vendredi 3 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300656 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | VILLARD MATHILDE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 28 janvier 2023, M. B A demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel le préfet de la Savoie lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. A soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle ne respecte pas les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il justifie de circonstances humanitaires y faisant obstacle ; elle constitue une mesure disproportionnée ; les faits qui lui sont reprochés sont insuffisants pour que son comportement soit qualifié de menace à l'ordre public.
Des pièces ont été produites le 31 janvier 2023 par le préfet de la Savoie.
II. Par une ordonnance du 30 janvier 2023, la vice-président de permanence du tribunal administratif de Grenoble a transmis au tribunal le dossier de la requête de M. B A.
Par une requête enregistrée le 29 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Villard, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel le préfet de la Savoie lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
3°) d'ordonner l'effacement de son signalement dans le fichier européen de non admission ;
4°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. A soutient que :
- l'interdiction de retour est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il a présenté un recours suspensif à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français pris par arrêté du 28 juin 2022, de sorte qu'il peut se maintenir sur le territoire jusqu'à la notification du jugement de cette requête ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est illégale, en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de l'arrêté du 28 juin 2022 ;
- le refus de titre de séjour est illégal : il n'est pas motivé ; il est entaché d'un défaut d'examen particulier ; il est entaché d'une erreur de fait ; il méconnaît l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ; il contrevient à l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire est illégale, du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ; elle n'est pas motivée ; elle contrevient à l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale, étant l'accessoire des deux décisions précédentes.
Des pièces ont été produites le 1er février 2023 par le préfet de la Savoie.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué à Mme C les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 1er février 2023, Mme C a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Mahdjoub, avocate de M. A, qui a repris les moyens soulevés dans les requêtes et a soutenu que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en insistant sur le caractère disproportionné de la mesure, au regard de son insertion sociale et alors que son comportement ne caractérise pas une menace à l'ordre public ;
- les observations de M. A, requérant, qui a indiqué être resté en France le temps de l'examen de son recours à la demande de son avocate ;
- le préfet de la Savoie n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien qui déclare être né le 16 mai 2003, demande l'annulation, par deux requêtes qui concernent le même acte et qu'il convient de joindre pour statuer par un seul jugement, de la décision du 27 juillet 2023 par laquelle le préfet de la Savoie lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux terme de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France en mars 2017 alors qu'il n'était pas encore âgé de 16 ans et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Il a bénéficié d'un contrat d'accompagnement jeune majeur plusieurs fois renouvelé jusqu'au 10 janvier 2022 et justifie de contrats à durée déterminée successifs à compter du 9 mai 2022 aux termes desquels l'employeur lui a proposé un contrat à durée indéterminée à partir du 1er septembre 2022. S'il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours par arrêté du 28 juin 2022, le recours pour excès de pouvoir qu'il a exercé à l'encontre de ces décisions dans le délai de recours contentieux devant le tribunal administratif de Grenoble n'était pas jugé à la date d'édiction de la mesure en litige. Enfin, s'il apparaît que l'intéressé est connu des services de police en raison de deux signalements des 20 septembre et 15 novembre 2018 pour des faits de menace à l'encontre d'un chargé de mission de service public et de destruction ou dégradation de véhicule privé, il ressort du rapport de la structure d'accueil du 6 juillet 2021 que ces écarts de comportements, liés à une transgression du cadre éducatif à son arrivée, se sont dissipés. Ils ne peuvent être ainsi regardés comme caractérisant de la part de M. A un comportement constituant une menace réelle et actuelle à l'ordre public, pas plus que l'infraction au code de la route, bien que répréhensible, à l'origine de son interpellation le 26 janvier 2023. Ainsi, en se fondant essentiellement sur la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. A, son comportement délictueux et des informations erronées qu'il aurait indiquées lors de sa prise en charge, qui n'apparaissent pas établies au vu des pièces du dossier, pour justifier d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans, le préfet de la Savoie a pris une mesure présentant un caractère disproportionné.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de la Savoie du 27 janvier 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Alors que le présent jugement annule l'interdiction de retour sur le territoire prise à l'encontre de M. A, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Savoie de prendre toute mesure utile afin qu'il soit procédé à l'effacement du signalement de l'intéressé dans le système d'information Schengen et ce, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement à Me Mahdjoub, avocate de M. A d'une somme de 900 euros à ce titre, sous réserve que ce dernier obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.
DÉCIDE :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du préfet de la Savoie en date du 27 janvier 2023 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Savoie de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non admission de M. A dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
Article 4 : L'État versera à Me Mahdjoub, avocate de M. A, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que M. A obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.
La magistrate désignée,
K. C
La greffière,
C. Driguzzi
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
2-2300697
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026