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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300841

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300841

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCUJAS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 2 février 2023, sous le n° 2300841, Mme B A, représentée par Me Cujas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2023 de la préfète de l'Ain fixant un délai de départ volontaire de trente jours et portant obligation de présentation ;

2 °) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui accorder un délai de départ volontaire d'au moins neuf mois.

Elle soutient que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

II. Par une requête, enregistrée le 2 février 2023, sous le n° 2302242, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 17 mars 2023 par laquelle la préfète de l'Ain l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Elle soutient que :

- elle vit en France depuis cinq années ;

- elle souhaite régulariser sa situation ;

- l'état de santé de son époux est précaire et nécessite des soins ;

- son fils poursuit des études en France ;

- elle justifie d'une formation qualifiante certifiée de femme de chambre ;

- la décision méconnait certaines convention internationale et notamment les articles 3 et 13 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle demande une substitution de base légale fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la déclaration universelle des droits de l'homme ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 24 mars 2023, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Matricon, représentant Mme A, qui maintient et développe oralement les moyens soulevés dans les écritures. Elle fait valoir que l'état de santé du mari de la requérante fait obstacle à son éloignement dans le délai fixé par la préfète et pourrait justifier la délivrance d'un titre de séjour.

- les observations de Mme A qui se prévaut de son séjour en France depuis cinq ans, de l'état de santé de son mari et de la scolarisation de son fils.

La préfète de l'Ain n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante congolaise née en 1973, a fait l'objet le 18 janvier 2023, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et d'une assignation à résidence. Par jugement du 27 janvier 2023, la magistrate désignée a rejeté ses conclusions contre l'obligation de quitter le territoire et annulé la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à Mme A ainsi que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. Par arrêté du 30 janvier 2023, la préfète de l'Ain a fixé à trente jours le délai de départ volontaire imparti à Mme A pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français. Par décision du 17 mars 2023, elle l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par les requêtes n°2300841 et n°2302242, Mme A demande l'annulation des décisions du 30 janvier 2023 et du 17 mars 2023.

2. Les requêtes susvisées présentées par la même requérante, posent des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

3. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

4. Mme A qui se prévaut de l'état de santé de son mari et de la scolarisation de son fils, majeur, ne justifie pas, par les pièces qu'elle produit, de circonstances particulières de nature à rendre nécessaire l'octroi d'un délai supérieur au délai de trente jours qui lui a été accordé. Par suite, en fixant le délai de départ volontaire à trente jours, la préfète de l'Ain n'a commis aucune erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur la situation personnelle de l'intéressée.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 30 janvier 2023 de la préfète de l'Ain.

S'agissant de la décision portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours :

6. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

7. En premier lieu, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir, à supposer qu'elle entende le faire, de l'illégalité de la décision du 18 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français, ses conclusions contre cette décision ayant été rejetées par jugement du 27 janvier 2023.

8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A se maintient en situation irrégulière sur le territoire français malgré l'expiration du délai de départ volontaire qui lui a été accordé. Elle n'établit ni même n'allègue que son éloignement ne demeurait pas, à la date de la décision attaquée, une perspective raisonnable. La requérante pouvait ainsi faire l'objet d'une assignation à résidence, laquelle constitue une mesure alternative au placement en rétention dès lors que l'intéressé présente des garanties de représentation suffisantes. Une telle décision ne peut être regardée comme disproportionnée par rapport au but poursuivi. Il s'ensuit que Mme A n'est pas fondée à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 13 de la Déclaration universelle des droits de l'homme ne peuvent qu'être écartés comme inopérants dès lors que ce texte ne figure pas au nombre des traités et accords qui ont été régulièrement ratifiés ou approuvés dans les conditions fixées par l'article 55 de la Constitution.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 17 mars 2023 prononçant son assignation à résidence.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La magistrate désignée,

C. Rizzato,

La greffière,

G. Montezin

La République mande et ordonne la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

2 - 230224

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