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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300696

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300696

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300696
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 janvier 2023, M. A E, actuellement retenu au centre de rétention de Lyon - Saint Exupéry, représenté par Me Bouchet, avocate, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2023 par lequel le préfet de Haute-Loire, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. E soutient que :

- le signataire de l'arrêté n'avait pas compétence pour l'édicter ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté ne mentionne pas ses craintes en cas de retour en Géorgie et révèle un défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet a écarté sa qualité de demandeur d'asile alors que son dossier a été clôturé par l'OFPRA et qu'il dispose encore de la possibilité de demander une réouverture de celui-ci ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et revêt un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, le préfet de Haute-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé et que les arrêtés attaqués sont parfaitement légaux.

La présidente du tribunal a désigné M. F pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu la prestation de serment de Mme D, interprète en langue géorgienne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 2 février 2023, M. Borges-Pinto magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Bouchet, avocate représentant M. E qui conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant les mêmes moyens ;

- les observations de Me Coquel, avocate substituant Me Tomasi représentant le préfet de Haute-Loire, qui conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant géorgien né le 8 février 1987 à Turlia (Ex-Union soviétique), déclare être entré en France une première fois le 23 septembre 2019. Une attestation de demande d'asile lui a été délivrée le 29 juin 2022. L'examen de sa demande a été clôturée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 28 septembre 2022. Par un arrêté du 29 janvier 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Haute-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. C B, sous-préfet de l'arrondissement d'Yssingeaux, membre du corps préfectoral, de permanence du 27 janvier 2023 au 30 janvier 2023 qui bénéficiait d'une délégation de signature, en vertu de l'arrêté du préfet de Haute-Loire du 23 août 2022 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué indique les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, cette décision, qui ne devait pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut, dès lors, qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet de Haute-Loire a examiné la situation du requérant au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales, en considérant que les craintes invoquées n'étaient pas établies. Par suite, il ne ressort pas de cet arrêté que le préfet de Haute-Loire aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation du requérant. En conséquence, le moyen tiré du défaut d'un tel examen et de l'erreur de droit qui s'en déduit doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : ()/ 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. " et aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Selon l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () e) une décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38 ; l'étranger qui obtient la réouverture de son dossier en application de l'article L. 531-40 bénéficie à nouveau du droit de se maintenir sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 531-40 du même code : " Si, dans un délai inférieur à neuf mois à compter de la décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38, le demandeur d'asile sollicite la réouverture de son dossier ou présente une nouvelle demande, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rouvre le dossier et reprend l'examen de la demande au stade auquel il avait été interrompu. Le dépôt par le demandeur d'une demande de réouverture de son dossier est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours devant les juridictions administratives de droit commun, à peine d'irrecevabilité de ce recours. /. Le dossier d'un demandeur ne peut être rouvert qu'une seule fois en application du premier alinéa. /. Passé le délai de neuf mois, la décision de clôture est définitive et la nouvelle demande est considérée comme une demande de réexamen. "

7. Le requérant soutient que la décision de clôture par l'OFPRA de sa demande d'asile, en date du 28 septembre 2022, ne pouvait être définitive, à la date de l'arrêté attaqué, et que le délai de neuf mois pour présenter sa demande de réouverture n'a pas expiré. Toutefois, aux termes du e) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit pour un étranger de se maintenir sur le territoire français prend fin dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris une décision de clôture et non à l'expiration du délai de neuf mois prévu à l'article L. 531-40 du même code. Il est constant que le requérant n'a pas indiqué vouloir demander la réouverture de son dossier par l'OFPRA lors de son audition par les services de police. Dans ces conditions, le préfet de Haute-Loire était en droit de prendre l'arrêté attaqué dès lors que le requérant ne bénéficiait plus du droit de séjourner en France.

En ce qui concerne le pays de destination :

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

9. Si M. E fait état des risques encourus en cas de retour en Géorgie, ses allégations à l'audience restent vagues et il ne produit dans la présente instance aucun élément pour établir le caractère réel, actuel et personnel des menaces encourues en cas de retour dans son pays d'origine alors qu'il est constant que sa demande d'asile a été clôturée sans qu'il en demande la réouverture. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. Il appartient au préfet, en vertu des dispositions précitées d'assortir une obligation de quitter le territoire français sans délai d'une interdiction de retour sur le territoire français sauf dans l'hypothèse où des circonstances humanitaires justifieraient qu'il soit dérogé au principe. M. E s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Or, ne justifiant d'aucun motif légitime l'ayant empêché de présenter sa demande d'asile dans le délai de 21 jours suivant la délivrance de l'attestation de sa demande d'asile et n'ayant pas sollicité la réouverture de son dossier de demande d'asile lors de son audition par les services de police, le requérant ne peut utilement soutenir que sa situation de grande précarité pour déposer sa demande d'asile constitue une circonstance humanitaire au sens des dispositions précitées. Le requérant, qui n'établit pas être menacé en cas de retour dans son pays d'origine, ne fait pas état d'autre circonstance humanitaire qui aurait pu justifier que l'autorité administrative ne prononçât pas d'interdiction de retour sur le territoire français. S'agissant de la durée de cette interdiction, la décision contenue dans l'arrêté en litige fait référence aux conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé sur le territoire français, à l'absence de justification d'attaches familiales en France, et indique qu'il a commis des vols à l'étalage en juillet 2022 et en janvier 2023. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de l'ensemble de ces éléments qui ne sont pas contestés par le requérant, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni méconnu les dispositions précitées en fixant à 24 mois la durée de l'interdiction de retour en France faite à l'intéressé.

12. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 29 janvier 2023 par lesquelles le préfet de Haute-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français, en fixant le pays de destination, ainsi que, par voie de conséquence, celle de l'interdiction de retour.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

13. Les conclusions présentées par M. E, partie perdante dans la présente instance, doivent être rejetées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de Haute-Loire.

Copie en sera adressée à Me Bouchet.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2022.

Le magistrat désigné,

P. F

La greffière

G. Montezin

La République mande et ordonne au préfet de Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier.

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