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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300893

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300893

mercredi 8 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300893
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 février 2023, M. C E demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 5 février 2023 par lesquelles le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné le pays de destination de son éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.

M. E soutient que :

- il appartient au préfet de la Savoie de justifier des délégations de signature qu'il a accordées ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées et n'ont pas été précédées d'un examen de sa situation personnelle ;

- compte tenu de sa demande d'asile dont l'examen est pendant en Allemagne, le préfet pouvait seulement prononcer son transfert sur le fondement de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et la décision de lui faire obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire viole les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour prononcée à son encontre viole les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a un caractère disproportionné.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la prestation de serment de M. A F B, interprète en langue arabe.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 8 février 2023, au cours de laquelle, après le rapport de l'affaire, ont été entendues :

- les observations de Me Vernet, avocate de M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, mais renonce toutefois à celui tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées ;

- les observations de M. E, requérant, assisté de M. A F B, interprète ;

- et les observations de Me Morisson-Cardinaud, substituant Me Tomasi, avocat du préfet de la Savoie, qui conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant marocain né en 1998, a été réadmis en France le 4 février 2023 en provenance d'Italie. Il a été remis à la police aux frontières à Modane par la police italienne, qui l'avait interpelé l'avant-veille dans un train en provenance de France, dans lequel il voyageait dépourvu de documents. Il conteste les décisions du 5 février 2023 par lesquelles le préfet de la Savoie lui a prescrit l'obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné un pays de destination de son éloignement, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il a par ailleurs été placé en rétention administrative.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

4. En premier lieu, la décision attaquée vise le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que M. E, de nationalité marocaine, ne peut justifier être entré régulièrement e France et s'y maintient sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Elle relève par ailleurs que si les empreintes digitales de l'intéressé ont été relevées en Allemagne, il a déclaré ne pas y avoir sollicité l'asile. Cette décision mentionne ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles est fondée la mesure d'éloignement. Le moyen tiré de ce que celle-ci serait insuffisamment motivée ne peut dès lors être accueilli. En outre, il ressort de cette motivation que cette mesure a été prise après un examen de la situation personnelle de M. E.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. () ". Les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Dès lors, lorsqu'en application des dispositions applicables du droit de l'Union européenne, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles d'un autre Etat de l'Union, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du même code. En vertu de ces dernières dispositions, la mesure d'éloignement prise à l'encontre de l'intéressé ne peut être qu'un transfert aux autorités responsables de l'éloignement de sa demande d'asile, et non une obligation de quitter le territoire français.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les autorités allemandes ont notamment délivré à M. E le 7 décembre 2022 un " Ankunftsnachweis ", document faisant simplement preuve de son arrivée en Allemagne et de sa présentation aux autorités en vue de l'enregistrement d'une demande d'asile. Toutefois, ces autorités, interrogées par les autorités françaises le 4 février 2023 via le centre de coopération policière et douanière franco-allemand de Kehl, ont répondu que M. E n'avait pas déposé de demande d'asile, ni reçu délivrance d'un titre de séjour. En outre, au cours de son audition par la police aux frontières le même jour, l'intéressé a déclaré n'avoir déposé de demande d'asile ni en Italie, ni en Allemagne, ni dans aucun autre pays de l'Union européenne et invité à formuler des observations sur son éventuel éloignement vers son pays d'origine, il n'en a présenté aucune. Dans ces conditions, le requérant ne peut être regardé comme ayant déposé une demande d'asile en cours d'examen en Allemagne. En l'absence de toute manifestation, avant la notification de la décision attaquée, de son intention de demander l'asile, il n'est pas fondé à soutenir qu'en lui adressant une obligation de quitter le territoire français au lieu de décider de son transfert en Allemagne, le préfet de la Savoie aurait commis une erreur de droit.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision " Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

8. En premier lieu, la décision attaquée vise le 3° de l'article L. 612-2 et le 1° et le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et relève que M. E ne peut justifier être entré régulièrement en France et n'indique pas avoir effectué de démarches en vue d'obtenir un titre de séjour. Elle relève également que l'intéressé, qui ne peut justifier ni de la possession de documents d'identité et de voyage en cours de validité, d'une résidence effective et permanente en France, où il n'a pas de moyens d'existence légaux, ni de couverture sociale, ni de garantie de rapatriement, ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Cette décision énonce ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles est fondé le refus d'un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de ce que ce refus serait insuffisamment motivé ne peut dès lors être accueilli. Par ailleurs, il ressort de la motivation de cette mesure que celle-ci a été prise après un examen de la situation personnelle du requérant.

