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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300777

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300777

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantOUCHIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 février 2023 et le 13 juin 2024, M. B A, représenté par Me Ouchia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation des préjudices résultant du refus illégal de lui délivrer un titre de séjour et du traitement de sa demande de rendez-vous ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de communication de motifs ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application des stipulations de l'article 6 1) de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est à cet égard entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du délai anormalement long de traitement de sa demande de rendez-vous pour l'examen de sa situation ;

- il subit un préjudice moral et justifie d'une perte de chance d'exercer une activité professionnelle et de recevoir des revenus correspondants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023 et des pièces produites le 10 juin 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la demande d'admission au séjour du requérant formée par voie postale n'a fait naître aucune décision implicite de rejet, dès lors que cette demande n'a pas été valablement formée à défaut de comparution personnelle de M. A au guichet de la préfecture.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Clément, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 19 décembre 1966, est entré en France le 18 juin 2009 muni d'un visa de court séjour. Par un courrier réceptionné le 5 août 2022 par les services de la préfecture, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien. Le silence gardé par le préfet du Rhône pendant quatre mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation. Il demande également au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation des préjudices résultant du délai anormalement long de traitement de sa demande de rendez-vous pour l'examen de sa situation.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale. ".

3. Il résulte de ces dispositions que pour introduire valablement une demande de titre de séjour, il est nécessaire, sauf si l'une des exceptions prévues est applicable, que l'intéressé se présente physiquement à la préfecture. L'absence de comparution personnelle du demandeur n'a pas pour effet de retirer la qualité de demande à une démarche présentée par un ressortissant étranger par la voie postale. A défaut de disposition expresse en sens contraire, une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en méconnaissance de la règle de présentation personnelle du demandeur en préfecture fait naître, en cas de silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois, une décision implicite de rejet susceptible d'un recours pour excès de pouvoir. Lorsque le refus de titre de séjour est fondé à bon droit sur l'absence de comparution personnelle du demandeur, ce dernier ne peut se prévaloir, à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour, de moyens autres que ceux tirés d'un vice propre de cette décision.

4. La préfète du Rhône fait valoir que la demande de certificat de résidence présentée par M. A n'a fait naître aucune décision de rejet implicite dès lors qu'elle a été adressée par voie postale, alors qu'elle aurait dû l'être au guichet de la préfecture, ce que l'intéressé ne conteste pas. Toutefois, il résulte des règles précédemment rappelées que le silence gardé pendant quatre mois par le préfet du Rhône sur la demande de certificat de résidence de M. A, réceptionnée par les services de la préfecture le 5 août 2022, a fait naître une décision implicite de rejet. La fin de non-recevoir opposée par la préfète du Rhône doit, par suite, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 232-4 du même code précise que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

6. Alors qu'une décision portant refus de titre de séjour est au nombre de celles qui doivent être motivées, en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, M. A a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet ainsi opposés à sa demande de certificat de résidence par un courrier reçu en préfecture le 9 décembre 2022. En l'absence de communication de ces motifs dans le mois suivant cette demande, l'intéressé est fondé à soutenir que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour est entachée d'une illégalité au regard des dispositions de l'article

L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite du préfet du Rhône rejetant la demande de titre de séjour de M. A doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard au moyen d'annulation retenu après examen de tous les autres moyens, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par M. A dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte

Sur les conclusions indemnitaires :

9. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe ne fixe de délai déterminé dans lequel l'autorité administrative serait tenue de recevoir un étranger ayant demandé à se présenter en préfecture pour y déposer sa demande de titre de séjour. Toutefois, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation de l'étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande, et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande dans un délai raisonnable.

10. Pour demander la condamnation de l'Etat, M. A soutient que l'absence de titre de séjour et le retard dans le traitement de sa demande de rendez-vous par les services de la préfecture ont accentué la précarisation de sa situation administrative et financière et qu'il justifie d'une perte de chance d'exercer une activité professionnelle et de recevoir des revenus correspondants ainsi que d'un préjudice moral estimés à hauteur de 40 000 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction, d'une part, que M. A se maintient irrégulièrement sur le territoire français en dépit de deux refus de titre pris à son encontre en mai 2014 et mars 2020, le premier étant assorti d'une mesure d'éloignement dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif du 23 septembre 2014, puis par la cour administrative d'appel de Lyon le 13 janvier 2015. D'autre part, l'intéressé ne justifie par aucune pièce versée au dossier qu'il aurait cherché un emploi et que ses tentatives seraient demeurées vaines ou auraient été rejetées en l'absence d'une régularisation de sa situation administrative. Aussi, à supposer même que l'absence de fixation d'une date de rendez-vous par le préfet du Rhône, dans un délai que M. A estime raisonnable, puisse constituer un dysfonctionnement des services, le lien de causalité direct et certain entre la faute ainsi commise et les préjudices dont le requérant se prévaut ne peut être considéré comme établi.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

1. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a rejeté la demande de titre de séjour de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le président,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

C. Rizzato

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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