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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300655

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300655

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMAHDJOUB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 janvier 2023, M. B C, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. C soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus implicite d'admission au séjour au regard des articles L. 521-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il a sollicité l'asile en France, qu'il est dans l'attente d'une décision et que l'article 33 de la convention de Genève proscrit l'expulsion ou le refoulement des réfugiés et des personnes en attente d'obtenir la qualité de réfugié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- la décision fixant le pays de destination contrevient aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pendant un an est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue la base légale ;

- elle ne respecte pas les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il justifie de circonstances humanitaires tenant à sa demande d'asile ; elle constitue une mesure disproportionnée puisqu'elle fait obstacle à ce qu'il puisse solliciter une protection internationale en cas de nouvelles menaces et que son comportement ne caractérise pas une menace à l'ordre public.

Des pièces ont été produites le 31 janvier 2023 par la préfète de la Loire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Vu la prestation de serment de M. A D, interprète en langue arabe.

La présidente du tribunal a délégué à Mme E les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 1er février 2023, Mme E a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Mahdjoub, avocate de M. C, qui a repris les moyens soulevés dans la requête et soutenu en outre que l'intéressé étant toujours demandeur d'asile, ainsi que l'atteste la procédure suivie par la préfecture de la Loire, la mesure d'éloignement, a fortiori à destination de l'Algérie, porte atteinte à un droit fondamental ;

- les observations de M. C, requérant, assisté de M. A D, interprète en langue arabe ; il a indiqué qu'il était venu en France pour travailler et " sauver sa vie " ;

- les observations de Me Tomasi pour la préfète de la Loire, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il est demandeur d'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 18 janvier 2000, demande l'annulation des décisions du 27 janvier 2023 par lesquelles la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé l'Algérie comme pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 visé plus haut : " L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / () b) reprendre en charge () le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui () se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre Etat membre ; () ". Aux termes de l'article 24 de ce règlement : " 1. Lorsqu'un État membre sur le territoire duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), se trouve sans titre de séjour et auprès duquel aucune nouvelle demande de protection internationale n'a été introduite estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / Par dérogation à l'article 6, paragraphe 2, de la directive 2008/115/CE (), lorsqu'un État membre sur le territoire duquel une personne se trouve sans titre de séjour décide d'interroger le système Eurodac (), la requête aux fins de reprise en charge d'une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b) ou c), du présent règlement ou d'une personne visée à son article 18, paragraphe 1, point d), dont la demande de protection internationale n'a pas été rejetée par une décision finale, est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac, en vertu de l'article 17, paragraphe 5, du règlement (UE) no 603/2013. / () / 3. Si la requête aux fins de reprise en charge n'est pas formulée dans les délais prévus au paragraphe 2, l'État membre sur le territoire duquel la personne concernée se trouve sans titre de séjour donne à celle-ci la possibilité d'introduire une nouvelle demande. / 4. Lorsqu'une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point d), du présent règlement dont la demande de protection internationale a été rejetée par une décision définitive dans un État membre, se trouve sur le territoire d'un autre État membre sans titre de séjour, ce dernier État membre peut soit requérir le premier État membre aux fins de reprise en charge de la personne concernée soit engager une procédure de retour conformément à la directive 2008/115/CE. / Lorsque le dernier État membre décide de requérir le premier État membre aux fins de reprise en charge de la personne concernée, les règles énoncées dans la directive 2008/115/CE ne s'appliquent pas. () ".

4. Par ailleurs, les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. En application des dispositions du point 4 de l'article 24 du règlement (UE) du 26 juin 2013, lorsqu'il a été définitivement statué au rejet sur sa demande d'asile, l'étranger peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

5. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'attestation de demandeur d'asile qu'il produit, que M. C a présenté une demande d'asile en France le 31 mars 2021. Il est apparu au cours de la procédure que les autorités espagnoles étaient responsables de cette demande. Elles ont accepté de prendre en charge l'intéressé le 14 mai 2021. M. C a rejoint l'Espagne le 10 février 2022 à la demande des autorités françaises. M. C, de retour en France quelques jours plus tard, a été assigné à résidence le 21 février 2022 mais a été déclaré en fuite, faute de respecter ses obligations de pointage. Interpellé le 25 janvier 2023, il a été placé le jour même en centre de rétention administrative dans le cadre de la procédure Dublin et une requête au fin de sa reprise en charge a été adressée aux autorités espagnoles sur le fondement du b) du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement du 26 juin 2013. Par courrier du 27 janvier suivant, les autorités espagnoles ont rejeté la demande au motif que l'Espagne n'était plus responsable de la demande d'asile de l'intéressé, dès lors que la requête au fin de reprise en charge de ce dernier, datée du 25 janvier 2023, avait été reçue plus de deux mois après la réception, le 31 mars 2021, du résultat positif Eurodac et qu'il appartenait désormais à l'État français d'examiner la demande, en application des dispositions du règlement n° 604/2013. Ainsi, alors qu'aucune pièce du dossier ne permet d'établir que la demande d'asile de M. C aurait été examinée, et a fortiori, définitivement rejetée, la situation du requérant n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la préfète de la Loire a commis une erreur de droit en prenant à l'encontre de M. C une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sur le fondement de cet article.

6. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision de la préfète de la Loire du 27 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions qui en découlent refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.

Sur les frais liés à l'instance :

7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement à Me Mahdjoub, avocate de M. C, d'une somme de 1 000 euros à ce titre, sous réserve que ce dernier obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

DÉCIDE :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les décisions de la préfète de la Loire du 27 janvier 2023 sont annulées.

Article 3 : L'État versera à Me Mahdjoub, avocate de M. C, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que M. C obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2023.

La magistrate désignée,

K. E

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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