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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300472

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300472

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2023, M. A C demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Il soutient que :

- le préfet devra justifier des délégations de signature ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, le préfet ayant retenu qu'il avait utilisé un faux acte de naissance alors qu'il a également remis son passeport considéré comme authentique ;

- elle méconnaît l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, par la voie de l'exception, compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, le préfet ayant retenu qu'il avait utilisé un faux acte de naissance alors qu'il a également remis son passeport considéré comme authentique ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a un caractère disproportionné.

Le préfet du Puy-de-Dôme a présenté des pièces qui ont été enregistrées le 23 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Reniez, première conseillère, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 24 janvier 2023, Mme Reniez, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Morel, avocat, représentant M. B, qui abandonne le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées, reprend des autres moyens de la requête, et ajoute, s'agissant de l'exception d'illégalité du titre de séjour, que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et une erreur d'appréciation en retenant que son comportement constituait une menace pour l'ordre public, s'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire que sa demande de titre de séjour n'est pas frauduleuse et qu'il n'existe pas de risque de soustraction à la mesure d'éloignement dès lors qu'il justifie d'un hébergement, que le préfet ne pouvait retenir qu'il avait fait usage de faux documents d'état civil, que son passeport est authentique ;

- les observations de M. B ;

- les observations de Me Morisson-Cardinaud, substituant Me Tomasi, représentant le préfet du Puy-de-Dôme, qui conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais (République du Congo), retenu au centre de rétention de Lyon Saint-Exupéry, conteste l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur l'étendue du litige :

3. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.

4. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, lorsque l'étranger, placé en rétention ou assigné à résidence, a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire français.

5. En l'espèce, en raison de la mesure de placement en rétention prononcée à l'encontre du requérant par arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 18 janvier 2023, il y a lieu pour le juge compétent au titre des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de statuer sur les conclusions, enregistrées au tribunal administratif de Lyon le 20 janvier 2023, à fin d'annulation des décisions du 18 janvier 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a obligé M. B à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. En revanche, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour relèvent de la compétence de la formation collégiale du tribunal de céans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français :

6. En premier lieu, les décisions litigieuses comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, et dès lors que le préfet du Puy-de-Dôme n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle du requérant, elles sont suffisamment motivées.

7. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant d'édicter les décisions contestées. Le moyen tiré du défaut d'examen doit par suite être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

S'agissant de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour :

8. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour vise notamment les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose les raisons pour lesquelles M. B ne peut bénéficier d'un titre de séjour sur ce fondement et précise qu'il ne peut se prévaloir de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire français et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision de refus de titre de séjour que le préfet du Puy-de-Dôme a examiné la situation de M. B. Le moyen tiré du défaut d'examen doit par suite être écarté.

10. En troisième lieu, M. B, qui a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement soutenir que la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne constituent pas un fondement de la décision de refus de titre de séjour.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / () ".

12. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".

13. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger et rédigé dans les formes usitées dans le pays concerné peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

14. A l'appui de sa demande de titre de séjour, M. B a produit le volet n° 1 d'un acte de naissance, un extrait d'acte de naissance et un passeport. Le préfet du Puy-de-Dôme, pour remettre en cause la force probante de ces documents, s'est fondé sur l'expertise de ces documents effectuées par la cellule fraude documentaire et à l'identité de la direction zonale de la police aux frontières de la zone Sud-Est, qui a constaté des irrégularités. Selon le rapport de cette expertise le support du volet n° 1 de l'acte de naissance présente des anomalies au niveau de la dentelure présente sur le bord gauche et du cachet du tribunal d'instance, il ne comporte pas la signature du déclarant ainsi que l'heure d'établissement de l'acte et comporte une présence non-conforme de blancs au regard du droit applicable. S'agissant de l'extrait de naissance, le rapport précise notamment que le support n'est pas conforme et qu'il n'est pas cohérent que l'extrait ait été délivré par une mairie se situant dans un autre arrondissement que celle ayant délivré l'acte de naissance. Par ailleurs, selon la fiche de liaison produite, les autorités congolaises ont indiqué que la copie de l'acte de naissance n'était pas conforme à leurs archives. Le préfet du Puy-de-Dôme a pu en déduire que les documents d'état civil produits à l'appui de la demande de titre de séjour ne pouvaient par suite être regardés comme faisant foi. Si M. B se prévaut du caractère authentique de son passeport, relevé par le rapport de la cellule de fraude documentaire, ce document, qui ne constitue pas un acte d'état civil, n'est pas de nature à justifier de son âge alors qu'il n'est pas sérieusement contesté qu'il a été établi sur le fondement des actes d'état civil considérés comme n'étant pas probants. Dès lors, le préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas commis d'erreur de fait en estimant que les documents d'états civils qui lui étaient présentés étaient entachés de fraude, était fondé à considérer que le requérant ne justifiait pas être entré sur le territoire français avant l'âge de treize ans. Par suite, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

