jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300573 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | DACHARY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 et 27 janvier 2023, Mme C E, déclarant résider chez M. B au 80 rue d'Inkermann à Lyon (69006), représentée par Me Dachary, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler :
- les décisions du 23 janvier 2023 par lesquelles le préfet de la Dordogne l'a obligée à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être renvoyée, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;
- l'arrêté du 23 janvier 2023 par lequel le préfet du Rhône l'a assignée à résidence dans le département du Rhône pour une durée maximale de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour Me Dachary de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Elle soutient que :
en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision n'est pas suffisamment motivée, notamment en ce qui concerne sa situation personnelle et sa relation de concubinage ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier, notamment en ce qui concerne sa situation familiale ;
- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard à son isolement au Maroc, à la présence de ses frères en France et à sa relation avec un ressortissant algérien titulaire d'une carte de résident ;
- la décision, qui emporte des conséquences graves sur sa situation personnelle, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
en ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision n'est pas suffisamment motivée, notamment en ce qui concerne sa situation personnelle et sa relation de concubinage ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier, notamment en ce qui concerne sa situation familiale ;
- en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire au motif qu'elle présente un risque de soustraction à la mesure d'éloignement, alors qu'elle ne s'est jamais soustraite à une précédente mesure d'éloignement, qu'elle entretient une relation avec un ressortissant algérien titulaire d'une carte de résident qui dispose d'une adresse stable et qu'elle a remis son passeport, le préfet de la Dordogne a méconnu les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision n'est pas suffisamment motivée, notamment en ce qui concerne sa situation personnelle et sa relation de concubinage ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier, notamment en ce qui concerne sa situation familiale ;
- en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, alors que ses frères et son concubin résident en France, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
en ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle l'assigne à résidence à une adresse qui n'est pas son domicile ;
- en prévoyant une obligation de présentation deux fois par semaine, le préfet du Rhône a adopté une décision disproportionnée.
Des pièces ont été produites le 26 janvier 2023 par le préfet de la Dordogne et par le préfet du Rhône.
Par des mémoires en défense enregistrés le 26 janvier 2023, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que :
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français ont été signées par une autorité disposant d'une délégation de signature régulière pour ce faire ;
- ces décisions sont suffisamment motivées et ne sont entachées d'aucun défaut d'examen ;
- la décision est fondée sur le 2° du l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'intéressée se maintient en situation irrégulière sur le territoire français ;
- compte tenu de la situation de Mme A E, entrée à 40 ans en France et entretenant une relation récente avec un ressortissant algérien, la décision d'éloignement ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle ne méconnaît pas les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions portant de refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français s'imposaient eu égard à la situation de l'intéressée.
Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme MAUBON pour statuer au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 27 janvier 2023, Mme Maubon, magistrate désignée, a présenté son rapport, et entendu :
- les observations orales de Me Dachary, représentant Mme A E, qui reprend les conclusions et les moyens de la requête ; elle souligne que la situation personnelle de la requérante n'a pas été suffisamment prise en considération et que les décisions portent une atteinte excessive à sa vie privée et familiale puisqu'elle n'a plus de foyer au Maroc et qu'elle a un projet avancé de mariage et d'enfant avec son conjoint, qui n'a pas la même nationalité qu'elle ;
- les observations orales de Mme A E, requérante, assistée par Mme G, interprète en langue arabe ; elle expose qu'elle a quitté le Maroc à la suite du décès de sa mère et du remariage de son père, que ses deux frères vivent en France, qu'elle entretient une relation de concubinage avec un ressortissant algérien, titulaire d'une carte de résident de dix ans et d'un contrat de travail, depuis un an et demi et qu'elle souhaite rester en France auprès de lui ;
- le préfet de la Dordogne n'étant ni présent ni représenté ;
- le préfet du Rhône n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, le 27 janvier 2023 à 10 heures 50.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E, ressortissante marocaine née le 17 septembre 1980 déclare être entrée sur le territoire français en 2020. Par un arrêté du 23 janvier 2023, le préfet de la Dordogne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel Mme A E sera susceptible d'être renvoyée et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. Par un arrêté du même jour, le préfet du Rhône a décidé de l'assigner à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours. Ces deux arrêtés lui ont été notifiés le 23 janvier 2023. Mme A E demande l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de faire droit à la demande de Mme A E tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour () ; / () ".
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / (). ". L'arrêté du préfet de la Dordogne mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, relève que Mme A E a produit un passeport ne comportant aucune preuve de son entrée en France et qu'elle se maintient irrégulièrement en France depuis 2020 sans document de séjour, permettant à l'intéressée de contester utilement la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet, l'arrêté faisant en outre référence de manière précise et circonstanciée à sa situation personnelle. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des mentions de la décision contestée que le préfet de la Dordogne, qui n'était pas tenu d'indiquer l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme A E, laquelle n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, a pris en compte l'ensemble des éléments de sa situation personnelle dont il avait connaissance à la date de sa décision. La mention de son état " célibataire " ne révèle aucun défaut d'examen de sa situation conjugale, dès lors que Mme A E n'est pas mariée civilement avec son concubin. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
7. Mme A E fait état de ce que sa vie privée et familiale se situe en France, où elle séjourne depuis 2020 après avoir quitté son pays d'origine en 2019 et avoir vécu en Espagne, où vivent ses deux frères et où elle a rencontré son conjoint de nationalité algérienne avec lequel elle est mariée religieusement et partage le foyer depuis l'été 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A E, qui ne justifie pas de son entrée régulière sur le territoire français, s'y est maintenue sans chercher à régulariser sa situation administrative. Si elle soutient n'être plus la bienvenue au Maroc à la suite du décès de sa mère et du remariage de son père, elle ne conteste pas y avoir vécu jusqu'à l'âge de trente-neuf ans et y conserver des attaches, malgré le départ de ses frères en France, d'une sœur en Espagne et d'une sœur aux États-Unis. Célibataire et sans charge de famille, elle se prévaut uniquement de liens avec ses frères établis à Bordeaux et avec son concubin de nationalité algérienne titulaire d'un certificat de résidence en France avec lequel elle entretient une relation conjugale depuis un an et demi seulement à la date de la décision attaquée. Ainsi, Mme A E n'apporte pas la preuve qui lui incombe que le centre de ses intérêts privés et familiaux serait désormais situé en France. Dans ces conditions, le préfet de la Dordogne n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.
