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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300732

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300732

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBOUCHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire de production enregistrés le 31 janvier 2023 et le 2 février 2023, M. B A, représenté par Me Bouchet, avocate, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel le préfet du Rhône a prescrit son transfert aux autorités slovènes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

M. A soutient que :

- sa destination finale est la France où il souhaite déposer une demande d'asile ;

- il a commencé à s'intégrer en France, où il a de la famille et exerce des activités bénévoles, il parle et a étudié l'histoire française, alors qu'il n'a aucun lien fraternel, culturel, et linguistique avec la Slovénie.

Par un mémoire en défense et un mémoire de production, enregistrés le 1er février 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé et que les arrêtés attaqués sont parfaitement légaux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 2 février 2023, au cours de laquelle, après rapport de l'affaire, ont été entendues :

- les observations de Me Bouchet, avocate représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et qui sollicite également l'annulation de l'arrêté qui l'assigne à résidence et demande de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ; elle ajoute que la décision est insuffisamment motivée, est dépourvue d'examen particulier de la situation de son client sur son état de santé, qu'elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'elle risque de l'exposer à des mauvais traitements en cas de renvoi en République de Guinée ;

- et les observations de M. A, requérant.

Le préfet du Rhône n'était ni présent ni représenté à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A ressortissant guinéen né le 15 mars 1999 à Dalaba, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel le préfet du Rhône a décidé sa remise aux autorités slovènes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / () ".

4. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application. En l'espèce, la décision attaquée indique les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et notamment l'absence de tout élément susceptible de corroborer l'existence d'une vulnérabilité ou d'une situation médicale empêchant sa réadmission. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ". Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre État qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 (), il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'État responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet État. Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'État d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre État ".

6. Il résulte de ces dispositions que la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Cette possibilité doit en particulier être mise en œuvre lorsqu'il y a des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé courra, dans le pays de destination, un risque réel d'être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. M. A fait valoir qu'il souffre de graves problèmes de santé et produit à l'instance plusieurs certificats médicaux d'un médecin généraliste de la permanence d'accès aux soins du centre hospitalier Le Vinatier lui prescrivant un traitement psychotrope à compter du 6 septembre 2022 ainsi qu'une attestation médicale datée du 30 janvier 2023 d'un médecin généraliste de la fondation dispensaire générale de Lyon lui prescrivant la réalisation d'une IRM pour céphalées chroniques journalières invalidantes suite à de nombreux traumatismes jamais bilantés (torture). Toutefois, ces éléments qui, au demeurant, n'ont jamais été communiqués à l'autorité administrative, ne justifient pas que l'intéressé ne pourrait pas bénéficier des soins nécessaires à son état de santé en Slovénie, nonobstant le risque, en cas de transfert, d'une interruption temporaire du traitement et de l'absence de suivi en langue française.

8. Dans ces circonstances, le préfet du Rhône, en refusant de déclarer la France responsable de l'examen de sa demande d'asile, n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A fait valoir que, dès son arrivée en France, il s'est investi dans des activités associatives, alors qu'il n'a aucun lien avec la Slovénie, dont il ne parle pas la langue ni ne partage la culture. Toutefois, il ne démontre pas l'ancienneté, la stabilité et l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

12. Si le requérant invoque des craintes vis-à-vis des autorités de son pays, la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de le renvoyer en République de Guinée. Par ailleurs, s'il allègue que, lors de son interpellation en Slovénie, son téléphone portable a été confisqué et cassé, il ne fait état d'aucun élément particulier susceptible d'établir qu'il serait soumis dans ce pays à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de cette convention doit par suite être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté prescrivant le transfert de M. A en Slovénie et de l'arrêté l'ayant assigné à résidence doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de M. A d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Bouchet.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

Le magistrat désigné,

P. C

La greffière,

G. Montezin

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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