l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Loire a implicitement rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". L'article R. 432-2 du même code dispose que : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ". En outre, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Selon les termes de l'article L. 211-5 de ce code : " " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Enfin, l'article L. 232-4 du même code précise que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ".

3. Mme B n'a pas demandé la communication des motifs de la décision implicite qu'elle conteste. Par suite le moyen tiré de ce que la décision en litige serait insuffisamment motivée est inopérant. En outre, en l'absence de tout examen, le moyen tiré de ce que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation est également inopérant. Ces deux moyens, ainsi articulés, ne peuvent donc qu'être écartés.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Selon les termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. Mme B fait état de ce que sa vie privée et familiale est désormais installée sur le territoire national dès lors d'une part, qu'elle y réside depuis plus de douze années, d'autre part, qu'elle y est parfaitement insérée, maîtrisant la langue française, disposant de son logement depuis 2018 et, étant titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée, à temps partiel, depuis le 29 novembre 2019. Toutefois, s'il est constant que la requérante a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", valide du 11 septembre 2020 au 10 septembre 2021, elle ne verse par ailleurs au débat, s'agissant des années précédentes, que de simples certificats de scolarité de son enfant et ne justifie d'une activité professionnelle que depuis le 2 décembre 2019 en qualité d'agent de service rémunéré, en produisant un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel, signé le 29 novembre 2019, l'attestation de son employeur datée du 19 août 2021 et trois bulletins de salaire pour l'année 2021 ainsi qu'un contrat de bail non daté. Enfin, si Mme B présente des pièces relatives à son intégration républicaine, il ressort toutefois de leur examen, d'une part, que l'acte d'engagement à respecter les valeurs de la République française n'est ni signé ni daté, d'autre part, que l'attestation d'assiduité et de sérieux de la formation civique datée du 5 juillet 2022 est postérieure à la décision attaquée, et enfin, que l'attestation de présence à la formation linguistique visant le niveau A1 du CECRL datant du 24 octobre 2022 fait état d'une participation à seulement 29,75% du forfait linguistique prescrit de 200 heures entre les 10 juin et 12 juillet 2022. Enfin, si Mme B soutient que la décision en litige préjudicierait à l'équilibre de son enfant, entré en France avec elle à l'âge de 3 ans et y étant scolarisé depuis lors, dès lors que l'intérêt supérieur d'un enfant est de demeurer aux côtés de ses parents et qu'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'enfant de la requérante ne pourrait l'accompagner en cas de retour dans son pays d'origine, l'ensemble des membres de la famille étant tous de même nationalité, la requérante ne justifie pas de ce qu'en refusant de délivrer le titre demandé, le préfet de la Loire aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, dès lors que Mme B n'établit pas que sa vie privée et familiale ne pourrait se poursuivre en Angola, où elle a vécu jusqu'à ses 23 ans, en dépit de sa durée de séjour sur le territoire français, eu égard à ses conditions de séjour, c'est sans porter une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale sur le territoire national que le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. Enfin, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ".

7. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour l'obtention d'un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de ce code, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour. Mme B ne remplissant pas les conditions pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais liés au litige.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

A. Baux

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

C. Bertolo

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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