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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300805

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300805

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300805
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGARREAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. et Mme F, qui demandaient l'annulation de deux permis de construire (initial et modificatif) délivrés par le maire de Saint-Montan à M. et Mme B pour une maison individuelle. Le tribunal a d'abord écarté la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants, en reconnaissant leur qualité de voisins immédiats. Sur le fond, il a examiné les moyens soulevés, notamment la méconnaissance des articles U3, U6, U11 et U12 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU), mais les a tous jugés infondés. En conséquence, la demande d'annulation a été rejetée, de même que les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er février 2023 et 16 janvier 2024, M. A F et Mme E F, représentés par Me Garreau, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2022 par lequel le maire de Saint-Montan a délivré à M. et Mme B un permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle ainsi que l'arrêté du 6 juin 2023 par lequel il leur a délivré un permis de construire modificatif ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Saint-Montan et de M. et Mme B la somme de 2 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le dossier de demande de permis est insuffisant pour ce qui concerne l'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles par rapport aux constructions ou paysages avoisinants et le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ;

- les arrêtés attaqués méconnaissent l'article U 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, le projet, qui ne permet matériellement pas le stationnement de deux véhicules sur le terrain d'assiette, impliquant que les pétitionnaires stationnent un véhicule pour partie sur la plateforme de retournement qui permet l'utilisation de la voie par les engins de lutte contre les incendies, transformant ainsi le chemin de Bouvache en impasse ;

- ils méconnaissent l'article U 6 du règlement du plan local d'urbanisme, la construction projetée ne respectant pas le minimum de 4 mètres de recul par rapport au chemin d'accès à la parcelle cadastrée AL 1206, qui constitue un chemin privé ouvert à la circulation du public ;

- ils méconnaissent l'article U 11 du règlement du plan local d'urbanisme, le projet créant une plateforme après un important décaissement du terrain naturel, ce qui ne lui permet pas de s'adapter à la pente du terrain selon les exigences fixées par cet article ;

- ils méconnaissent l'article U 12 du règlement du plan local d'urbanisme en autorisant un projet qui ne réalise pas effectivement les deux places de stationnement requises, les places prévues étant impraticables.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 mai 2023, 27 juillet 2023 et 22 mai 2024, la commune de Saint-Montan, représentée par Me Rau, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait usage de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme pendant un délai de 10 mois, à titre infiniment subsidiaire, à ce qu'il soit fait usage de l'article L. 600-5 de ce code en fixant un délai de 10 mois et, en toute hypothèse, à ce que soit mis à la charge solidaire de M. et Mme F le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants sont dépourvus d'intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par M. et Mme F ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. D B et Mme C B qui n'ont pas présenté de mémoire en défense.

Par ordonnance du 13 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chapard,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Garreau pour les requérants.

M. B, qui n'a pas présenté de mémoire en défense, n'a pas été autorisé à présenter d'observations orales.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont déposé en mairie de Saint-Montan le 2 novembre 2022 une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle. Par arrêté du 28 décembre 2022, le maire de Saint-Montan a délivré l'autorisation ainsi sollicitée. Un permis de construire modificatif a été délivré à M. et Mme B le 6 juin 2023. M. et Mme F demandent l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme F sont propriétaires de la maison d'habitation située immédiatement au nord du terrain d'assiette du projet en litige. Ils ont ainsi la qualité de voisins immédiats. Ils soutiennent notamment que le projet, qui consiste en la construction d'une maison individuelle, va entraîner des nuisances de par la réalisation d'une terrasse et la création de vues en direction de leur propriété. Les requérants démontrent ainsi un intérêt à obtenir l'annulation des permis de construire attaqués. La fin de non-recevoir soulevée par la commune de Saint-Montan ne peut, dès lors, être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : / () b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12. " Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / () b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / () f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que l'environnement du projet pouvait être apprécié grâce aux pièces du dossier de demande de permis de construire déposé en mairie par les pétitionnaires, notamment grâce à la planche photographique et au document graphique d'insertion qui montrent les principales constructions entourant le projet. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, aucune disposition n'impose que le dossier de demande matérialise l'impact du projet sur l'accès à leur propre terrain. Au demeurant, il ressort du plan de masse joint à la demande de permis que cet accès n'est pas modifié par le projet querellé. En outre, ce dernier ne prévoyant ni clôture ni portail, ces éléments n'avaient pas à figurer dans le dossier de demande de permis. Enfin, les places de stationnement étant visibles au plan de masse et ne présentant aucune caractéristique architecturale particulière, leur insertion a pu, comme celle de l'ensemble du projet, être appréciée par le service en charge de son instruction. Il s'en suit que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire soulevé par M. et Mme F doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article U 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Montan : " () Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / () Les voies en impasse doivent être aménagées de telle sorte que les véhicules puissent faire demi-tour. " Aux termes de l'article U 12 de ce même règlement : " Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions et installations doit être assuré en dehors des voies publiques dans des parkings de surface ou des garages. / Pour les constructions à usage d'habitation : 2 places par logement. / () ".

8. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de masse joint à la demande de permis de construire, que la longueur totale des deux places de stationnement en enfilade prévues sur le terrain d'assiette est d'au moins dix mètres, soit une longueur suffisante pour le stationnement de deux véhicules. En outre, en se prévalant du plan de la façade est du projet en litige, qui ne représente le terrain qu'en coupe, les requérants ne font pas la démonstration de ce que les décaissements envisagés pour réaliser ces places de stationnement seraient insuffisants. Ainsi, et alors que M. et Mme F ne peuvent utilement soutenir que les dimensions des places en cause méconnaîtraient les exigences de la norme NF P 91-120 homologuée par l'association française de normalisation, il ressort des pièces du dossier que les deux places projetées n'impliquent pas que les véhicules concernés par leur utilisation empiètent sur la voie en impasse qui permet l'accès à leur propriété. Les requérants ne sont ainsi pas fondés à soutenir que le projet querellé méconnaît les dispositions précitées des articles U 3 et U 12 du règlement du plan local d'urbanisme.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article U 6 du règlement du plan local d'urbanisme : " Implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques / Zone U : Sauf indication contraire portée au plan, les constructions doivent s'implanter à une distance au moins égale à 4 m de l'alignement actuel ou futur des voies publiques ou des chemins privés en tenant lieu. () ".

10. Le terrain d'assiette du projet de M. et Mme B, tel qu'il ressort de la demande de permis modificatif qu'ils ont déposé en mairie, est composé de la parcelle cadastrée 1204, sur laquelle s'implante la maison projetée, et de la parcelle cadastrée 1207, qui permet l'accès à leur terrain mais également à la propriété située à l'est, sur la parcelle cadastrée 1206, grâce à une servitude de passage au bénéfice de cette propriété. La parcelle cadastrée 1207, qui n'est pas ouverte à la circulation publique, ne constitue dès lors pas un chemin privé tenant lieu de voie publique au sens des dispositions précitées de l'article U 6 du règlement du plan local d'urbanisme. M. et Mme F ne peuvent ainsi utilement soutenir que ces dispositions sont méconnues par le projet en litige au motif que la construction projetée ne respecterait pas un minimum de 4 mètres de recul par rapport à cette prétendue voie.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article U 11 du règlement du plan local d'urbanisme : " () Adaptation au terrain : /

Les constructions devront être intégrées à la pente. Les déblais et remblais devront être limités au strict nécessaire à l'implantation du bâtiment. / () ".

12. Le terrain d'assiette du projet présente une pente d'est en ouest mentionnée par la notice descriptive jointe à la demande de permis et visible sur les plans en coupe. Il ressort de ces derniers, notamment du plan " Coupe de principe A-A " mais aussi du plan de masse, qu'une plateforme est projetée à l'est de la construction, sur laquelle cette dernière repose en partie. Une telle configuration étant prohibée par le schéma en coupe figurant à l'article U 11 du règlement du plan local d'urbanisme, M. et Mme F sont fondés à soutenir que le projet querellé méconnaît ces dispositions sur ce point. Ils ne sont en revanche pas fondés à soutenir que le plan " Coupe de principe B-B " matérialiserait d'autres décaissements prohibés par l'article U 11.

Sur les conséquences du vice relevé :

13. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. " Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

14. Le vice affectant la légalité du permis de construire contesté et de son permis modificatif, relevé au point 12 du présent jugement, qui n'affecte qu'une partie ponctuelle du projet, peut, eu égard à sa nature, à sa portée et à la configuration des lieux, être régularisé par la délivrance d'un permis. Dans ces conditions, il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme et de prononcer l'annulation partielle de l'arrêté du 28 décembre 2022 et de l'arrêté du 6 juin 2023, en tant que la plateforme projetée à l'est de la construction méconnaît l'article U 11 du règlement du plan local d'urbanisme. Il n'y a dès lors pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, comme le demande la commune de Saint-Montan en défense.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Montan le versement de la somme globale de 1 500 euros à M. et Mme F au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées par cette commune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées, les requérants n'ayant pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 décembre 2022 et l'arrêté du 6 juin 2023 du maire de Saint-Montan son annulés dans les conditions prévues au point 14.

Article 2 : La commune de Saint-Montan versera à M. et Mme F la somme globale de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Saint-Montan présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et Mme E F, à la commune de Saint-Montan et à M. D B et Mme C B.

Délibéré après l'audience du 13 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La rapporteure,

M. Chapard

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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