16. Pour refuser la demande de titre de séjour présentée par M. B, le préfet du Puy-de-Dôme s'est également fondé sur la circonstance que le comportement de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public. Il n'est pas contesté que le requérant a été condamné par le tribunal pour enfants de D le 28 mai 2020 pour des faits de vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours aggravé par une autre circonstance et usage de stupéfiants, le 23 novembre 2021 pour des faits de vol en réunion et avec violences n'ayant pas entraîné d'ITT, le 1er février 2022 pour des faits de sévices graves ou acte de cruauté envers un animal domestique, le 15 novembre 2022 pour des faits de rébellion et de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Par ailleurs, il est défavorablement connu des services de police pour de multiples infractions. Eu égard à la nature, à la gravité et au caractère répété et récent des faits reprochés, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet du Puy-de-Dôme a estimé que la présence de M. B constitue une menace pour l'ordre public.

17. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ".

18. Si M. B indique avoir sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'apporte aucun élément permettant de l'établir. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 14, M. B ne remplit pas les conditions de délivrance du titre de séjour prévu par l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ne peut par suite qu'être écarté.

19. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

20. M. B fait valoir qu'il est arrivé sur le territoire français avant l'âge de treize ans avec sa mère, ses frères et sa petite sœur. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 14, il n'est pas établi qu'il serait arrivé en France avant l'âge de treize ans. Il est célibataire sans charge de famille. S'il indique avoir une relation avec une ressortissante française depuis trois ans, il n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence et l'ancienneté de cette relation. Par ailleurs, il n'est pas contesté que sa mère est en situation irrégulière et il a déclaré lors de son audition par les services de police que son père, ses oncles et ses tantes résidaient au Congo. Il n'est ainsi pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Il ne justifie pas en outre d'une insertion particulière sur le territoire français où il a commis plusieurs infractions ainsi qu'il a été dit au point 16. Dans ces conditions, même s'il est constant que le requérant est arrivé en France en 2016, la décision de refus de titre de séjour n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

21. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour invoquée à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

S'agissant des autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

22. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14, le moyen tiré de l'erreur de fait qu'aurait commise le préfet en retenant le caractère frauduleux des documents d'état-civil du requérant ne peut en tout état de cause qu'être écarté.

23. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposées au point 20, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

24. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

25. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

26. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B sur le fondement des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le préfet du Puy-de-Dôme a considéré que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, que sa demande de titre de séjour était frauduleuse et qu'il existait un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il a explicitement indiqué qu'il ne quitterait pas la France en cas de mesure d'éloignement, qu'il a fait usage de faux documents d'état-civil et qu'il n'établit pas disposer d'une résidence effective et stable à un local affecté à son habitation principale.

27. Compte tenu de ce qui a été dit au point 14, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet du Puy-de-Dôme a pu légalement estimer que sa demande de titre de séjour était frauduleuse et qu'il a fait usage de faux documents d'état-civil. Par ailleurs, compte tenu de ce qui a été dit au point 16, le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public et il n'est pas contesté qu'il a explicitement déclaré qu'il n'accepterait pas de retourner dans son pays d'origine en cas de mesure d'éloignement prise à son encontre. A supposer même que le requérant justifierait d'un hébergement stable, il résulte de l'instruction que le préfet du Puy-de-Dôme aurait pris la même décision en se fondant sur les autres motifs de la décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

28. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

29. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

30. Si M. B, qui est entré sur le territoire français en 2016, se prévaut de la présence de sa mère, de ses frères et de sa petite-sœur, il n'est pas contesté que sa mère se trouve en situation irrégulière et il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. S'il indique être en couple avec une ressortissante française, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Par ailleurs, compte tenu de ce qu'il a été dit au point 14, il ne justifie pas de l'âge auquel il est arrivé sur le territoire français. Il ne justifie pas davantage d'une insertion particulière sur le territoire français où il a déjà été condamné à plusieurs reprises et est connu défavorablement des services de police pour de nombreuses infractions. Compte tenu de ce qui a été dit au point 16, son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dans les circonstances de l'espèce, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas méconnu les dispositions précitées en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, durée qui ne présente pas en l'espèce de caractère disproportionné.

31. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

32. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du 18 janvier 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a obligé M. B à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour sont renvoyées en formation collégiale.

Article 3 : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Lu en audience publique le 24 janvier 2023.

La magistrate désignée,

E. Reniez

La greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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