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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300790

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300790

lundi 20 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300790
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantMUSCILLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 6 février 2023, Mme B C, représentée par Me Muscillo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet du Rhône a décidé sa remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente de son rendez-vous en préfecture aux fins de dépôt de sa demande d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 10 février 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 10 février 2023.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 modifié ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Muscillo, représentant Mme C, qui a repris ses conclusions et moyens, et de Mme C.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante kosovare née en 1966, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet du Rhône a décidé sa remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, la décision en litige mentionne les éléments sur lesquels le préfet du Rhône s'est fondé pour estimer que les autorités allemandes étaient compétentes pour examiner la demande d'asile de la requérante et fait état d'éléments propres à sa situation familiale et personnelle. Il ne ressort pas des termes de cette décision, ni d'aucune pièce du dossier qu'elle aurait été prise sans réel examen de sa situation. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ".

4. Mme C fait état de la présence en France de deux enfants majeurs, nés en 1990 et 1994, qui y séjournent régulièrement. Toutefois, ces enfants majeurs ne constituent pas des membres de la famille, pour l'application des critères de détermination de l'Etat responsable des demandes d'asile. Par ailleurs, l'intéressée, entrée en France en novembre 2022, n'apporte aucune précision sur les liens qu'elle aurait conservés ou entretenus avec ses enfants suite à leur départ du Kosovo,ni d'ailleurs sur ses autres liens familiaux. Si elle fait état de douleurs à l'estomac, elle ne justifie ni d'une impossibilité de voyager ni de ce que son état de santé rendrait nécessaire la présence à ses côtés de ses enfants. Enfin, si elle produit une attestation du 7 février 2023 selon laquelle elle serait prise en charge financièrement par ses enfants, sans plus de précisions, et s'il ressort des pièces du dossier que ces derniers l'hébergent, la préfète du Rhône fait valoir que l'intéressée a sollicité le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et perçoit à ce titre l'allocation pour demandeur d'asile. Dans ces conditions, et au regard des éléments produits par la requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions citées au point précédent, le préfet du Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée très récemment en France et que si deux enfants majeurs résident en France, elle ne justifie pas avoir conservé avec ces derniers des liens tels que la décision en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 24 janvier 2023 du préfet du Rhône est illégal et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles qu'elle présente au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Emine C et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2023.

Le magistrat désigné,

Thierry ALa greffière,

Sophie Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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