vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300848 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | BONNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 février 2023, M. D A demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2023 par lequel la préfète du Rhône a prescrit son maintien en rétention administrative après le dépôt de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer sa demande de protection internationale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.
M. A soutient que :
- il appartient à la préfète du Rhône de justifier des délégations de signature qu'elle a accordées ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- en estimant que sa demande d'asile avait un caractère dilatoire, la préfète du Rhône a entaché cet arrêté d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- son maintien en rétention en le privant du droit de se maintenir en France en cas de rejet de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué, porte atteinte à son droit au recours, en méconnaissance des articles 13 et 3 combinés de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- son placement en rétention n'était pas nécessaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer en application de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 10 février 2023, au cours de laquelle, après le rapport de l'affaire, ont été entendues :
- les observations de Me Bonnet, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. A, requérant.
La préfète du Rhône n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 10 juin 2001, déclare être entré en France en 2017, alors qu'il était âgé de quinze ans et il y a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. Par des décisions du 7 février 2021, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois. La requête formée par l'intéressé contre ces décisions a été rejetée par deux jugements des 12 février 2021 et 23 février 2022 et par des arrêts des 8 novembre et 8 décembre 2022, la cour administrative d'appel de Lyon a rejeté les recours interjetés contre ces jugements. Entretemps, par un arrêté du 1er mars 2022, la préfète du Bas-Rhin a de nouveau fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de destination de son éloignement, et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée portée à deux ans. La requête formée par l'intéressé contre cet arrêté a été rejetée par un jugement rendu par le tribunal administratif de Strasbourg le 19 avril 2022. Par une décision du 30 janvier 2023, la préfète du Rhône l'a placé en rétention administrative. Par une ordonnance rendue le 1er février, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon a prolongé cette rétention pour une période de 28 jours. Le 3 février, M. A a déposé une demande d'asile auprès du chef du centre de rétention. Il conteste l'arrêté pris le jour même par lequel la préfète du Rhône a prescrit son maintien en rétention.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme B, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône ; qui a reçu délégation de la préfète de ce département pour signer de tels actes par un arrêté du 30 janvier 2023, publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire ne peut dès lors être accueilli.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-1 du code de justice administrative : " La demande d'asile d'un étranger placé ou maintenu en rétention n'est pas recevable si elle est formulée plus de cinq jours après qu'il s'est vu notifier ses droits en matière d'asile dans les conditions prévues à l'article L. 744-6 () ". Aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ".
5. L'arrêté attaqué vise notamment les articles L. 754-1 à L. 754-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la déclaration de demande d'asile faite par M. A le 3 février 2023, indique qu'il a déposé une demande sous pli fermé le jour même, et expose que l'intéressé, présent en France depuis 2017, n'a entrepris aucune démarche dans le but d'enregistrer une demande d'asile ni à aucun moment fait état d'un risque ou d'une menace en cas de retour dans son pays d'origine, et qu'il n'a demandé l'asile qu'après son placement en rétention administrative, et en conclut que la demande d'asile présentée par M. A n'a été introduite qu'en vue de faire échec à la mesure d'éloignement. Cet arrêté énonce ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la mesure contestée. Le moyen tiré de ce qu'il serait insuffisamment motivé ne peut dès lors être accueilli.
6. En troisième lieu, il ressort de la motivation relatée au point précédent que pour estimer que la demande d'asile introduite par M. A avait un caractère dilatoire, la préfète du Rhône ne s'est pas exclusivement fondée sur le motif tiré de ce que cette demande avait été déposée après son placement en rétention, mais a également pris en compte le parcours administratif de M. A et ses déclarations antérieures. Par ailleurs, le requérant, qui a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance depuis son arrivée en 2017, ne peut sérieusement soutenir qu'il n'aurait pas été dès son placement interrogé sur les motifs de son départ de son pays d'origine, ni qu'au cours de son accompagnement, il n'aurait pas été informé de la possibilité de solliciter l'asile. Or, invité à formuler ses observations sur l'éventualité d'un éloignement à destination de la Guinée les 7 février et 6 mars 2021 et le 29 janvier 2023, le requérant n'a pas spontanément fait état de craintes en cas de retour dans ce pays ni de son intention de demander l'asile. La circonstance qu'une avocate lui aurait déconseillé en juin 2022 de déposer une demande d'asile, afin que cette demande ne soit pas regardée comme manifestant sa volonté de faire obstacle à son éloignement, ne saurait, alors que ce conseil lui a été donné plus de 5 ans après son entrée en France, comme démontrant sa bonne foi. Du reste, alors que la requête introduite en février 2021 par le requérant avec l'assistance d'une avocate faisait état de craintes pour sa sécurité en Guinée, résultant de ce qu'il y aurait été menacé et recherché en raison d'une fausse accusation de vol, il n'a ensuite pas déposé de demande d'asile sur le fondement de ces craintes, qui ne sont pas les mêmes que celles qu'il invoque aujourd'hui, lesquelles résulteraient de violences entre ethnies dans le cadre desquelles l'un de ses frères aurait trouvé la mort. Dans ces conditions, en prescrivant le maintien de M. A, la préfète du Rhône n'a commis aucune erreur de droit ou d'appréciation.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel renvoie son article L. 754-6 : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : ()3° Le demandeur est maintenu en rétention en application de l'article L. 754-3 ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " () le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 13 de cette même convention : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ".
8. La demande d'asile présentée par un étranger qui est maintenu en rétention administrative fait l'objet d'un traitement selon la procédure prioritaire. Si l'étranger, en cas de décision de rejet opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, peut contester cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile, devant laquelle il peut se faire représenter, en pareil cas, ce recours ne l'autorise pas à se maintenir sur le territoire français. Toutefois, l'étranger peut, comme M. A l'a fait en l'espèce, contester son maintien en rétention administrative devant le juge, une attestation de demande d'asile lui étant délivrée en cas de succès. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit au recours garanti par les stipulations combinées des articles 13 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
9. En cinquième et dernier lieu, il ressort des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées ci-dessus que la décision maintenant un étranger en rétention au motif que sa demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, est prise sans préjudice du contrôle exercé sur la décision antérieure ayant placé l'étranger en rétention par le seul juge des libertés et de la détention, auquel il appartient également de se prononcer sur la prolongation de la rétention et sur toute demande de l'étranger tendant à ce qu'il soit mis fin à celle-ci. Dès lors, le moyen tiré par M. A de ce que sa rétention administrative ne serait pas nécessaire, doit être écarté comme inopérant.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 février 2023 attaqué.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète du Rhône.
Copie en sera adressée à Me Bonnet et à l'association Forum réfugiés.
Jugement rendu en audience publique le 10 février 2023.
Le magistrat désigné,
J. C,
Premier conseiller
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026