8. En dernier lieu, les circonstances dont fait état Mme A E, rappelées aux points précédents, et notamment sa relation de concubinage stable avec une personne d'une nationalité différente de la sienne, ne sont pas suffisantes pour constituer des circonstances particulières de nature à entacher la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ".
11. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.
12. La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, qui mentionne les dispositions du 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et qui relève que Mme A E ne justifie d'aucune circonstance particulière pour s'être maintenue irrégulièrement sur le territoire français et n'avoir jamais sollicité de titre de séjour, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est dès lors suffisamment motivée.
13. La circonstance que le préfet n'a mentionné ni la relation de concubinage entretenue par Mme A E ni la présence de ses frères en France ne révèle aucun défaut d'examen de sa situation personnelle, qu'elle a au demeurant porté à la connaissance de l'administration lors de son audition par les services de police. Le moyen doit donc également être écarté.
14. Il n'est pas contesté par la requérante qu'elle s'est maintenue irrégulièrement en France sans solliciter de titre de séjour. Ainsi, quelles que soient les garanties de représentation dont la requérante dispose, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-3, dont le 2° prévoit la possibilité de ne pas accorder de délai de départ volontaire dans une telle hypothèse, doit être écarté.
15. En dernier lieu, les circonstances dont fait état Mme A E, notamment sa relation de concubinage stable avec une personne en situation irrégulière, la nécessité d'organiser son départ correctement et le fait qu'elle ait spontanément transmis son adresse et son passeport, ne sont pas suffisantes pour constituer des circonstances particulières de nature à entacher la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :
16. En l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.
17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
18. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français, qui mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, qui relève l'entrée en France récente de Mme A E et l'absence de précédente mesure d'éloignement et qui apprécie la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est dès lors suffisamment motivée.
19. La circonstance que le préfet n'a mentionné ni la relation de concubinage entretenue par Mme A E ni la présence de ses frères en France ne révèle aucun défaut d'examen de sa situation personnelle. Le moyen doit donc également être écarté.
20. Il ressort des pièces du dossier que Mme A E déclare être entrée en France en 2020 soit depuis moins de trois ans à la date de la décision attaquée, qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante ans hors de France, qu'elle n'a pas cherché à régulariser sa situation, qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement avant la décision litigieuse et qu'elle entretient une relation avec un ressortissant algérien depuis environ un an et demi. S'il n'apparaît pas que Mme A E constituerait une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle dispose d'attaches fortes et pérennes en France, dès lors qu'elle y est présente depuis trois ans environ, ayant résidé trente-neuf ans dans son pays d'origine, où demeure son père selon ses déclarations. Dans ces conditions, au regard des critères listés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Dordogne n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre de Mme A E une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ans, soit le sixième de la durée maximale pouvant être prononcée dans cette hypothèse. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans l'application des articles précités doit donc être écarté.
21. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté, l'urgence du projet de conception d'enfant du couple n'étant pas suffisamment établie par les pièces produites.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
22. En l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant assignation à résidence ne peut qu'être écarté.
23. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5, définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. "
24. Il ressort des pièces du dossier que l'article 1er de l'arrêté d'assignation à résidence édicté par le préfet du Rhône le 23 janvier 2023 assigne Mme A E " dans le département du Rhône et à son domicile " situé à " Saint-Priest " pour une durée maximale de 45 jours, " où elle est autorisée à circuler munie des documents justifiant de sa situation administrative ". Il résulte des dispositions citées au point précédent, qui imposent que le domicile de l'intéressé soit situé au sein du périmètre d'assignation, ainsi que des termes de l'arrêté d'assignation du 23 janvier 2023 tels que précédemment cités, qui autorisent Mme A E à circuler dans le périmètre d'assignation, que le périmètre d'assignation de Mme A E est celui du département du Rhône, et pas celui de son seul domicile. La mention d'une adresse qui n'est pas celle du domicile de Mme A E, qui a déclaré une résidence stable à Lyon et pas à Saint-Priest, résulte d'une erreur matérielle, dont il est loisible à la requérante de solliciter la rectification, sans incidence sur la légalité de la décision d'assignation à résidence. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté. Le préfet du Rhône, qui dispose de l'adresse de Mme A E à Lyon dès lors que celle-ci l'a déclarée lors de son audition par les services de police, n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
25. Enfin, l'obligation de présentation deux fois par semaine, les lundis et jeudis, n'est pas disproportionnée à la situation personnelle de Mme A E, qui ne fait valoir aucune circonstance particulière faisant obstacle au respect de cette obligation, dont la fréquence n'apparaît pas excessive et respecte la limite d'une présentation par jour prévue à l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
27. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par Mme A E.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'avocate de Mme A E demande sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A E est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme A E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, au préfet de la Dordogne et à la préfète du Rhône.
Copie en sera adressée à Me Dachary.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.
La magistrate désignée,
G. MAUBON
La greffière,
G. MONTEZIN
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026