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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300843

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300843

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMAILLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 février 2023, M. A E B, alors retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, représenté par Me Mailly, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 2 février 2023 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné un pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;

2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- les décisions en litige ne sont pas suffisamment motivées ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le refus d'accorder un délai de départ volontaire méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code précité ;

- l'interdiction de retour sur le territoire est illégale en ce qu'elle est prise sur le fondement d'une mesure d'éloignement elle-même illégale ;

- elle présente un caractère disproportionné en méconnaissance de l'article L. 612-6 du code précité.

Des pièces ont été produites le 6 février 2023 par la préfète du Rhône.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu la prestation de serment de Mme D, interprète en langue arabe.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 7 février 2023, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Mailly, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de M. B, assisté de Mme D, interprète en langue arabe ;

- les observations de Mme C, représentant la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

1. En premier lieu, les décisions litigieuses comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles la préfète s'est fondé pour ordonner l'éloignement de M. B. Elles sont donc suffisamment motivées.

2. En second lieu, il ne ressort ni des termes de la décision en litige, ni des pièces du dossier, que la préfète n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). " Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : ()

5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

4. M. B, ressortissant algérien, a déclaré être entré en France en 2018, et n'être jamais retourné depuis dans son pays d'origine. Il est constant qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis lors, sans avoir jamais entamé de démarche en vue de régulariser son séjour. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'il a fait l'objet de deux précédentes obligations de quitter le territoire français, le 17 décembre 2020 et 17 décembre 2021, qu'il n'a jamais contestées et qu'il s'est abstenu d'exécuter. Il n'a pas davantage satisfait aux obligations de pointage fixées par les cinq décisions l'assignant à résidence, édictées en vue de l'exécution d'office de ces mesures d'éloignement. M. B a, en outre, été interpellé à dix reprises depuis 2019, pour des faits de vol, de recel de vol, d'utilisation frauduleuse de carte bancaire, ou encore de port d'arme prohibé, faits systématiquement commis en flagrant délit. Il a, en outre, été condamné à une peine de quatre mois d'emprisonnement par jugement du 16 septembre 2021 pour des faits de recel de vol. Enfin, si M. B déclare vivre en concubinage avec une ressortissante française qui serait enceinte, il n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations, alors qu'il a déclaré, au cours de son audition, être célibataire et sans enfant. Par ailleurs, il est constant qu'il est dépourvu de toute attache familiale en France, l'intégralité de sa famille résidant toujours en Algérie. Dans ces circonstances, M. B, qui ne peut sérieusement soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaîtrait le 5° de l'article L. 611-3 du code précité pas plus que l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, n'est pas davantage fondé à soutenir qu'elle méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () " Selon l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "

6. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

7. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. B ne justifie ni du concubinage allégué avec une ressortissante française, ni de ce que cette dernière serait enceinte de leur enfant. M. B n'apporte pas davantage de pièces en vue de justifier du logement qu'il prétend occuper à Lyon, et est dépourvu de tout document d'identité. Enfin, il est constant que M. B s'est abstenu d'exécuter deux précédentes mesures d'éloignement. Il s'ensuit que la préfète pouvait valablement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire au motif qu'il existe un risque de soustraction à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "

9. Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

10. D'une part, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, il n'est pas fondé à s'en prévaloir par la voie de l'exception, sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français serait elle-même illégale.

11. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 4 ci-dessus, M. B, qui s'est soustrait à l'exécution de deux précédentes obligations de quitter le territoire français et n'a pas satisfait aux obligations résultant des mesures d'assignation à résidence ordonnées pour assurer l'exécution d'office de ces décisions, est dépourvu de toute attache familiale sur le territoire français. En outre, son comportement délictueux récurrent constitue une menace pour l'ordre public. Il n'est donc pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois présenterait un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

13. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique. " Selon l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () "

14. Il résulte de tout qui vient d'être dit que la requête présentée par M. B, à laquelle n'était jointe aucune pièce, est manifestement dénuée de tout fondement et présente un caractère abusif, alors que l'intéressé, qui n'a cessé de tenir des propos contradictoires au cours de ses différentes auditions comme dans ses écritures, a déjà fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement qu'il s'est abstenu d'exécuter. Dans ces circonstances, il n'y a pas lieu de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, en dépit de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la préfète du Rhône.

Lu en audience publique le 7 février 2023.

La magistrate déléguée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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