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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300842

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300842

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300842
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantANDUJAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 février 2023, M. A B, représenté par Me Andujar, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Loire a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de six mois, ou à titre subsidiaire, de réduire son obligation de pointage à une fois par semaine ;

3°) de condamner l'Etat aux dépens de la présente instance et de ses suites ;

4°) de mettre à la charge la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La préfète de la Loire a communiqué des pièces qui ont été enregistrées le 12 avril 2023.

La clôture d'instruction a été fixée au 11 janvier 2024 par une ordonnance du 11 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique ;

- le rapport de M. Delahaye

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique,

- et les observations de Me Andujar pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant Kosovar né le 4 juillet 1988, a, suite à la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 4 mai 2018 mettant fin au statut de réfugié qui lui avait été accordé le 8 septembre 2016, fait l'objet le 13 juin 2018 d'une décision du préfet de l'Isère portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans. Il a également fait l'objet le 3 mars 2022 par le préfet de la Loire d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans, ainsi que, par une décision du même jour, d'une mesure d'assignation à résidence pour une durée de 45 jours, renouvelée pour la même durée le 21 avril 2022. Par un arrêté du 2 juin 2022, la préfète de la Loire a prolongé cette assignation à résidence pour une durée de six mois sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la décision attaquée du 2 décembre 2022, la préfète de la Loire a renouvelé l'assignation à résidence de l'intéressé pour une durée de six mois.

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Loire, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à leur édiction.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ". Aux termes de l'article L. 732-4 du même code : " " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1° () de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. "

4. Pour renouveler l'assignation à résidence de M. B pour une durée de six mois sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Loire s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé est démuni de tous documents d'identité nécessaires pour obtenir un laissez-passer consulaire auprès des autorités compétentes et de prévoir l'organisation matérielle du départ, que les modalités de départ définitives de l'intéressé n'ont ainsi pas été obtenues, que son départ n'a pu être organisé dans le délai de 90 jours, que dans ces conditions il doit bénéficier de la procédure d'assignation à résidence en attente de l'exécution effective de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français mais qu'il existe une perspective raisonnable d'éloignement dont il fait l'objet.

5. M. B fait valoir qu'il vit avec sa compagne, ressortissante française, au 3 passage des docteurs Charcot à Unieux (42440) avec laquelle il a eu un enfant né le 24 juillet 2020, que la décision ne fait pas état de son parcours personnel difficile tel qu'il ressort du rapport d'expertise psychiatrique du 20 août 2021. Toutefois, alors que la préfète de la Loire n'était pas tenue de rappeler l'ensemble du parcours personnel de M. B, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet de nombreuses condamnations pénales ayant conduit au retrait de son statut de réfugié et, suite à son placement en garde à vue le 3 mai 2022 pour des faits de violence aggravée sur sa conjointe, a été placé sous contrôle judiciaire et interdit de séjourner sur la commune d'Unieux par une ordonnance du tribunal judiciaire de Saint Etienne du 5 mai 2022, lequel a fixé sa résidence habituelle chez sa tante, Mme C au 4, rue Sabotin à Saint-Chamond, adresse retenue au titre de l'assignation à résidence en litige. En outre, si l'intéressé fait valoir qu'il est dépourvu de passeport et non reconnu par le Kosovo, il se borne à produire à ce titre une attestation de l'ambassade de la république du Kosovo du 16 septembre 2022 selon laquelle il n'apparaît pas dans le registre d'état civil, ce document ne permettant pas à lui seul et en lui-même d'établir que la naissance de l'intéressé n'aurait pas été déclarée, ni qu'il serait à ce jour dans l'impossibilité d'accomplir les diligences adéquates pour faire valoir ses droits à la nationalité kosovare. Par suite, la préfète de la Loire n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en renouvelant son assignation à résidence pour une durée de six mois.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B soutient que les limites géographiques de la décision en litige, l'interdiction de sortie de cet espace qui en découle ainsi que l'obligation quotidienne de pointage dont elle est assortie sont disproportionnées, dès lors notamment qu'il doit s'occuper de son enfant en bas âge lorsque sa conjointe est absente du domicile pour cause de travail, Toutefois, l'intéressé, ainsi qu'il a été dit précédemment, a fait l'objet de multiples condamnations pénales, a été placé en garde à vue le 3 mai 2022 pour des faits de violence aggravée sur sa conjointe puis a été placé sous contrôle judiciaire et interdit de séjourner sur la commune d'Unieux par une ordonnance du tribunal judiciaire de Saint Etienne du 5 mai 2022, lequel a fixé sa résidence habituelle chez sa tante. Par suite, M. B ne démontre pas, par les arguments qu'il invoque, que la décision en litige, ainsi que l'obligation quotidienne de pointage dont elle est assortie, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit, par suite, être écarté. La décision en litige n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1, ainsi en tout état de cause que celles présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°230084

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