9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E, après avoir séjourné notamment en France où il était entré sans visa et n'avait effectué aucune démarche, s'est rendu en Italie, selon ses dires dans l'espoir d'y bénéficier d'une régularisation par le travail. Interpellé par la police italienne, il a été réadmis en France, où il ne présente pas les documents requis pour entrer et pour circuler, et ne s'est pas spontanément présenté aux autorités pour solliciter la délivrance d'un titre de séjour. En outre, démuni de titre d'identité et de séjour, de tout revenu et de résidence en France, où il s'est au demeurant fait connaître sous une fausse identité, il ne présente aucune garantie de représentation et doit être présumé présenter un risque de soustraction à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Compte tenu notamment de ses déclarations lors de son audition par la police aux frontières, aux termes desquelles il n'avait sollicité l'asile dans aucun Etat de l'Union européenne, sa présentation aux autorités allemandes, à laquelle il n'a au demeurant pas donné de suite, ne peut être regardée comme une circonstance exceptionnelle justifiant que cette présomption soit écartée. Dès lors, le moyen tiré de ce que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaîtrait les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

10. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Ce dernier texte stipule que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article L. 612-12 et les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que, notamment, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et relève que M. E, de nationalité marocaine, déclare ne pas avoir déposé de demande d'asile et n'établit pas ni même n'allègue être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La décision attaquée mentionne ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose le choix du pays de renvoi. Le moyen tiré de ce qu'elle serait insuffisamment motivée ne peut dès lors être accueilli. En outre, il ressort de la motivation de cette décision qu'elle a été prise après un examen de la situation personnelle du requérant.

12. En deuxième lieu, lors de son audition par la police aux frontière, M. E a déclaré ne pas avoir sollicité l'asile et n'a fait état d'aucune crainte en cas de retour au Maroc. Dans sa requête, il se borne à soutenir qu'il aurait quitté le Maroc parce qu'il n'y était plus en sécurité, sans assortir ce moyen d'aucune précision. A l'audience devant le tribunal, il s'est borné à invoquer, en des termes vagues et convenus, des tensions avec la famille de son ex épouse, dont il aurait divorcé. Dans ces circonstances, le requérant n'établit nullement être exposé à de quelconques risques en cas d'éloignement à destination du Maroc, et le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

14. En premier lieu, la décision attaquée vise ces dispositions et relève que M. E, auquel un délai de départ volontaire a été refusé, est célibataire, sans enfant à charge ni attache en France. Elle rappelle son parcours et qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour en France, où il déclare être entré récemment, n'a pas de moyens d'existences légaux et est connu sous un alias pour un vol à l'étalage et recel. Cette décision mentionne ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles est fondée l'interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de ce que celle-ci serait insuffisamment motivée ne peut dès lors être accueilli. Il ressort en outre de la motivation de cette mesure que celle-ci a été prise après un examen de la situation personnelle du requérant.

15. En deuxième lieu, le préfet de la Savoie a refusé un délai de départ volontaire à M. E. Contrairement à ce que celui-ci fait valoir dans sa requête, il n'a pas déclaré lors de son audition par la police aux frontières qu'il aurait introduit une demande d'asile aux Pays-Bas en mai 2022, mais a contesté avoir sollicité la protection d'un Etat de l'Union européenne. Les autorités françaises ont néanmoins vérifié ces dires en se rapprochant des autorités allemandes, qui ont confirmé l'absence de dépôt d'une demande d'asile. Dans ces circonstances, M. E ne peut sérieusement soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français l'empêcherait de poursuivre sa demande d'asile en Allemagne.

16. Par ailleurs, le requérant, qui venait d'être réadmis en France où il n'avait auparavant séjourné que très brièvement, n'y justifie d'aucune attache. En vertu des dispositions du règlement du 9 mai 2016 visé ci-dessus, et en particulier du c) du paragraphe 5 de son article 6, le signalement du ressortissant d'un pays tiers dans le système d'information Schengen n'interdit pas à un autre Etat membre de l'admettre sur son territoire pour des motifs humanitaires ou d'intérêt national ou en raison d'obligations internationales. Le requérant ne peut dès lors utilement invoquer ses attaches en Allemagne. S'il invoque également des attaches en Italie, il fait en tout état de cause déjà l'objet d'un signalement aux fins de non-admission par cet Etat. Il est enfin connu en France pour un vol à l'étalage qu'il a admis. Dans ces circonstances, l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. E ne méconnaît pas les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet de la Savoie.

Copie en sera adressée à la SCP Robin Vernet et à l'association Forum Réfugiés.

Jugement rendu en audience publique le 8 février 2023.

Le magistrat désigné,

J. D,

Premier conseiller

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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